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Protealis veut donner un élan à la culture du soja en Europe

L’objectif de Jonas Aper (à g.) et Benjamin Laga, c’est que la culture du soja développé par Protealis représente 8% des surfaces agricoles belges.

La start-up gantoise Protealis s'apprête à lancer deux variétés de soja compatibles avec un climat tempéré. Objectif: couvrir 8% des surfaces agricoles belges.

Produit essentiellement aux États-Unis, en Argentine et au Brésil, le soja est importé massivement en Europe. Plus de 90% de la consommation européenne vient des marchés lointains. Historiquement, le soja n’est pourtant pas une plante des régions subtropicales. Il a été cultivé dans des zones tempérées en Chine avant d'être adapté pour pouvoir croître dans les régions chaudes.

Des chercheurs flamands s'apprêtent à relancer dans nos contrées la culture de cette légumineuse riche en protéines. Depuis 2013, Benjamin Laga, ancien responsable de recherche en biotechnologie végétale chez BASF, et Jonas Aper, chargé du programme de sélection du soja au sein de l'Institut flamand de recherche en agriculture (Ilvo), cherchent comment développer des variétés de soja mieux adaptées au climat européen.

Les chiffres clés

90% - Actuellement, plus de 90% du soja consommé en Europe est importé

3,5 tonnes/ha - Les semences de soja développées par Protealis devraient permettre un rendement de 3,5 tonnes de soja par hectare, puis d’arriver progressivement à 4,5 tonnes

8% - A 450 euros la tonne, Protealis espère que son soja sera compétitif sur 8% des terres agricoles belges

6 millions € - Pour commercialiser ses deux premières variétés de soja, Protealis a obtenu un capital d'amorçage de 6 millions d'euros, fourni par plusieurs investisseurs publics et privés essentiellement flamands

Leurs efforts sont sur le point d'aboutir. Les chercheurs sont parvenus à mettre au point deux variétés de soja susceptibles d'être cultivées sur le sol belge et dans les régions environnantes. Pour pouvoir les commercialiser chez nous, Benjamin Laga et Jonas Aper ont créé, avec l'aide de l'Institut flamand de biotechnologie (VIB) et de l'Ilvo, une spin off, Protealis, appelée à donner une impulsion aux végétaux protéinés.

Objectif 8%

L'enjeu, c'est de pouvoir assurer une production rentable dans une zone allant de la Loire au nord des Pays-Bas, en incluant des parties de l’Allemagne, de l’Ukraine et de la Russie couvrant les mêmes latitudes. Les résultats obtenus ont été jugés suffisamment probants pour une mise sur le marché.

"Avec nos variétés, nous devrions pouvoir obtenir 3,5 tonnes par hectare et arriver progressivement à 4,5 tonnes. Au prix de 450 euros la tonne, cela signifie que le soja devient compétitif sur 8% des terres agricoles belges. D’autant que si le taux de protéines dépasse les 42%, l’agriculteur a droit à une prime supplémentaire", explique Benjamin Laga.

Ces variétés de soja ont été conçues en enrobant les semences d'une bactérie qui ne se trouve pas dans les sols européens. Elle capte l’azote dans l’air et le fournit à la plante, qui lui donne le sucre dont elle a besoin. "C’est un projet soutenable, aussi bien pour l’agriculteur que pour l’environnement, puisqu’il ne faut plus épandre de fertilisants d’azote, le composant le plus problématique pour l’environnement", souligne le CEO de Protealis.

Pois jaunes

Pour commercialiser ses deux premières variétés de soja, Protealis a obtenu un capital d'amorçage de 6 millions d'euros, fourni par plusieurs investisseurs publics et privés essentiellement flamands. De quoi permettre à Protealis de lancer ses deux premières variétés de soja sur le marché, développer et commercialiser l’enrobement de germes avec la bactérie symbiotique. Avant de développer une deuxième culture.

"À terme, nous envisageons de nous diversifier vers d’autres plantes protéinées, comme par exemple les pois jaunes."
Benjamin Laga
CEO de Protealis

"À terme, nous envisageons de nous diversifier vers d’autres plantes protéinées, comme par exemple les pois jaunes. Le fait d’en extruder les protéines leur donne une texture proche de celle du poulet, ce qui en fait un excellent substitut à la viande qui pourrait intéresser une société comme Beyond Meat, qui possède deux usines aux Pays-Bas", dit Benjamin Laga.

La demande de protéines végétales, notamment en Europe, est en progression constante. Le marché de remplacement du lait par des produits végétaux protéinés, boosté notamment par Alpro, augmente de 15% par an. Et encore: il est limité par la disponibilité du soja non-OGM.

"Protealis pourra proposer aux agriculteurs une culture rentable et qui fixe davantage d’azote dans les sols et donc les enrichit."
Jean-Baptiste Oldenhove
Fondateur d'Estari Group

"Protealis pourra proposer aux agriculteurs une culture rentable et qui fixe davantage d’azote dans les sols et donc les enrichit. C’est une belle culture de rotation qui peut 'booster' une culture reine comme le maïs", souligne Jean-Baptiste Oldenhove, le fondateur d'Estari Group, un fonds d'investissement ciblant des projets sociaux et environnementaux européens.

Premières ventes en 2022

Un nouveau tour de table financier est en principe prévu d’ici 3 ans. Les premières ventes de semences devraient se faire à petite échelle (quelques hectares) en 2022. "Le soja est difficile à multiplier. Il faut donc garder des semences pour pouvoir renouveler les cultures", précise Benjamin Laga.

Le CEO de Protealis espère arriver à l’équilibre d’ici 6 ou 7 ans. D'ici là, l'entreprise entend investir dans la recherche pour accélérer son développement. "Protealis s’intègre dans une chaîne industrielle qui tourne déjà avec des acteurs existants sur la multiplication de semences, sur la distribution, etc. C’est une société technologique, il n’y a donc pas de gros besoins de financement étalés dans le temps", ajoute Jean-Baptiste Oldenhove.

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