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Une brigade volante pour surveiller les infrastructures

Un drone-inspecteur de SkyeBase dans le port d’Anvers.

Les drones sont de plus en plus utilisés pour surveiller les infrastructures critiques. Pour analyser les données récoltées par ces inspecteurs volants, deux entreprises belges ont développé un logiciel intelligent.

Notre économie a beau se digitaliser, elle ne peut pas encore se passer d’infrastructures physiques pour transporter des personnes, des biens ou de l’énergie. Les ponts, les grues, les mâts de télécom et les pylônes électriques sont indispensables. Tout comme l’armée d’inspecteurs et d’ingénieurs qui travaillent pour identifier la moindre trace de rouille, de fissure, de boulon manquant ou autre problème.

Ces inspecteurs travaillent par tous les temps et souvent à grande hauteur, à l’aide de cordes d’alpinisme ou de plateformes de travail aériennes. Mais la donne est en train de changer. Les drones peuvent réaliser une partie importante du travail d’inspection plus efficacement que les humains.

Non seulement un drone est plus rapide, mais les pertes économiques sont moindres vu que tout peut continuer à fonctionner. "La mise à l’arrêt d’une grue à conteneurs pour inspection coûte 28.000 euros par jour, et je ne parle pas du risque d’amende si les navires ne sont pas déchargés à temps", explique Tom Daniëls de SkyeBase, une entreprise anversoise comptant de nombreux clients dans le port.

Pylônes

Stefaan Degryse, cofondateur de Drone Division, qui inspecte entre autres des ponts et des pylônes, souligne les coûts économiques des interventions classiques. "Lorsque vous envoyez une équipe d’inspecteurs au sommet d’un pylône électrique, tout le réseau doit être mis à l’arrêt. Selon la ligne, cela peut coûter des centaines de milliers d’euros par jour." Le travail avec les drones est aussi plus sûr.

«Lorsque vous envoyez une équipe d’inspecteurs au sommet d’un pylône électrique, tout le réseau doit être mis à l’arrêt. Selon la ligne, cela peut coûter des centaines de milliers d’euros par jour.»
Stefaan Degryse
Drone Divison

Ces deux start-ups constatent une forte hausse du marché des inspections par drone, mais soulignent les exigences de qualité élevées. "Nos clients souhaitent des données complètes et pertinentes, mais aussi des outils permettant de les analyser rapidement et d’en tirer des conclusions", dit-on.

"Les clients veulent un logiciel qui les aide à mieux entretenir leurs actifs, de manière plus proactive, et de suivre l’évolution de certains défauts. Aujourd’hui, les travaux d’entretien sont souvent réactifs, après le constat d’un problème", explique Tom Daniëls. SkyeBase collabore avec la société d’inspection SGS à un projet destiné à surveiller de grandes grues à conteneurs dans le port d’Anvers, avec une combinaison de drones et d’une plateforme d’intelligence artificielle.

Grues portuaires

"Les autorités exigent que les grues portuaires soient inspectées tous les trois mois et subissent chaque année une inspection approfondie. Seules une dizaine d’entreprises sont capables de réaliser ces contrôles", explique Kristof Van Hoecke, Sales & Marketing Manager chez SGS Benelux. Le marché recèle un important potentiel. Le port d’Anvers compte 130 grues à conteneurs sur un parc mondial de 8.000 grues.

130
grues
Le marché des drones inspecteurs recèle un important potentiel. À lui seul, le port d’Anvers compte 130 grues à conteneurs sur un parc mondial de 8.000 grues.

Skyebase et SGS souhaitent développer conjointement une plateforme Cloud intelligente qui, sur la base des photos des grues, serait en mesure d’identifier les défauts et risques potentiels. "Avec la méthode de travail classique, toute inspection donne lieu à un rapport, mais cela ne dit pas grand-chose sur la vitesse à laquelle une construction vieillit. Tout l’art consiste à réaliser de manière cohérente les mêmes mesures au même endroit et de centraliser les données", explique Kristof Van Hoecke. La phase de développement devrait durer 18 mois.

Drone Division développe de son côté une plateforme d’intelligence artificielle qui sera entre autres utilisée par le gestionnaire de réseau Elia pour contrôler l’état des pylônes à haute tension. Stefaan Degryse montre l’image d’un pylône prise par un drone et zoome sur des anneaux de fixation en métal sujets à l’usure à cause des importantes forces de traction. Avec un outil de mesure en ligne, il trace une ligne sur le périmètre de l’anneau et obtient immédiatement son épaisseur à cet endroit précis, au millimètre près.

Tours de refroidissement

L’entreprise inspecte également les mâts de télécommunications, les ponts et autres grandes structures en béton et en acier. Le client reçoit un outil qui lui permet d’inspecter ses ouvrages et peut configurer lui-même le logiciel pour qu’il détecte automatiquement des problèmes tels que la rouille, les fissures ou les dégradations du béton.

Les drones et l’intelligence artificielle peuvent prendre en charge une partie importante du travail d’inspection de routine, ce qui ne signifie pas que les ingénieurs et inspecteurs humains soient devenus inutiles. "L’intelligence artificielle nous aide à détecter tout schéma de dégradation, mais les conclusions et le planning des réparations continuent à être réalisées par des inspecteurs", ajoute Stefaan Degryse.

Pétrochimie

On peut cependant s’attendre à l’arrivée rapide de systèmes autonomes qui verraient les drones s’envoler pour réaliser leurs travaux d’inspection et venir ensuite se recharger à un poste fixe. "C’est techniquement possible, et ce système est déjà utilisé pour l’inspection de terres agricoles. Pour des structures en 3D comme une grue portuaire, la complexité et les risques sont plus importants."

Les drones-inspecteurs belges se préparent à pénétrer dans d’autres pays et marchés. SkyeBase voit un marché dans les secteurs gazier, pétrolier et pétrochimique

Les drones-inspecteurs belges se préparent à pénétrer dans d’autres pays et marchés. SkyeBase voit un marché dans les secteurs gazier, pétrolier et pétrochimique. L’entreprise a récemment fait des tests avec des détecteurs de méthane pour la détection de fuites dans les gazoducs et autres conduites de gaz. L'été dernier, l'entreprise a réussi à collecter 320.000 euros via un "crowdlending" et compte lever 600.000 euros de capitaux frais l'an prochain.

Un important défi consiste à recruter des spécialistes en intelligence artificielle et en technologie de visualisation. "D’ici 2024, nous souhaitons recruter une vingtaine de personnes", explique Tom Daniëls. "C’est difficile, mais pas impossible", conclut Stefaan Degryse. "Nous entretenons d’excellentes relations avec les universités. Un de nos atouts est de ne pas avoir besoin de beaucoup de commerciaux, car ce sont les clients qui viennent vers nous."

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