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Un faux retour à la case départ

Il faut dire qu’il y a de quoi perdre le fil, si pas l’intérêt. Plus d’un an ponctué de déclarations tonitruantes si pas contradictoires, de fausses avancées et de vrais retours en arrière, ou de retournements parfois douteux d’un point de vue scénaristique.

Cela étant, il est bon de le rappeler. La situation est loin d’être simple – le serait-elle, que le tout serait emballé, pesé depuis longtemps. Et l’été 2020 ressemble peu à celui qui l’a précédé. Tentons une mise au point.

La donne est complexe, pose Pascal Delwit, politologue à l’ULB, en guise de préambule. Parce qu’à la Chambre, Vlaams Belang (18) et PTB (12) pèsent 30 sièges. "Trouver une majorité sans eux revient à rassembler 76 sièges sur 120, ce qui est objectivement ardu au vu des visions sociales très différentes qui existent et de la fragmentation du paysage politique." De quoi définir la clef centrale du scrutin de mai 2019: une majorité n’est pas envisageable avec l’absence simultanée de la N-VA et du PS.

Cela étant, la difficulté n’explique pas tout. "Ce qui est frappant, et terrible, c’est la lenteur avec laquelle cela se déroule, pointe Vincent Laborderie, politologue à l’UCLouvain. On a commencé par perdre du temps en attendant les majorités régionales, dont la formation a déjà été ralentie par les discussions avec le Vlaams Belang, le PTB ou l’épisode du coquelicot. Après, tout le monde s’habitue à ce que cela prenne des mois, en l’absence de pression extérieure. Et à force de ne rien faire, on se trouve des excuses pour attendre encore, à coups d’échéances. Il faut laisser passer l’élection au PS, au MR, au Vld. Puis il y a le Covid." Ajoutez à cela que les partis formant le gouvernement Wilmès, MR, CD&V et Open Vld, ne sont pas malheureux dans ce temps long où ils sont plutôt bien servis. Ce qui n’aide pas à instiller un sentiment d’urgence.

Un ralenti géant accentué par le temps pris par certains acteurs à changer leur fusil d’épaule. Ainsi a-t-il fallu attendre le 20 juillet 2020 pour que le Palais confie une mission à Bart De Wever en personne, qui le réclamait pourtant depuis des mois. Ironique: éviter celui dont on pouvait craindre qu’il ne joue la carte de la paralysie a mené à une autre forme de paralysie. Ceci encore. Même si elle n’est pas plus évidente à mettre en place qu’une majorité sans la N-VA, cela a également pris plus d’un an pour que soit envisagée une coalition sans le PS. Alors que la donne électorale a plutôt tendance à limiter les options: avec PS et N-VA; avec PS et sans N-VA; avec N-VA et sans PS.

Erreur de perspective

Après, si l’on explore à nouveau la voie mariant PS et N-VA, il ne faut pas pour autant hurler au retour à la case départ. "Ce serait commettre une erreur de perspective", avance Pascal Delwit. Parce que tant le PS que la N-VA ont évolué. S’ils pouvaient tous deux, durant l’été 2019, envisager l’opposition au fédéral, opérant une sorte de repli régional, le cru 2020 est venu chambouler cette certitude. "Pour la N-VA, des élections anticipées constitueraient le pire des scénarios." Ce serait risquer de perdre la couronne de premier parti de Flandre au profit du Vlaams Belang. Au PS aussi, elles risqueraient de faire mal. "Le parti est attaqué par le PTB sur son électorat populaire et par Ecolo du côté des classes moyennes."

Plus marquant: les partis ne sont pas les seuls à avoir changé. Tout le cadre de pensée a été chamboulé par une crise sanitaire, une crise sociale qui s’annonce et un renversement de l’horizon socioéconomique. Alors qu’en 2019 il n’était question que de résorption du déficit, voilà qu’en 2020, on parle de plan de relance. "Et pour les socialistes, il est intenable de refuser le pouvoir et de laisser la droite orienter la relance", relève Vincent Laborderie. Ajoutons enfin qu’il serait trompeur de ne scruter que le PS et la N-VA, qui ne pèsent jamais que 45 sièges à eux deux. Ce serait oublier les autres acteurs, qui tentent eux aussi de ramener un trophée ou l’autre. Et à la tête desquels on trouve pas mal de jeunes présidents, pour qui poser des gestes de rupture n’a rien d’évident.

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