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Une voie belge pour développer de nouveaux antibiotiques

Cela fait plus de 40 ans que la dernière génération d’antibiotiques a été développée. ©Â© Zoonar.com/Elnur Amikishiyev

Deux chercheurs de l'ULB pensent avoir trouvé le point faible des bactéries résistantes. Ils ont créé une spin-off, Santero Therapeutics, qui sera chargée de développer de nouveaux antibiotiques.

La résistance des bactéries aux antibiotiques est devenue un défi de santé publique majeur à l’échelle mondiale. Chaque année, plus de 750.000 personnes meurent après avoir contracté une infection qui résiste aux traitements antibiotiques actuellement disponibles.

Deux chercheurs de l’Université libre de Bruxelles, les professeurs Abel Garcia-Pino et Cédric Govaerts, proposent une approche innovante pour développer une nouvelle génération d’antibiotiques. Après des années de recherches en laboratoire, les deux scientifiques ont en effet mis en lumière les mécanismes fondamentaux du métabolisme bactérien, ouvrant ainsi une nouvelle porte dans la lutte contre les infections. Un espoir très concret: les deux scientifiques ont créé en mars de cette année une spin-off, Santero Therapeutics, pour valoriser leurs découvertes et mettre au point de nouveaux outils pharmacologiques contre des infections graves pour lesquelles il n'existe plus de solutions efficaces.

Une situation qui risque de s'aggraver

Cela fait plus de 40 ans que la dernière génération d’antibiotiques a été développée, un délai qui a contribué à l’émergence des résistances dans les populations bactériennes. En l’absence de l'apparition de thérapies réellement innovantes, la situation risque de s’aggraver. On estime que vers la moitié de ce siècle, plus de 10 millions de personnes succomberont chaque année à des infections résistantes. Dans la ligne de mire des autorités sanitaires et de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS): sept pathogènes, dont le staphylocoque doré, l'Escherichia coli ou encore le pseudomonas aeruginosa, une bactérie de plus en plus souvent responsable d'infections nosocomiales. Cette problématique des bactéries résistances a d'ailleurs pris un aspect particulier lors de la pandémie de Covid-19, car dans les services de soins intensifs, on a vu se coupler aux infections virales dues au coronavirus des infections bactériennes secondaires que l'on n'a pas pu traiter.

10
millions
On estime que vers la moitié de ce siècle, plus de 10 millions de personnes succomberont chaque année à des infections résistantes.

Mais comment en est-on arrivé à cette situation? "Les antibiotiques d’ancienne génération, qui sauvent encore des millions de vies chaque année, sont issus de recherches un peu chanceuses des années cinquante et soixante, ou bien ont été mis au point en s’inspirant des antibiotiques naturels", rappelle Cédric Govaerts, qui souligne que les bactéries ont la capacité de muter toutes les trente minutes et donc d'évoluer en permanence.

"On a donc un peu fait le tour de tout cela, d'autant que les sociétés pharmaceutiques se sont un peu désintéressées des antibiotiques, dont la plupart sont des génériques. Nous proposons une approche complètement innovante, basée sur la compréhension, à l'échelle moléculaire, du fonctionnement métabolique de la bactérie, qui va permettre d'agir de façon beaucoup plus rationnelle. L'idée est de concevoir de nouveaux médicaments pour des besoins médicaux qui ne sont plus satisfaits", fait valoir le professeur.

"On pense vraiment avoir trouvé un talon d'Achille dans la résistance bactérienne."
Cédric Govaerts
Cofondateur de Santero Theraeutics

Au centre des recherches menées à l'ULB, il y a la découverte des propriétés d'une enzyme essentielle dans le développement et la survie des bactéries. Si on arrive à attaquer ce point faible, on peut donc arrêter l’infection. "Nous ne sommes pas les seuls à travailler sur ce problème", poursuit Cédric Govaerts. "Ce qui est original, c'est que nous avons réussi à identifier une protéine très particulière, qui n'a jamais été la cible d'un antibiotique naturel ou artificiel. On pense vraiment avoir trouvé un talon d'Achille dans la résistance bactérienne. De plus, on peut faire d'une pierre deux coups, puisque cette enzyme est non seulement essentielle dans le développement du pathogène, mais elle est aussi impliquée dans le développement de la résistance. En s'y attaquant, on va donc aussi éviter d'avoir trop vite des résistances. C'est un peu la recette magique."

Une autre force du projet, c'est qu'il a un caractère potentiellement universel. Selon les fondateurs de Santero, le rôle de ces enzymes dans toutes les familles de bactéries indique que la nouvelle approche pourrait s’appliquer virtuellement à tout type d’infection, ouvrant dès lors des pistes thérapeutiques pour une multitude d’indications cliniques. "On peut imaginer pouvoir customiser le médicament pour chaque type de bactérie", note encore Cédric Govaerts.

Dans l'immédiat, Santero compte s'attaquer en premier à un des sept pathogènes désignés par l'OMS comme problématiques. "Nous sommes en train de choisir une ou deux de ces bactéries pour passer au modèle pré-clinique. Développer un médicament va demander une spécialisation", indique Cédric Govaerts, qui n'en dira pas plus sur la future cible.

Vers une deuxième levée de fonds

La start-up a déjà attiré l’attention de plusieurs investisseurs privés. Une levée de fonds de départ de 1,1 million d'euros a été finalisée en quelques semaines, consolidée ensuite par un subside de 1,4 million de la Région wallonne. Une deuxième opération plus importante qui rassemblera un fonds d’investissement professionnel et plusieurs autres investisseurs sera menée en 2022 pour accompagner le développement de la société.

Santero Therapeutics n'en est qu'à ses premier pas. Les deux cofondateurs sont à la recherche d'un CEO et vont constituer un conseil scientifique. La société pourrait s'installer au BioPark de Charleroi, qui éprouve toutefois certaines difficultés à fournir de nouveaux locaux dans l'attente de l'achèvement des projets immobiliers prévus.

Le résumé

  • La résistance des bactéries aux antibiotiques est devenue un défi de santé publique majeur à l’échelle mondiale.
  • Deux chercheurs de l’ULB, les professeurs Abel Garcia-Pino et Cédric Govaerts, proposent une approche innovante pour développer une nouvelle génération d’antibiotiques.
  • Ils ont créé en mars de cette année une spin-off, Santero Therapeutics, qui sera chargée de valoriser leurs travaux.

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