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Le marché du matériau bio industriel appuie sur le champignon

La chaussure de sport fongique d’Adidas révèle sous sa semelle tout le potentiel industriel du mycélium, utilisé comme matière première bio.

Avec sa chaussure "faite de champignons", Adidas rejoint le club grandissant des supporters du mycélium, aux côtés de la VUB qui mène des recherches sur ce matériau bio.

La "Stan Smith Mylo" d'Adidas est un de ces produits concepts qui sortent tout droit des labos des marketeurs pour relancer un modèle éculé. Elle n’en est pas moins le résultat d’expérimentations high-tech: pour cette chaussure de sport spéciale, la marque aux trois bandes a obtenu un cuir de substitution à partir de mycélium, le réseau de filaments qui constitue l’appareil végétatif des champignons.

L’annonce d’Adidas révèle surtout tout le potentiel du matériau bio comme ingrédient de base pour de multiples applications industrielles. Les entreprises sont ainsi de plus en plus nombreuses à apprécier le mycélium comme substitut à divers matériaux. Son grand avantage: il est biodégradable.

Après une semaine ou deux, le mycélium est récolté, séché et chauffé à 60 degrés pour tuer l’organisme vivant et ensuite pouvoir le traiter.

"Révolutionner le marché de la mode"

Adidas et le fabricant de sacs à main Hermès le transforment en "cuir végan", qui remplace tant le cuir véritable que le similicuir. Pour l’heure, la chaussure d’Adidas n’est encore qu’un prototype, mais elle devrait entrer en production dans les douze mois à venir, avance le groupe allemand.

"De telles applications peuvent révolutionner le marché de la mode, ne fût-ce que parce que le mycélium est assez facile à cultiver", souligne Elise Elsacker, une chercheuse de la VUB qui étudie depuis longtemps le mycélium comme matière première potentielle pour le secteur de la construction et l’industrie manufacturière. "On peut le faire pousser dans un liquide comme sur un substrat solide. La culture se passe dans un incubateur, à une température comprise entre 21 et 26 degrés et dans des conditions atmosphériques spécifiques. Après une semaine ou deux, le mycélium est récolté, séché et chauffé à 60 degrés pour tuer l’organisme vivant et ensuite pouvoir le traiter."

12
mètres
En 2014, le musée new-yorkais d’art moderne MoMa dévoilait déjà une tour de 12 mètres de haut réalisée en briques de mycélium.

Un des producteurs de matériau bio, la société néerlandaise Mycelium Materials Europe, vend du mycélium sous forme de tapis de mousse, utilisés dans la production de textiles et de chaussures, ainsi que dans des matériaux composites biodégradables pour emballages.

"On peut compresser le mycélium en planches comparables à des plaques de fibres ou l’utiliser sous forme de mousse comme matériau d’isolation."
Elise Elsacker
Chercheuse de la VUB

"Le grand défi est toujours de passer du labo à la phase industrielle. Nous sommes aujourd’hui une des seules entreprises à pouvoir produire à une telle échelle", précise son fondateur Bert Rademakers.

Briques, planches ou emballage

Le mycélium peut également être utilisé dans le secteur de la construction. En 2014, le musée new-yorkais d’art moderne MoMa dévoilait déjà une tour de 12 mètres de haut réalisée en briques de mycélium. Certes, pour de telles structures, ce matériau bio n’est sans doute pas la matière première la plus indiquée, mais dans les bâtiments il fait merveille.

"On peut compresser le mycélium en planches comparables à des plaques de fibres ou l’utiliser sous forme de mousse comme matériau d’isolation", explique Elise Elsacker. "Il a les mêmes propriétés thermiques que du pur polyuréthane. Il résiste aussi relativement bien à l’humidité."

Une des rares entreprises à utiliser le mycélium dans ses activités de construction est l’italienne Mogu. "Elle en fait des dalles et des panneaux acoustiques qui, de surcroît, sont beaux à voir." Les designers apprécient eux aussi le matériau, par exemple pour de jolis abat-jour organiques.

"On recherche un mycélium qui croît rapidement, tisse un réseau de filaments dense, présente de bonnes propriétés mécaniques et se biodégrade bien."
Elise Elsacker
Chercheuse à la VUB

Les emballages sont encore un autre débouché. L’entreprise américaine Ecovative s’en est fait une spécialité. "Les études démontrent que le mycélium se dégrade très vite dans le sol. Idéal pour remplacer les emballages en mousse de polystyrène", fait remarquer Elise Elsacker.

Arbre généalogique

Il existe des millions de variétés de filaments de mycélium, qui peuvent avoir des propriétés très diverses. La chercheuse de la VUB, liée aux groupes de recherche "Architectural Engineering" en microbiologie, les analyse pour déterminer les types les mieux appropriés à la production et aux différentes applications.

"En partant des types qui ont déjà été utilisés, nous avons d’abord établi une sorte d’arbre généalogique pour mieux comprendre ces propriétés. Ensuite, nous en avons sélectionnés et testés plusieurs. On recherche un mycélium qui croît rapidement, tisse un réseau de filaments dense, présente de bonnes propriétés mécaniques et se biodégrade bien. Ces recherches sont en cours. Mais nous avons déjà sélectionné 36 espèces", précise Elise Elsacker.

La chercheuse voit surtout l’avenir du mycélium dans les matériaux composites comme substitut aux colles synthétiques polluantes. En le combinant avec d’autres matériaux durables, le mycélium peut contribuer à une économie plus circulaire, estime-t-elle. Avantage supplémentaire: les déchets de l’agriculture, tels que la paille et le chanvre, peuvent servir de substrat de culture du mycélium. Aujourd’hui, ces déchets sont souvent brûlés.

Du lard fait de racines de champignon

Le mycélium a également un avenir dans nos assiettes. Atlast Food, qui commercialise depuis quelques mois la marque MyEats, y voit en tout cas une matière première végétale intéressante. Le mois dernier, l’entreprise américaine a levé 40 millions de dollars pour construire la plus grande installation de culture du monde. Selon elle, le mycélium permet d’imiter les viandes formées d’un seul bloc, comme le filet de poulet ou le beefsteak, alors que la plupart des substituts à la viande actuels sont proposés sous forme de hachés.
Le premier produit commercialisé par Atlast Food est un substitut végétal au lard, produit à partir de mycélium et de cinq autres ingrédients: huile de coco, canne à sucre, sel, jus de betterave (pour la couleur) et arômes de fumée. Le CEO Eben Bayer promet un produit "qui ressemble à du lard, se cuit comme du lard, croustille comme du lard et a le goût du lard".
Il déclare négocier avec de grandes marques en vue de commercialiser son produit à l’échelle internationale, y compris en Europe.

Le résumé

  • Le mycélium, le réseau de filaments sur lequel poussent les champignons, voit ses débouchés se multiplier dans la mode, le design, la construction et les emballages.
  • Elise Elsacker, chercheuse à la VUB, a analysé les propriétés de diverses espèces de mycélium.
  • Le matériau bio peut jouer un rôle important dans une économie plus circulaire.

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