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Une start-up belge veut réduire l'impact environnemental de la mode

La technique de recyclage mise au point par Resortecs s'appuie sur des fils thermofusibles, des boutons à rivets et un four de désassemblage. Elle permettrait de recycler jusqu'à treize tonnes de vêtements par jour. ©Tim Dirven

Pour réduire les émissions de CO2 produites par le secteur de la mode, Resortecs a déployé une technique de recyclage de textiles inédite qui sera testée en octobre en Belgique.

Soumise à des cycles de vente et de production toujours plus rapides, la mode est l’une des pires élèves de l’économie circulaire. La surproduction de vêtements bon marché, tout comme l’incitation constante à la surconsommation, entraîne les complications écologiques les plus redoutées.

1.500
Vêtements par heure
Les produits textiles pourront être démontés à échelle industrielle dans des appareils capables de trier jusqu’à 1.500 vêtements par heure.

Alors qu’un désastre environnemental se joue dans nos garde-robes, une start-up belge, Resortecs, ambitionne d’inverser la vapeur. L’entreprise, fondée par Cédric Vanhoeck, entend réduire les émissions de CO2 générées par l’industrie de la mode de 20 à 50%, tout en diminuant les coûts de gestion des stocks invendus (jusqu'à 64%). Comment? À l’aide d’une technologie de désassemblage de vêtements unique en son genre.

Recycler à échelle industrielle

D’ordinaire, avant que les pièces usagées ne soient recyclées, les fermetures à glissière, les boutons et les étiquettes doivent être retirés manuellement. Ce procédé, onéreux et chronophage, dissuade la plupart des enseignes de donner une seconde vie aux vêtements qu’elles produisent.

Pour y remédier, Resortecs a développé une nouvelle technologie qui repose sur l’utilisation de fil à coudre thermofusible et de boutons à rivets. Ces derniers fondent à une température qui varie entre 150°c et 200°c, ce qui permet aux coutures de disparaître automatiquement en chauffant simplement les vêtements, dans un four de "désassemblage".

Les produits textiles peuvent ainsi être démontés à échelle industrielle dans des appareils capables de trier jusqu’à 1.500 vêtements par heure. Selon Resortecs, cette technique ne nécessite aucun changement de fabrication ou de conception. Les pièces peuvent même encore être lavées, séchées et même repassées par la suite.

Primeur en Belgique

L’entreprise belge est la première à s’installer sur ce créneau. Cette opportunité prometteuse pour la mode durable a d'ailleurs séduit bon nombre d’investisseurs. En témoignent les levées de fonds records réalisées ces derniers mois.

Un premier four de désassemblage pour le traitement des vêtements arriverait en Belgique début octobre, suivi d’un deuxième en 2022.

Pour construire les premiers fours de démontage industriels, et pour lancer ses boutons à rivets démontables, Resortecs a levé 960.000 euros. Des subventions de Vlaio ont également été combinées avec des prêts convertibles de l'agence flamande d'investissement PMV, Fashion For Good, ainsi que du fonds à impact social Trividend.

L’entreprise a ensuite entamé, en mai dernier, une collecte de pas moins de 350.000 euros supplémentaires pour répondre à la demande des marques de mode internationales. La deep-tech a, par ailleurs, annoncé qu'un premier four de désassemblage pour le traitement des vêtements arriverait en Belgique début octobre, suivi d’un deuxième, en 2022.

Succès en séries

Ensemble, les appareils pourront recycler "dix à treize tonnes de vêtements par jour, du jamais vu à l'échelle mondiale", assure la PME, qui collabore avec PurFi, branche circulaire de Concordia Textiles, située en Flandre-Occidentale.

Des grandes marques d’habillement, telles que H&M, Décathlon et Tommy Hilfiger, ont ainsi pris le train du recyclage en marche, s’offrant à la fois un joli coup de marketing.

Et Resortecs n’est pas en reste. La société a déjà été récompensée par la Fondation H&M, la fondation Textirama et la Commission européenne pour sa solution de fil à coudre et de démontage. Sa technologie a aussi été reprise sur la liste des finalistes dans la catégorie "Stepping Ahead" de l'Enterprise Europe Network Award 2021, un prix soutenu par la Commission européenne, et dont les lauréats seront annoncés le 1er octobre.

Du "tendance" à l'impératif

Il est vrai que face à la vague verte, le secteur de la mode a besoin de se réinventer de toute urgence. De fait, le cabinet international de conseils en stratégie, McKinsey, a découvert qu’entre 2000 et 2014, la consommation mondiale de vêtements avait doublé. Ce sont aujourd’hui plus de 100 milliards de vêtements qui sont vendus dans le monde chaque année, dont la plupart ne seront portés que trois ou quatre fois.

34
Millions de tonnes
Chaque seconde, l’équivalent d’un camion poubelle rempli de textiles est gaspillé sur la planète, ce qui correspond à 34 millions de tonnes de textiles par an.

L’industrie de la mode est responsable de 5 à 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tandis que chaque seconde, l’équivalent d’un camion poubelle rempli de textiles est gaspillé sur la planète (34 millions de tonnes de textiles par an). Malheureusement, seuls 1% de tous les vêtements sont recyclés, ce qui représente 500 milliards de dollars de matériaux gaspillés chaque année.

Plus question donc de se débarrasser des vieux textiles "sous le manteau", comme c'était le cas pour certains géants de la fast fashion ces dernières années. Moins produire et mieux recycler, pour Restortecs, l’industrie de la mode sera verte... ou ne sera pas.

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