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Un projet inédit pour remplacer l'uranium en médecine nucléaire

La demande en radio-isotopes médicaux devrait continuer à croître, vu le développement continu de la médecine nucléaire.

L’Institut des radio-éléments à Fleurus est engagé dans un programme d'un coût total de 335 millions pour s'affranchir de l'uranium dans la production de radio-isotopes.

Si la Belgique a planifié sa sortie de l'électricité produite à partir de l'atome, elle n'entend nullement abandonner la médecine nucléaire, basée sur l’utilisation de radioéléments (isotopes radioactifs) à des fins de diagnostic et de traitement de pathologies.

Avec l’Institut des radio-éléments (IRE), situé à Fleurus, et le Centre d’étude de l’énergie nucléaire (SCK CEN ) de Mol, notre pays possède deux atouts majeurs. Ces acteurs produisent ensemble un quart des radio-isotopes utilisés par les équipes de médecine nucléaire à travers le monde. Mais la concurrence s'aiguise et surtout, dans ce domaine également, les choses évoluent.

50 ans d'existence

L'uranium 235 utilisé comme matière première pour la production du molybdène-99, un isotope de base qui permet lui-même de fabriquer un autre radio-isotope très prisé (le technétium-99), gagnerait à être remplacé. D'abord parce que les réacteurs de recherche européens (comme celui de Mol) fournissant cet uranium ont souvent plus de 50 ans d'existence. Un uranium dont l'accès devient dans le même temps plus difficile en raison du contexte géopolitique et de la volonté de nombreux pays, dont la Belgique, de freiner la prolifération nucléaire. Ensuite, cette filière produit des déchets sensibles qui doivent être entreposés, transportés et traités pour être éliminés. Enfin, la manipulation de matières et de produits radio-actifs coûte cher et génère des contraintes importantes sur l'ensemble de la chaîne de production.

"Le projet SMART représente une innovation déterminante et constitue un changement de paradigme."
Philippe Busquin
Président de l'IRE

C'est pourquoi l’IRE a lancé il y a quelques années une initiative très audacieuse visant à mettre en place une nouvelle méthode de production éliminant l'uranium. Un défi scientifique, technologique et industriel majeur, d'un coût total de 335 millions sur une décennie. Appelé SMART (Source of MedicAl RadioisoTopes), ce projet, présenté mercredi à la presse, "représente une innovation déterminante et constitue un changement de paradigme. Il s'agit d'un projet de recherche et développement unique au monde" selon le président de l'IRE et ancien commissaire européen à la Recherche, Philippe Busquin.

Valider les technologies

L’IRE a déjà investi 4,5 millions d'euros dans les études préliminaires. Il s'est associé pour l'occasion avec le géant néerlandais des puces électroniques ASML, qui va fournir une partie des équipements de production. La deuxième phase, qui est en cours, doit servir à valider les technologies et la faisabilité industrielle. Elle est dotée d'un budget de 74,85 millions, dont 20 millions ont été ajoutés dans le cadre du plan de relance de l'Union européenne, qui "nous demande des projets très matures", a rappelé le secrétaire d'État à la relance, Thomas Dermine.

20
millions d'euros
La phase 2 du projet est dotée d'un budget de 74,85 millions, dont 20 millions ont été ajoutés dans le cadre du plan de relance de l'Union européenne.

Cette rallonge budgétaire s'explique par le fait que certaines technologies pressenties, notamment pour le refroidissement, seront plus complexes et plus chères que prévu. Par ailleurs, "certains mécanismes n’ont encore jamais été étudiés. Une recherche fondamentale est nécessaire" a fait valoir Veerle Van de Steen, la responsable du projet SMART.

Une ligne de production

L’investissement pour la construction et la validation de la ligne de production est pour sa part estimé à 256 millions, qui seront financés à 100% par l’IRE, dont le conseil d'administration devra donner son feu vert définitif fin 2022. La nouvelle usine, qui aura la taille d'un terrain de football mais sera en grande partie souterraine, devrait commencer à produire en 2028. Elle sera située à côté du futur cyclotron, un autre projet majeur de l'IRE, qui doit entrer en service fin 2023.

"Une fois le projet SMART achevé, l'IRE n'utilisera plus du tout d'uranium."
Erich Kollegger
Directeur del'IRE

"Une fois le projet SMART achevé, l'IRE n'utilisera plus du tout d'uranium" a indiqué le directeur de l'IRE, Erich Kollegger. Selon lui, le nouveau processus générera cent fois moins de déchets que l'actuel, avec des niveaux de sécurité requis n'ayant "rien de comparable avec ceux d'installations nucléaires".

Moins cher de 10%

Le directeur espère aussi rendre l'IRE plus compétitive encore en proposant son molybdène-99 à un prix 10% moins élevé qu'actuellement. Erich Kollegger a rappelé que le molybdène-99 restait l’isotope le plus utilisé en médecine nucléaire et représentait actuellement 80% des radio-isotopes utilisés. D'après lui, la demande devrait continuer à croitre, vu le développement continu de la médecine nucléaire. Une expansion qui a d'ailleurs largement profité à l'IRE puisque l'institut a vu son volume d’emploi doubler ces dernières années, pour passer à 250 collaborateurs. Le projet SMART ne viendra pas augmenter significativement ce nombre, mais "sera la garantie d'une centaine" de postes, selon Erich Kollegger.

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