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Eric De Cat (Wolters Kluwer): "La numérisation sera le 'game changer' du siècle"

L’éditeur juridique néerlandais Wolters Kluwer est présent dans 185 pays, compte 19.000 employés et est leader en Belgique. Il fournit de l’information juridique et des logiciels pour les professionnels du droit. En Belgique, il est, avec le français Larcier, l’un des deux géants de l’édition juridique et des legaltech.

Aucun appel d’offre n’a été lancé! Mais nous continuons à suivre le dossier de près. Nous disposons de l’expertise et de la technologie pour le faire.

À la suite de cette révélation, les barreaux francophones et germanophones avaient réagi vivement, craignant une "privatisation de la justice". Quel est votre regard sur ce point de vue?

Privatiser les sources de droit n’est pas notre objectif. Notre métier, c’est de les enrichir. Nous veillons à ce que cette gigantesque masse d’information soit disponible et accessible aux magistrats, avocats et juristes, afin qu’ils puissent mieux faire leur travail.

Oui, mais ils ne pourraient y accéder que par votre biais - payant -  alors qu’il s’agit de données publiques!

Ce projet demande une expertise et des investissements colossaux. Wolters Kluwer est une entreprise, avec un business model. Mais, au final, c’est le gouvernement qui va organiser ce projet et nous travaillerons dans le cadre des règles du jeu, déterminées par le gouvernement. Notre message est le suivant: nous sommes prêts à réaliser cet objectif. Souvenons-nous de l’enjeu: la jurisprudence est une source de droit extrêmement importante, il est absurde qu’elle ne soit pas publiée.

Vous êtes en contact avec le ministère de la Justice: quand peut-on espérer cette numérisation?

Le ministère est en train d’élaborer l’encadrement législatif de la future base de données. Je ne pense pas que son lancement sera pour 2021. Selon mon estimation, ce sera plutôt pour 2022. Il s’agit d’un projet technologique énorme et la législation doit être claire.

En quoi cette numérisation sera-t-elle une révolution. Va-t-elle ouvrir une porte sur un nouveau business?

Pour moi, cette ouverture de données sera le "game changer" du siècle dans le monde juridique. Les juristes, magistrats et avocats disposeront d’une base juridique et intellectuelle exceptionnelle. C’est une occasion de faire évoluer le droit vers une plus grande qualité. Avocats comme magistrats seront plus efficaces et pertinents.

Au risque d’une automatisation du droit?

Non, car chaque "casus" aura besoin d’un raisonnement juridique spécifique.

Mais cette ouverture va-t-elle créer de la richesse et de l’emploi?

Elle va créer une nouvelle dimension dans la façon de travailler des juristes. Mais cela va-t-il changer le business des legaltech? Il est un peu tôt pour faire des prédictions. Il faut savoir avant cela ce que la justice veut construire et quels seront les objectifs de cette base de données.

Ira-t-on, comme certains le craignent vers une justice prédictive?

L’intelligence artificielle va supporter les raisonnements juridiques et augmenter la qualité de l’évolution du droit. Mais elle ne remplacera jamais le jugement humain, pour deux raisons. La première: chaque 'casus' est différent. La seconde : il n’y a jamais d’automatisme en droit, mais une recherche d’équilibre. Il est intrinsèquement impossible de remplacer un juge ou un avocat par une machine. Il s’agit d’un faux débat, négatif, qui m’ennuie.

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