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L'industrie alimentaire à l'ère du big data

Le consommateur s’est habitué à être livré où, quand et comme il veut. La personnalisation de l'alimentation va immanquablement accroître les besoins technologiques. ©Shutterstock

Pour s'adapter à une demande alimentaire qui se personnalise, producteurs et distributeurs devront s'appuyer sur l’intelligence artificielle et la gestion des données.

La qualité de l'information plutôt que la taille des usines. Dans l'industrie alimentaire aussi, l'avenir passe par la traque du "buzz" sur les réseaux sociaux et par l'analyse de données toujours plus fines fournies, à leur insu ou de leur plein gré, par des consommateurs de plus en plus connectés.

Alors que des secteurs comme la banque ou la santé ont intégré depuis belle lurette la gestion des données, l'agroalimentaire s'y est lancé avec retard. Et commence seulement à voir l'intérêt du "big data" pour s'ajuster au mieux à une clientèle toujours plus volatile.

+27%
Sur les 12 derniers mois, l'indice américain S&P des produits de consommation courante n'a progressé que de 27% alors que le S&P 500 bondissait de 63%.

Et grappiller ainsi quelques points de marge bien nécessaires. Car la perspective d'une réouverture de l'horeca rend les investisseurs prudents. Sur les 12 derniers mois, l'indice américain S&P des produits de consommation courante n'a progressé que de 27% alors que le S&P 500 bondissait de 63%.

Mais il y a une évolution, qui devrait s'accélérer une fois la pandémie derrière nous. Les géants de l'agroalimentaire, comme Nestlé ou Unilever, ont bien compris tout l'intérêt de l'intelligence artificielle dans un contexte de personnalisation toujours plus poussée des données clients.

Balance intelligente

La demande croissante d'informations détaillées sur les produits émanant des consommateurs a par exemple convaincu les multinationales de l'agroalimentaire de se rallier à des systèmes d'étiquetage comme le Nutri-Score, au départ éreinté par les industriels. D'autres applications utilisées par les consommateurs leur permettent d'affiner leurs données clients.

Autre cible possible: la lutte contre le gaspillage alimentaire. La société britannique Winnow a développé une balance intelligente permettant d'identifier les aliments jetés à la poubelle et de réduire ainsi le gaspillage alimentaire dans les cuisines de collectivités. Quelques dizaines de dispositifs ont été installés à ce jour en Belgique.

"La vraie transformation qui s’opère aujourd’hui, c’est le passage d’une consommation de masse à une consommation personnalisée."
Pierre-Alexandre Billiet
CEO de Gondola

Soucieux de ne pas devoir prendre le train en marche, Puratos, le fabricant belge d’ingrédients de boulangerie-pâtisserie, a mis sur pied une structure autonome dédiée au soutien de start-ups innovantes. L'objectif est limpide. Puratos cherche ainsi à élargir ses horizons en se donnant un accès plus aisé aux idées novatrices porteuses, avant de les mettre en vitrine.

L'exemple Nike ID

L'avenir réside dans une offre alimentaire ciblée. "La vraie transformation qui s’opère aujourd’hui, c’est le passage d’une consommation de masse à une consommation personnalisée", résume Pierre-Alexandre Billiet, CEO de Gondola. Le géant américain Nike fait figure à cet égard de pionnier avec son concept Nike ID, qui permet aux clients de personnaliser leur chaussure de sport en choisissant le modèle, la matière, les couleurs... Un an et demi après son lancement, Nike ID représentait 35% de l’Ebitda de Nike.

L'obstacle du RGPD

L’essor inexorable de l’usage des données place l’industrie alimentaire devant un série de défis, comme par exemple la protection de la vie privée. Les industriels européens sont confrontés à une donne que ne connaissent pas leurs concurrents américains ou asiatiques: le Règlement général sur la protection des données (RGPD).
Entré en vigueur en mai 2018, il vise à protéger les consommateurs contre un usage abusif de leurs données personnelles cédées aux entreprises. Une telle réglementation peut poser problème, estime Pierre-Alexandre Billiet. "Avec le GDPR, l’Europe est isolée. C’est un souci parce que cela crée une complexité supplémentaire", dit-il.
D’aucuns voient dans le RGPD un obstacle à l’épanouissement des talents européens en intelligence artificielle. Le CEO de Gondola relativise: "Plus une société donne des avantages au consommateur, plus il est prêt à partager des informations personnelles", dit-il.

La distribution a bien compris tout l'intérêt d'une offre personnalisée. Pour cela, elle peut s'appuyer sur un tissu d'entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle. Comme par exemple Robovision, une société gantoise qui associe "deep learning" et "machine learning" pour analyser l’environnement réel.

Carrefour s'appuie sur la blockchain, une plateforme technologique permettant de stocker et de transmettre des informations sur le web par blocs codés et identifiés par tous les intervenants de la chaîne, pour faciliter l'accès du client à des informations sur la traçabilité et le contrôle des produits qu'il achète au supermarché. Et lui donner la possibilité d'interagir.

"Smart scale"

Colruyt, lui, mise sur la facilité du client. Il y a deux ans, le distributeur a lancé, dans son magasin de Courtrai, un test sur un système de reconnaissance automatique des fruits et légumes. Baptisée "smart scale", cette balance intelligente, développée en collaboration avec Robovision, permet de reconnaître 120 fruits et légumes différents.

Les tests se sont avérés concluants. Mais la crise du Covid a contraint Colruyt à les interrompre. "D'autres développements de cette technologie sont à l'étude et des tests sont menés dans d'autres départements", précise Nathalie Roisin, porte-parole du groupe.

L'intelligence artificielle offre d'autres possibilités. "Elle permettra d’appliquer à l’alimentation un "yield pricing", une politique de prix comparable à la réservation des billets d’avion (plus l’offre se raréfie, plus c’est cher) pour contrer le gaspillage alimentaire", dit Pierre-Alexandre Billiet. Qui évoque aussi l'analyse des déplacements des clients dans le magasin pour détecter les risques de fraude ou pour affiner le nombre d'ouvertures de caisses.

Le résumé

  • Alors que d'autres secteurs ont intégré depuis longtemps la gestion des données, l'agroalimentaire s'y lance avec retard.
  • Les multinationales de l'agroalimentaire se rallient à des systèmes d'étiquetage comme le Nutri-Score ou à d'autres applications pour affiner leurs données clients.
  • La distribution a bien compris tout l'intérêt d'une offre personnalisée.
  • Carrefour s'appuie sur la blockchain pour informer le client sur la traçabilité des produits; Colruyt mise sur la facilité du client en testant une balance intelligente.

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