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Un bateau-usine va aspirer et traiter les plastiques en mer

Le Manta collectera et traitera directement 10 à 15.000 tonnes de déchets plastiques en mer par an. ©doc

La pollution des océans par les plastiques prend des proportions alarmantes. Le Manta, un bateau-usine développé par The SeaCleaners, démontrera qu'on peut agir.

Chaque année, 9 à 12 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés dans les océans. Et ce "mouvement" s'accélère. Selon l'Organisation des Nations unies, d'ici 2050, si rien n'est fait pour le ralentir, il y aura plus de déchets plastiques que de poissons dans les mers.

Ce constat, le skipper franco-suisse Yvan Bourgnon, vainqueur de la Transat Jacques Vabre en 1997 et premier à avoir effectué le tour du monde sur catamaran sans assistance et sans GPS, l'a fait aussi, de la plus désolante manière: en observant que, d'un raid à l'autre, les eaux sauvages autour de son bateau se transformaient de paysages paradisiaques en décharges à ciel ouvert...

9 à 12 millions
de tonnes
Chaque année, 9 à 12 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés dans les océans, et le rythme s'accélère.

Rentré en France, Yvan Bourgnon a fondé il y a cinq ans l'association sans but lucratif The SeaCleaners avec pour mission de lutter contre cette pollution par les déchets plastiques, sur mer comme sur terre. Il a réussi à fédérer une soixantaine de mécènes, principalement des entreprises, ainsi que cinq laboratoires de recherche. L'équipe a conçu un bateau-usine capable de collecter et de valoriser en mer de grandes quantités de macro-déchets plastiques flottants.

Une première mondiale

Baptisé "Manta", par allusion à la raie qui avale l'eau de mer en vrac avant d'y filtrer le plancton dont elle se nourrit, ce catamaran sera un petit bijou de technologie et d'ingéniosité quand il sera mis à l'eau en 2024. Et parmi ses sponsors figure le producteur belge d'eau minérale Spadel.

Il sera peut-être rejoint bientôt par d'autres compatriotes, car The SeaCleaners va installer, d’ici à la fin de l'année ou au début 2022, une antenne en Belgique avec entre autres objectifs de rallier de nouveaux partenaires à sa cause.

À bord, une mini-usine transformera par pyrolyse ces déchets plastiques en gaz de synthèse, lequel sera alors converti en électricité via une turbine.

Le Manta sera le premier navire de ce type. Il va à la fois capter les déchets flottants en surface et sur un mètre de profondeur, les trier et transformer directement la partie plastique en électricité à son bord.

Il fonctionnera à 75% en autonomie grâce aux différentes sources d'énergie renouvelables qu'il maîtrisera: mini-éoliennes, panneaux photovoltaïques, hydro-générateurs, sans compter l'électricité issue de la transformation des plastiques.

Des déchets triés à la main

Le bateau collectera les déchets en combinant quatre techniques. Il les aspirera directement via des tapis roulants inclinés situés à l'avant, entre ses deux coques. Il utilisera des espèces de filets de pêche remorqués par des tangons sur chacun de ses flancs.

Pour les gros débris, il fera usage de deux grues fixées sur le pont principal. Il portera, enfin, à son bord deux petits bateaux polyvalents de dépollution, baptisés "Mobula", qu'il lâchera dans les eaux calmes et protégées, comme les zones portuaires, pour y saisir les déchets là où le Manta ne pourra se rendre.

10 à 15.000
tonnes
Le Manta sera capable de collecter 10 à 15.000 tonnes de déchets plastiques par an, selon l'estimation basse fournie par The Seacleaners.

À bord, les déchets seront triés à la main. Les matières organiques (bois, algues...) seront aussitôt remises à l'eau. Les déchets de type métal ou verre seront stockés, puis ramenés à terre pour intégrer une filière locale de recyclage.

