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Le chanvre, potentiel atout pour la protection de l'environnement

La culture industrielle du chanvre offre des alternatives écologiques non négligeables et des retombées économiques importantes. ©AFP

La culture industrielle de cette plante se développe lentement et offre des alternatives écologiques non négligeables, en plus de retombées économiques importantes du commerce du cannabidiol.

En fin d'année, lors de la COP26 de Glasgow, les chefs d'État et délégués des pays représentés pourraient bien marcher au cœur d'un immense champ de chanvre. Un champ... virtuel, proposant une expérience technologique d'immersion destinée à marquer les esprits. Ce projet d'exposition est mené par la British Hemp Alliance, groupe de pression britannique pour le développement de la culture du chanvre visant à protéger la planète.

Cette plante utilisée depuis des siècles à des fins récréatives ou thérapeutiques, mais aussi à des fins industrielles (tissage, cordage, habillage, construction, papier, nourriture…) a en effet de nombreuses vertus écologiques. Diverses études concluent que le chanvre a des propriétés de séquestration de dioxyde de carbone qui en font une solution de complément des arbres: les plantes de chanvre capteraient et retiendraient en effet 9 à 13 tonnes de carbone par hectare de plantation. Leur croissance nettement moins volumineuse, mais plus rapide que celle des arbres, en fait une solution alternative potentielle.

Un consensus à établir

Le consensus scientifique reste à établir. D'après les experts de Climate Explained, "le chanvre est une herbe et ne peut pas rivaliser avec la capacité de séquestration des arbres. Mais il peut être utilisé dans une culture ou dans du béton, avec dans les deux cas un effet potentiellement positif de séquestration du carbone."

"Le chanvre constitue la parfaite culture pour la séquestration du carbone, assure à L'Echo Victoria Troyano, advocacy officer à l'European Industrial Hemp Association (EIHA). "Il pousse rapidement, en seulement quatre ou cinq mois, atteint jusqu'à 5 mètres, et s'enracine profondément jusqu'à trois mètres."

9 à 13 tonnes
de carbone
Les plantes de chanvre capteraient et retiendraient 9 à 13 tonnes de carbone par hectare de plantation.

Les partisans du chanvre sont arrivés à ce minimum potentiel de 9 tonnes par hectare sur la base d'un calcul très précis. Une tonne de tiges de chanvre récoltée contient 0,7 tonne de cellulose (45% de carbone), 0,22 tonne d'hémicellulose (48% de carbone) et 0,06 tonne de lignine (40% de carbone). Par conséquent, chaque tonne de tiges de chanvre industriel contient 0,445 tonne de carbone absorbé par l'atmosphère. La conversion du carbone en CO₂ (12 tonnes de carbone équivalent à 44 tonnes de CO₂) représente 1,6 tonne d'absorption de CO₂ par tonne de chanvre. Sur la base de l'utilisation des terres, en utilisant un rendement moyen de 5,5 à 8 tonnes par hectare, cela représente donc 9 à 13 tonnes d'absorption de CO₂ par hectare récolté.

De nombreux bénéfices

Les bénéfices sont nombreux, tant pour la qualité des sols que pour la diversité des utilisations industrielles possibles (construction, textiles, emballage, nourriture, produits dermatologiques, papier). Les besoins en eau sont moins importants. Les herbicides et pesticides sont inutiles.

"La plante de chanvre a été considérée à tort comme une fleur de cannabis, c'est-à-dire comme une substance stupéfiante dans la Convention unique des Nations Unies."
Victoria Troyano
Advocacy officer à l'European Industrial Hemp Association

La British Hemp Alliance et l'EIHA, qui est basée à Bruxelles, essaient d'obtenir la levée des interdictions légales pour la culture de cette plante. Elles arguent notamment du fait que le niveau de THC (Tetrahydrocannabinol) du chanvre est trop bas pour avoir un pouvoir psychoactif.

"La plante de chanvre a été considérée à tort comme une fleur de cannabis (marijuana), c'est-à-dire comme une substance stupéfiante dans la Convention unique des Nations Unies", poursuit Victoria Troyano. "Au fil des années, cela a causé beaucoup de confusion, car la culture de plantes de cannabis à des fins industrielles est clairement exclue du champ du contrôle international. Le chanvre industriel a été sévèrement limité par des procédures de licences onéreuses et des réglementations européennes et nationales complexes."

Zone grise

En octobre dernier, trois ans après l'adoption de la Farm Bill aux États-Unis, qui définissait le "chanvre industriel" en tant que plante n'ayant pas plus de 0,3% de THC en poids sec, le Parlement européen a à son tour relevé le niveau minimum de THC permis dans la culture du chanvre, de 0,2 à 0,3%, ce qui a été considéré comme un premier pas dans la bonne direction par l'EIHA.

"Le problème actuel de la culture du chanvre est la zone grise dans laquelle sont commercialisés les produits dérivés du chanvre."
Victoria Troyano

"Le problème actuel de la culture du chanvre est la zone grise dans laquelle sont commercialisés les produits dérivés du chanvre, estime Victoria Troyano. Il n'y a pas d'harmonisation au niveau des États membres, ce qui entrave la prospérité du secteur. La priorité est de garantir l'adoption d'un cadre juridique juste et clair au niveau de l'UE." Grâce à une plus grande souplesse réglementaire, le nombre de cultivateurs de chanvre en Irlande est passé de 4 en 2015 à 94 l'an dernier.

En Belgique, un essor discret mais régulier

La culture du chanvre dans nos contrées reste embryonnaire. En 2020, on ne répertoriait en Wallonie que 24,28 hectares de chanvre non textile et 49,67 de chanvre textile. En cause: une rentabilité incertaine. Mais cela pourrait changer. Car les débouchés ne manquent pas.

"Le principal débouché pour le chanvre, c’est l’utilisation des graines dans l’alimentation et les cosmétiques", dit Céline Géradon (Valbiom). Exemples: la société luxembourgeoise PurChanvre, spécialisée dans les aliments bio à base de chanvre, la boutique en ligne Cannavie, Bioflor (aromathérapie) ou Kari’T Care (cosmétiques).

Le chanvre textile peut s’appuyer sur des sociétés flamandes et sur l’intérêt d’acteurs du Nord-Pas-de-Calais. Valbiom a du reste lancé l’an dernier des tests pour évaluer le rendement du chanvre en fibres longues, nécessaires pour les produits textiles, et étudier la faisabilité d’une filière wallonne. La construction, enfin, est attirée par les vertus isolantes des blocs isolants à base de chanvre. Les acteurs ne manquent pas, tant au nord (Ecopuur, Exie) qu’au sud du pays (IsoHemp, ChanvrEco). LVD

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