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La technologie pour faciliter l'accès aux soins de santé mentale

Moins de 10% des Belges se tournent aujourd’hui vers un professionnel de la santé pour traiter leurs difficultés. ©PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP

Les initiatives mêlant technologie et santé mentale se multiplient. Entre opportunité business et réel besoin, la technologie s'invite dans notre mal-être.

Les besoins en santé mentale ont explosé après une année pandémique qui a cloîtré des millions de personnes dans leur intérieur et les a privés de relation sociale pendant plusieurs mois. Un Belge sur six souffre aujourd'hui de problèmes de santé mentale, selon l'assureur AXA. Pourtant, le sujet reste encore tabou.

La crise du Covid-19 a eu pour conséquence positive de dédramatiser quelque peu l'accès aux soins de santé mentale. Pour faciliter la démarche, la technologie, par l'entremise de start-ups notamment, s’invite dans le secteur.

Franchir le pas

L'une des difficultés est clairement l’accès aux soins eux-mêmes. Pas toujours évident de franchir le pas, et de prendre son téléphone pour obtenir un rendez-vous avec un thérapeute. Cette première étape correspond souvent à celle de la prise de conscience pour le futur patient. Avec comme conséquence que, même si le besoin de support en santé mentale explose, moins de 10% des Belges se tournent aujourd'hui vers un professionnel de la santé pour traiter leurs difficultés.

En guise de solution, trois jeunes bruxellois ont lancé Websie: une plateforme facilitant l'accès aux soins de santé mentale au travers de consultations en ligne. La start-up bruxelloise est soutenue par le plus grand accélérateur de start-up de Belgique, Start it @KBC.

"Nous avons créé Websie pour abattre les obstacles qui empêchent trop souvent les personnes en détresse psychologique de consulter."
Martin Bragard
Cofondateur de Websie

Aider à consulter

Sur Websie, l'utilisateur répond d'abord à une série de questions sur les raisons qui le poussent à consulter, et sur les caractéristiques qu'il recherche chez un psychologue. Sur base de ces réponses, Websie suggérera le psychologue qui convient le mieux au besoin du patient, au sein d'un réseau de 150 psychologues agréés.

"Les besoins en santé mentale ont explosé avec la crise du Covid, une hotline psychologique est une façon d'y répondre."
Jean-Charles Samuelian
CEO d'Alan

L'utilisateur aura alors la possibilité de faire connaissance avec le psychologue via un chat privé et sécurisé, avant de planifier une consultation en ligne. De quoi briser la glace et démystifier le statut parfois intimidant du psychologue.

"Nous avons créé Websie pour abattre les obstacles qui empêchent trop souvent les personnes en détresse psychologique de consulter", lance Martin Bragard, cofondateur de la start-up. "Grâce à l'accompagnement lors de la sélection du psychologue et à la simplicité de la consultation en ligne, nous attirons de nombreux patients qui n'osaient pas consulter. 85% de nos patients déclarent d'ailleurs n'avoir jamais consulté auparavant".

Hotline psychologique

Dans le même style, un nouveau venu dans le secteur des assurances santé en Belgique, Alan, a lancé une hotline psychologique, uniquement accessible à ses membres, 24 heures sur 24, avec deux psychologues au bout du fil.

"Les besoins en santé mentale ont explosé avec la crise du covid, c'est une façon d'y répondre", nous explique Jean-Charles Samuelian, le CEO de la jeune pousse française qui compte bien multiplier rapidement le nombre de psychologues disponibles via la hotline en Belgique.

Entre le réseau social et l'annuaire

Autre problème majeur lié aux soins en santé mentale: le laps de temps entre les premiers symptômes et la prise en charge par un professionnel. "Cette période est estimée à 10 ans", nous expliquent deux trentenaires qui ont lancé, en avril dernier, une plateforme digitale qui ambitionne de la réduire à 6 mois.

"Notre valeur ajoutée est que l'on peut surtout s'informer au travers du contenu diffusé par ces thérapeutes et les membres de la plateforme."
Émilie de Morteuil
Cofondatrice de Noos

Antoine Sepulchre et Émilie de Morteuil ont lancé Noos, une plateforme communautaire à mi-chemin entre un réseau social et l'annuaire, dédié en grande partie à la santé mentale. Ici aussi, l'objectif est de tirer avantage des outils digitaux.

"On peut bien sûr entrer en relation directe avec des thérapeutes et des praticiens, mais notre valeur ajoutée est que l'on peut surtout s'informer au travers du contenu diffusé par ces thérapeutes et les membres de la plateforme. Les utilisateurs ne vont pas coter les praticiens, mais plutôt indiquer pour quels symptômes ils ont été aidés, afin d’offrir une approche inversée facilitant la recherche", explique Émilie de Morteuil. Une initiative encore jeune et qui aura besoin d'un nombre d'utilisateurs conséquent pour fonctionner correctement.

Problématique complexe

L’augmentation des besoins en santé mentale est un enjeu sociétal de premier plan, mais aussi, plus précisément, un enjeu pour le système de soins de santé, qui doit être capable de mieux se connecter à ses patients et d'absorber la demande.

Les technologies peuvent y aider et, on le voit, les initiatives se multiplient, mais elles ne sont qu'une des réponses à la problématique. Elles ne seront jamais qu’un pont ou un relais supplémentaire vers un professionnel de santé. De quoi améliorer les rouages d'un processus, mais pas fondamentalement changer la donne.

Le résumé

  • 1 Belge sur 6 souffre aujourd’hui de problèmes de santé mentale selon l'assureur AXA, pourtant le sujet reste encore tabou.
  • Pour faciliter l'accès aux soins, plusieurs initiatives se mettent sur pied.
  • La technologie peut être un excellent facilitateur et relais, mais elle ne replacera jamais un professionnel de santé.

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