Les déchets plastiques seront broyés et compactés puis dirigés, toujours à bord, vers l'unité de conversion en énergie. Cette mini-usine transformera par pyrolyse ces plastiques en gaz de synthèse, lequel sera alors converti en électricité via une turbine. Une énergie destinée à être consommée dans le bateau.

Quant aux résidus solides issus de ce processus, soit 5 à 10% du plastique traité, ils seront à nouveau stockés pour être valorisés à terre (bitume, ciment, combustible...), comme dans le cas des déchets métaux.

À quand la création d'une flotte de Manta?

Le Manta sera capable de collecter 10 à 15.000 tonnes de déchets plastiques par an, selon l'estimation basse fournie par The SeaCleaners. "Le bateau collectera et traitera une à trois tonnes de l'heure, ce qui permettrait de faire beaucoup plus, mais en mer les nappes de déchets ne sont pas collées les unes aux autres", explique Valérie Amant, qui dirige la communication de l'association. "Ceci dit, il existe tout de même des zones à très forte concentration, comme des estuaires, ce qui permet d'avoir un gros impact."

"Nous avons conçu ce bateau comme un ambassadeur, pour inciter d'autres à l'action."
Valérie Amant
Directrice de la communication de The SeaCleaners

Quelque 80% de la pollution marine provient de terres et y est véhiculée via les cours d'eau. Un volume important est issu des dix fleuves les plus pollués par le plastique au monde. Ce triste classement est mené par quatre fleuves chinois (Yangtze, Fleuve Jaune, Hai He et Zhu Jiang) et un indien (Indus). On l'aura compris, les premières missions du Manta le conduiront vers l'Asie et l'Afrique, alors que deux fleuves africains figurent dans le Top 10.

Quelque 10.000 tonnes face aux 12 millions annuelles, cela peut sembler peu. Mais c'est un début et cela montre qu'en multipliant les initiatives de ce genre, on pourra arriver à un résultat. "Notre mission est de développer des solutions, souligne Valérie Amant. On encourage évidemment le développement de toute une flotte de navires comme le Manta, pour avoir un effet multiplicateur. Nous avons conçu ce bateau comme un ambassadeur, pour inciter d'autres à l'action."

Les candidats constructeurs et navigateurs sont donc les bienvenus pour faire des petits à cette raie d'un genre nouveau.

Spadel soutient The SeaCleaners

Spadel figure au rang des mécènes du Manta, dont le budget global tourne autour des 35 millions d'euros. Pourquoi le fabricant belge d'eaux minérales s'est-il investi dans ce projet?

Le groupe a élaboré une stratégie baptisée "Source of Change" pour réduire son empreinte carbone, protéger la biodiversité et intensifier son passage à une économie circulaire.

"Cette stratégie intègre évidemment les préoccupations des consommateurs par rapport aux bouteilles en plastique, indique la porte-parole Charlotte Giroud. Nous nous engageons ainsi à collecter 100% de nos emballages commercialisés et à utiliser 100% de matériaux réutilisés ou recyclés dans nos emballages d’ici à 2025. Mais bien sûr, il arrive encore que des bouteilles en plastique se retrouvent dans la nature."

Raison pour laquelle "Spadel s’engage également à lutter plus efficacement contre les déchets sauvages et à mettre en place différents partenariats pour un tri optimal afin d’augmenter sensiblement la qualité des matériaux recyclés. C’est aussi pour cette raison que Spadel a signé en 2019 un partenariat de 3 ans avec The SeaCleaners."

Le résumé

  • Chaque année, 9 à 12 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversés dans les océans.
  • L'association The SeaCleaners, fondée par le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon, a conçu et construit un bateau-usine qui collectera et traitera directement à son bord 10 à 15.000 tonnes de déchets plastiques en mer.
  • Une entreprise belge figure (déjà) parmi ses mécènes, Spadel.
  • The SeaCleaners installera une antenne en Belgique d'ici quelques mois.

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