Publicité
innover

L'intelligence artificielle au service de la médecine de précision

La radiomique est une nouvelle discipline alliant imagerie médicale et intelligence artificielle. ©Photo News

Radiomics utilise l'intelligence artificielle pour mieux cerner les maladies sur des images médicales. La scale-up liégeoise lève 6 millions et lance une étude sur le cancer du poumon.

Employer l’intelligence artificielle pour déceler, dans des images médicales ordinaires, des informations qui vont permettre de définir le plus vite possible les traitements les plus pointus: c'est l'idée que développe la société de technologie médicale liégeoise Radiomics, qui va lancer une étude sur l'utilisation de ce modèle contre le cancer du poumon.

Une information limitée

La radiomique est une nouvelle discipline alliant imagerie médicale et intelligence artificielle. Elle a pour objectif de mieux caractériser les tumeurs, en utilisant de manière approfondie des données contenues dans les approches classiques d’imagerie, dont on n'a pas encore exploité toutes les ressources. Actuellement, en cas de soupçon de cancer suite à un scanner ou un IRM, il faut passer rapidement à une biopsie, une technologie plus invasive.

"L'intelligence artificielle peut voir des caractéristiques que l'œil humain ne peut identifier".
Wim Vos
CEO de Radiomics

"Pour une biopsie, on part du postulat que toutes les tumeurs sont comme la tumeur que l'on a sortie du corps", explique Wim Vos, le CEO de Radiomics."Mais ce n'est pas la réalité. On a une information limitée à un élément qui n'est plus dans le patient. Or, on voit que l'efficacité des traitements – y compris les immunothérapies – reste encore assez faible, car il y a une hétérogénéité dans le patient, qui n'est pas représentée dans la biopsie. C'est là que l'imagerie peut aider", fait valoir Wim Vos, un ingénieur aéronautique arrivé il y a deux ans et demi à la tête de l'entreprise.

Mieux que les yeux des experts

Les spécialistes de Radiomics ont développé des outils numériques qui permettent d’analyser les images et de mettre en évidence ce que même l'œil des experts les plus avertis ne peut détecter. "Actuellement, avec l'imagerie, on peut voir qu'il y a une tumeur", poursuit Wim Vos. "Mais l'œil humain ne peut pas dire de quel type de biologie il s'agit. L'intelligence artificielle peut voir des caractéristiques que l'œil humain ne peut identifier. On l'utilise pour identifier les tumeurs, mais aussi pour les caractériser, les mesurer et créer des modèles de signature", souligne le CEO.

Wim Vos, CEO de Radiomics. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Un des avantages des solutions de Radiomics, c'est qu'elles ne nécessitent pas d'équipements particuliers", ajoute, de son côté, Mathieu Delveaux, le directeur financier. "Contrairement aux biopsies, l'imagerie, tout le monde en fait beaucoup, tous les jours. Les outils sont là. Il ne faut pas de développement du côté des scanners, juste une certaine standardisation des images. C'est l'intelligence artificielle qui fera la différence."

"On ne veut pas remplacer la biopsie"

Grâce à cet outil d'analyse d'images, les praticiens vont pouvoir désigner différents traitements adaptés aux différents types de tumeurs. "Mais on ne veut pas remplacer la biopsie", relève encore Wim Vos. "Il y a des situations où l'imagerie peut ajouter des infos que la biopsie ne donne pas. Ce qu'on veut, c'est fournir une carte complète des biologies qui se trouvent dans la totalité des tumeurs. Dans le futur, il n'y a pas une technologie qui va s'imposer. On va rajouter des couches dans l'aide à la décision".

"Avec nos outils, les laboratoires pourront avoir des meilleurs résultats, raccourcir les études ou même réexaminer des traitements".
Mathieu Delveaux
Directeur financier

En attendant d’optimiser les soins aux patients, les solutions de Radiomics aident déjà les sociétés pharmaceutiques dans le développement de nouveaux traitements. "Avec nos outils, les laboratoires pourront avoir des meilleurs résultats, raccourcir les études ou même réexaminer des traitements qui pourraient être efficaces sur des sous groupes", insiste Mathieu Delveaux. La société a d'ailleurs déjà signé plusieurs contrats en ce sens avec des grands noms de la pharmacie, ce qui lui procure certaines rentrées financières.

Valider les concepts

La scale-up liégeoise veut toutefois valider ses concepts. À cet égard, elle va donc lancer d'ici à la fin de l'année une étude clinique multicentrique pour démontrer la valeur apportée par ses modèles d’intelligence artificielle auprès de 1.000 patients en Europe atteints de cancer du poumon non-à-petites cellules, le cancer du poumon le plus répandu.

L'étude clinique permettra de franchir une étape supplémentaire vers une médecine de précision.

Cet essai comprendra deux branches principales, l'une visant à créer un "atlas" radiomique de la biologie cancéreuse, et l'autre cherchant à valider une solution automatisée reproductible pour évaluer la réponse des patients aux chimio- et immunothérapies.

L'étude permettra, selon Mathieu Delveaux, de franchir "une étape supplémentaire vers une médecine de précision". Elle sera financée par une levée de fonds de 6 millions d’euros, collectés auprès de ses principaux investisseurs (Epimède et Noshaq), du management, de la Sofinex et de la Région wallonne, mais aussi des banques. Ce nouveau financement permettra également de doubler les effectifs actuels de la société 35 personnes – dans les deux ans et d'ouvrir quelques implantations à l'étranger.

Une spin-off de l'université de Maastricht

Installée dans la Cité ardente depuis plus de trois ans, Radiomics est à la base une spin-off de l’Université de Maastricht. Son fondateur est le professeur belge Philippe Lambin, qui avait mis au point un premier logiciel. La société a été créée en 2016 sous le nom de Oncoradiomics, mais celui-ci a été modifié début 2021, parce que si l’oncologie reste le domaine prioritaire de l'entreprise, son objectif est aussi de développer des applications dans d'autres champs thérapeutiques, notamment dans le domaine respiratoire.  La medtech a ainsi développé avec le CHU de Liège un outil de diagnostic radiologique pour le Covid-19, qui a été utilisé quand les tests manquaient au début de la pandémie. Elle dirige également un projet européen d'utilisation de l’intelligence artificielle pour les diagnostics qui pourra être utilisé lors de futures pandémies.

Le résumé

  • Radiomics, anciennement Oncoradiomics, est une société qui utilise l'intelligence artificielle pour exploiter de manière approfondie des données contenues dans les images médicales classiques.
  • L'idée est d'aider les praticiens à désigner les traitements les mieux adaptés aux différents types de tumeurs.
  • La medtech liégeoise lève 6 millions d'euros qui vont servir notamment à lancer une étude clinique sur l'utilisation de ce modèle contre le cancer du poumon.
  • Radiomics ambitionne de proposer ses services pour d'autres maladies, notamment respiratoires.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés