La Wallonie à la traîne en matière de demandes de brevets

Les inventions dans le secteur de la santé pèsent pour près d’un quart des demandes de brevets belges. ©Valentin Bianchi / Hans Lucas

Malgré le bouillonnement de son secteur biopharmaceutique et la force de son industrie aéronautique, la Wallonie n'apparaît pas dans le top 10 des demandes belges de brevets. Tentative d'explication.

En Belgique, le bond des inventions dans la médecine et la chimie a permis de maintenir les demandes de brevets à un haut niveau. Selon le "Patent Index 2020" de l'Office européen des brevets (OEB), publié ce mardi, les demandes de brevets belges dans les secteurs des technologies médicales et de l'ingénierie chimique ont progressé l'année dernière de respectivement 42,5% et 91,2%.

2.400
demandes
Au total, l'an dernier, les sociétés, universités et établissements de recherches belges ont fait 2.400 demandes de brevets.

Cette hausse a permis de compenser les nets replis constatés en 2020 dans d'autres secteurs, dont la métallurgie, les techniques de mesure et les transports. Les inventions dans le secteur de la santé pèsent désormais pour près d’un quart des demandes de brevets belges auprès de l’OEB.

Au total, l'an dernier, les sociétés, universités et établissements de recherches belges ont fait 2.400 demandes de brevets auprès de l'Office européen des brevets, selon l'OEB. Elles se sont quasi maintenues au niveau record de 2019 (2.422 demandes).

Une faiblesse wallonne

Comme lors des années précédentes, Solvay est à nouveau le plus grand déposant belge auprès de l’OEB avec 214 demandes déposées en 2020, suivi par le centre de microélectronique et de nanotechnologies IMEC, basé à Louvain (158 demandes), Umicore (96), Agfa (81), la KULeuven (81) et l’UGent (62).

Il y a deux universités et deux instituts de recherche dans le top 10 des plus grands déposants belges, une particularité en Europe.

En incluant l'Institut flamand de biotechnologie (VIB), en neuvième position, il y a deux universités et deux instituts de recherche dans le top 10 des plus grands déposants belges auprès de l’OEB. Une particularité de la Belgique par rapport aux autres pays.

Par régions, la Flandre domine le classement avec 1.580 demandes, soit une part de 65,9%, suivie par la Wallonie (19,9%) et la région Bruxelles-Capitale (14,2%). Comme les années précédentes, les entreprises, universités et établissements de recherche wallons restent absents du top 10 des déposants belges. Comment expliquer cette faiblesse? "Pour ce qui est des secteurs d’Agoria, quelques brevets ont été déposés dans l’aéronautique, mais moins que les années précédentes à cause de la conjoncture", explique Dominique Demonté, directeur général d'Agoria Wallonie. "Il s’agit aussi de secteurs qui déposent moins de brevets que le secteur pharma."

"Dans la défense, l’utilisation de brevets n’est pas nécessairement la stratégie qui est choisie."
Dominique Demonté
Directeur général d'Agoria Wallonie.

Chez le motoriste Safran Aero Boosters à Liège, on indique déposer en moyenne de 30 à 40 demandes de brevets par an auprès de l'OEB, sans donner de chiffre précis pour 2020. Ce qui fait de l'ex-Techspace Aero un très bon élève dans sa branche, mais le placerait plutôt dans le Top 15 du classement. Par ailleurs, poursuit Dominique Demonté, "il y a des secteurs où on préfère ne pas dévoiler ses inventions. Dans la défense, l’utilisation de brevets n’est pas nécessairement la stratégie qui est choisie" pour se protéger.

Une culture moins orientée sur les brevets

Directeur de l’Innovation à l’Awex, Philippe Lachapelle relève de son côté qu'en raison de la structure de l'économie wallonne, où l'on trouve beaucoup de PME, "il y a eu traditionnellement une culture moins orientée sur les brevets". Cela est toutefois en train de changer, rassure-t-il: "on se rend compte que cela a de la valeur et qu’il est important d’avoir de la propriété intellectuelle pour lever des fonds. Il y a aussi une politique assez généreuse de la Région. Mais tout cela se sait encore assez peu. Je ne suis pas nécessairement pessimiste: il y a un éveil à la question, qui risque de se voir dans les futurs classements."

"Dans le secteur biopharma, les développements sont très longs."
Frédéric Druck
Administrateur délégué d’essenscia wallonie

Et même dans le secteur biopharmaceutique, qui est bouillonnant en Wallonie, on trouve des particularités, souligne pour sa part Frédéric Druck, administrateur délégué d’essenscia wallonie: "on trouve beaucoup de petites structures qui vont déposer juste un brevet ou qui ont un petit portefeuille de brevets, qu’ils vont ensuite développer pendant quinze ans. Pendant ce temps, il n’y a pas d’argent, on ne multiplie pas les brevets et on ne va pas les exploiter. Dans le secteur biopharma, les développements sont très longs", relève-t-il. Par ailleurs, "le coût des brevets peut rester important, surtout quand on a une stratégie mondiale. Il faut donc gérer cela de façon frugale. On ne peut pas multiplier les demandes", note encore Frédéric Druck, en rappelant que les demandes de brevets ne sont qu’un des paramètres de l’innovation. D'ailleurs, ajoutent d'autres spécialistes, il y a une volonté croissante d'être sélectif et de miser non pas sur la quantité, mais sur les produits qui ont une chance d'arriver au marché.

Une véritable inquiétude

Reste néanmoins une véritable inquiétude: l'absence dans ce classement belge des universités et centres de recherche du sud du pays. "On n’a pas l’équivalent d’un centre comme IMEC, qui est le deuxième plus gros déposant belge", déplore Dominique Demonté. "On sait que l'on n'a pas les moyens en Wallonie de faire un IMEC, qui dispose d'un budget de 600 millions d'euros. Mais on doit viser une masse critique plus importante. Des centres de recherche à l’échelle nationale seraient même un plus", conclut le patron d'Agoria Wallonie.

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