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Des congés dans du papier cadeau, la nouvelle tendance RH

Lidl fait partie de ces employeurs qui ont tenu à reconnaître les efforts particuliers fournis par leur personnel en 2020 en leur distribuant des jours cadeaux. ©Lino Mirgeler/dpa

Des employeurs se sont lancés, ces derniers mois, dans une nouvelle pratique de gestion du personnel: donner des jours libres pour services anti-covid rendus...

Ces derniers mois, plusieurs entreprises ont récompensé, sous nos latitudes, leurs travailleurs pour les efforts déployés durant l'année covid en leur octroyant des jours de congé supplémentaires. Ou plus exactement, des jours de temps libre supplémentaires. Le dernier employeur en date à l'avoir fait est Protime, le groupe belge de gestion des ressources humaines spécialisé notamment dans l'enregistrement du temps et la planification du personnel.

"Il y a toujours une guerre des talents en cours et, en temps de crise, la rétention des bons éléments reste un enjeu important pour les entreprises."
Virginie Verschooris
Manager consultant de Reward, SD Worx

Avant Protime, le holding Sofina avait déjà procédé de la sorte, de même que plusieurs chaînes de grande distribution: Lidl, Colruyt et Delhaize. Point commun entre toutes ces sociétés: elles ont dégagé de belles performances malgré la pandémie. Autrement dit, leurs collaborateurs ont continué à travailler et ont parfois bossé plus que de coutume. Ce qui a aussi augmenté le risque qu'ils ne fassent un burn-out...

Un phénomène récent

Le champion en nombre de jours offerts en cadeau est jusqu'ici Sofina, qui a donné 40 jours à 68 dirigeants et employés. Avec 5 jours octroyés à 350 personnes, Protime se positionne en milieu de tableau. Avec six jours donnés, Colruyt "score" très haut dès lors qu'on établit le classement en proportion du nombre d'emplois concernés...

À noter qu'on voit aussi ce genre d'initiatives fleurir à l'international: non sans l'avoir fait savoir urbi et orbi (publicité oblige), Google et Microsoft se sont également engagés dans cette voie.

Ce n'est donc pas une spécificité belge, mais c'est en revanche un phénomène récent, manifestement stimulé par la crise sanitaire. "On voit peu de demandes d'entreprise; c'est nouveau pour tout le monde, souligne Virginie Verschooris, manager consultante en rétribution ("reward") au service du spécialiste des ressources humaines SD Worx.

"J'ai déjà vu des sociétés octroyer trois mois de congé sabbatique, mais c'était pour récompenser 10 ans d'ancienneté. Ceci dit, il y a toujours une guerre des talents en cours et, en temps de crise, la rétention des bons éléments reste un enjeu important pour les entreprises."

40
recrutements chez Protime
Protime a repris ses recrutements et est passée de 310 à 350 emplois depuis le 1er janvier 2021.

Objectif santé mentale

Retenir les collaborateurs ou les préserver du risque de burn-out, c'est aussi un des objectifs poursuivis par Protime. "Nos employés ont été soumis à une forte charge de travail en 2020, explique sa porte-parole Sophie Henrion. Beaucoup d'entre eux ont une fonction de terrain et, une fois plongés en télétravail, ils ont éprouvé des difficultés à se dire 'stop' en fin de journée. Et quand ils ont dû improviser une garde de leurs enfants au premier lockdown, certains ont eu très dur. On a réagi en prenant une série de mesures, dont ces jours de temps libre."

Il faut dire aussi que la société avait ralenti ses recrutements au début de la pandémie, par mesure de prudence. Elle les a repris début 2021 et a déjà engagé 40 personnes depuis le 1er janvier.

"Le retour sur investissement se trouvera dans le fait que nos collaborateurs ne tomberont pas malades."
Sophie Henrion
Porte-parole de Protime

Outre les cinq jours, Protime a mis en place pour son personnel un service externe de consultations psychologiques, disponible 24 heures sur 24, et a créé des groupes de travail qui, sur base volontaire, se sont réunis pour "brainstormer" sur des initiatives ou des conseils pour se reposer ou se déconnecter du travail.

Ces mesures coûteront certes quelque argent à l'employeur, convient-elle, mais "le retour sur investissement se trouvera dans le fait que nos collaborateurs ne tomberont pas malades". Et Sophie Henrion de préciser: "quand un burn-out se déclare dans une équipe Projet, c'est une petite catastrophe. Le coût d'un tel burn-out est beaucoup plus conséquent que le coût des cinq jours de temps libre."

Vers une déconnexion complète

Le cadeau est donc à la fois une sorte d'outil anti-burn-out et une manifestation de reconnaissance envers les collaborateurs. Et si on ne parle pas à son sujet de "congé", c'est parce qu'il s'agit d'une mesure ponctuelle et non pas récurrente. On parle bien, en revanche, de jours payés. "C'est un extra rémunéré exactement comme un congé habituel", précise Sophie Henrion.

Pas possible, par contre, de transformer ces jours en monnaie sonnante et trébuchante: "ce serait aller contre la raison pour laquelle on le fait."

L'employeur insiste également pour que le travailleur prenne les cinq jours en une fois. "Les problèmes de fatigue se résolvent par du repos. Nous encourageons d'ailleurs nos collaborateurs à ajouter ces cinq jours à leurs semaines de congé pris en été, pour les inciter à se déconnecter complètement - sans plus d'appli, ni d'e-mails liés au travail..." En même temps, le dispositif autorise une grande souplesse, puisque les employés pourront prendre ces jours soit cette année, soit l'an prochain, ce qui les distingue aussi des jours de récupération traditionnels.

Des règles du jeu clarifiées à l'avance

Si un employeur envisage comme Protime de distribuer des jours de temps libre à son personnel, il devra veiller à clarifier les règles du jeu pour tout le monde, souligne Virginie Verschooris chez SD Worx. "Cela aura un impact sur le temps de travail effectué, qui se verra globalement réduit, donc éventuellement sur les objectifs assignés à l’employé ou au dirigeant, dit-elle. Cela pourrait donc influer sur son bonus. Et inversement, si cela le pousse à prendre ensuite des heures supplémentaires pour compenser, cela aura un surcoût pour l’entreprise."

Dans la même perspective de prévention, il faudra déterminer à l’avance la manière dont on appliquera la mesure aux travailleurs à temps partiel, ainsi qu’aux nouveaux entrants et aux sortants. "Définir un cadre clair permettra d’éviter toute mauvaise interprétation."

Le résumé

  • Plusieurs employeurs belges ont octroyé, ces deux derniers mois, des jours de temps libre supplémentaires à leurs collaborateurs en remerciement des services rendus pendant la crise.
  • Point commun à ces entreprises, elles ont bien résisté à l'impact de la pandémie en 2020.
  • Il s'agit à la fois d'un signe de reconnaissance et d'une mesure anti-burn-out, souligne-t-on chez Protime.
  • Bien que non négligeable, le coût d'un tel dispositif sera toujours moins cher que le prix d'un taux de maladies ou de départs élevé.

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