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Lueur d'espoir et vent d'inquiétude autour des "nouveaux OGM"

Les défenseurs des "nouveaux OGM" soutiennent qu'ils peuvent contribuer à rendre les plantes plus résistantes aux maladies, à la sécheresse et au changement climatique. ©Photo News

La controverse sur les organismes génétiquement modifiés rebondit avec l'émergence de "nouvelles techniques de sélection" basées sur la modification d'un gène déjà présent dans la plante.

Ils sont apparus il y a une quinzaine d'années, mais le débat sur leur utilisation n'a émergé qu'il y a trois ans. Les produits agricoles issus des "nouvelles techniques de sélection" (NBT pour "new breeding techniques" dans leur acronyme anglais) reproduisent, avec un décalage de quelques décennies, la vaste polémique autour des organismes génétiques modifiés (OGM), découverts dans les années 60 par le biologiste gantois Marc Van Montagu et toujours sévèrement réglementés en Europe.

Les NBT sont-ils réellement de "nouveaux OGM", comme on les appelle couramment aujourd'hui? C'est toute la question. Elle oppose des industriels, des scientifiques et des politiques aux défenseurs de l'environnement.

Pour la Commission européenne, la directive IGM de 2001 "ne convient à l'usage de certains NGT et de leurs produits" et "doit être adaptée au progrès scientifique et technologique".

Contrairement aux organismes génétiquement modifiés qui sont créés par "transgenèse", autrement dit via l'introduction d'un gène extérieur dans une semence, les produits issus de NBT sont obtenus par mutagenèse, c'est-à-dire par la modification d'un gène déjà présent dans la plante. Au lieu d'insérer un ADN étranger dans le génome d'une plante, on utilise des "ciseaux moléculaires" permettant de couper les deux brins d'un ADN et d'en modifier des séquences, l'objectif étant d'améliorer certaines propriétés d'une plante comme sa résistance aux maladies ou aux sécheresses.

C'est un arrêt rendu le 25 juillet 2018 par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) qui a véritablement lancé le débat sur les "nouveaux OGM". La Cour avait alors jugé que ces produits issus de "mutagenèse" étaient bien des organismes génétiquement modifiés et devaient donc être soumis aux mêmes règles (autorisation, traçabilité, étiquetage et surveillance).

Pas d'ADN étranger

La balle était alors revenue dans le camp de la Commission européenne. Poussée dans le dos par les industriels et certains scientifiques partisans d'une libéralisation de l'"édition" du génome, elle avait commandé une étude à ses services pour déterminer si ces biotechnologies pouvaient être exemptées des obligations de sa directive OGM (datant de 2001) ou si cette dernière devrait être modifiée.

Fin avril, le verdict tombait: pour l'exécutif européen, celle-ci "ne convient à l'usage de certains NGT et de leurs produits" et "doit être adaptée au progrès scientifique et technologique".

Principal argument: faute de présence d'ADN étranger, il est impossible de déterminer à quoi sont dues les modifications du génome (mutagenèse, sélection naturelle, croisement...), ce qui, pour la Commission, rend impossible tout moyen de détection "fiable".

Systèmes alimentaires durables

Selon l'étude, ces biotechnologies peuvent en outre "contribuer à rendre les systèmes alimentaires plus durables, en rendant les plantes plus résistantes aux maladies, aux conditions environnementales et au changement climatique", ou en créant "des produits aux qualités nutritionnelles supérieures".

"Trente ans après, on constate une augmentation de la consommation de pesticides et de la dépendance des agriculteurs aux firmes semencières et chimiques."
Marc Fichers
Secrétaire général de Nature & Progrès

La Commission a promis dans la foulée une vaste consultation, de concert avec les États membres et le Parlement européen. Recueillant au passage le satisfecit des grandes organisations agricoles, qui réclamaient de longue date l'exclusion de ces nouvelles techniques du champ de la directive OGM, et un blâme des organisations environnementales, qui s'inquiètent d'un assouplissement des règles.

"30 ans de mensonges"

Pas plus tard que mardi, les associations Nature & Progrès, Inter-Environnement Wallonie et CEO (Corporate Europe Observatory) pointaient la menace d'une déréglementation des nouveaux OGM, susceptibles selon elles d'avoir un impact sur le choix des aliments du consommateur, sur la liberté de l'agriculteur et des risques pour l'environnement et la santé.

Pour ces ONG, la Commission s'aligne sur plusieurs arguments de l'industrie et risque d'orienter les positions des États membres. "Les OGM, c'est 30 ans de mensonges. Ils devaient notamment résoudre la faim dans le monde et augmenter le rendement agricole. Trente ans après, on constate une augmentation de la consommation de pesticides, de la dépendance des agriculteurs aux firmes semencières et chimiques, ainsi que la dispersion de plantes mutées dans l'environnement", résume Marc Fichers, secrétaire général de Nature & Progrès.

"La Commission et l'industrie ignorent les preuves scientifiques des risques fournies par la littérature scientifique indépendante récente."
Catherine Wattiez
Chargée de mission pour Nature & Progrès

Les défenseurs de l'environnement craignent que la déréglementation des nouveaux OGM entraîne une nouvelle hausse de l'utilisation des pesticides et des erreurs génétiques qui favoriseraient l'émergence de toxines, d'allergènes ou des modifications du métabolisme et des impacts sur les écosystèmes.

"La Commission et l'industrie ignorent les preuves scientifiques des risques occasionnés par les techniques d'édition du génome fournies par la littérature scientifique indépendante récente", déplore Catherine Wattiez, chargée de mission pour Nature & Progrès.

Pour les trois organisations, les nouvelles techniques de production des OGM n'ont d'intérêt que pour les firmes semencières et de production de pesticides. Elles réclament donc leur maintien dans la directive européenne afin que leur impact sur la santé et l'environnement puisse être évalué avant toute dissémination. Sans oublier l'importance de l'obligation d'étiquetage qui donne une liberté de choix aux consommateurs. Une chose est sûre, le débat est loin d'être clos.

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