Quatre scénaristes pour quatre scénarios extrêmes

Martin Saive, Luc de Brabandere et Thomas Doutrepont, le trio de cartoonbase. ©Kristof Vadino

Créativité, philosophie et transformation digitale. C'est ce qui relie les auteurs de ces scénarios improbables incitant à la réflexion.

Et si tout le monde devait travailler le samedi? Et si les seniors étaient confinés pour plusieurs années? Et si la justice était mise totalement à l’arrêt? Et si Bill Gates reprenait l’ONU et l’OMS via sa fondation?

Ces quatre scénarios de l’après-Covid 19 peuvent surprendre. Il s’agit de scénarios extrêmes. S’ils sont sûrement improbables en tant que tels, il est en revanche probable que l’avenir intègre des éléments de chacun d’entre eux. Ils ont germé dans la tête de quatre scénaristes, "quatre garçons dans le futur". 

Découvrez notre grand format | 4 scénarios pour penser l’après-Covid

"Nous avons provoqué une collision d’idées", souligne Luc de Brabandere, fellow du Boston Consulting Group et cofondateur de l’agence cartoonbase, spécialisée dans la communication d’entreprise à l'aide de vidéos et de dessins. Les trois autres "collisionneurs d’idées" sont Laurent Hublet, le CEO de BeCentral , Thomas Doutrepont et Martin Saive, le duo à la tête de l’agence cartoonbase.  

En 2013, Luc de Brabandere a demandé à des participants à un séminaire d’imaginer un trafic aérien quasi à l’arrêt en 2020!

"L’idée d’écrire des scénarios post-Covid 19 est née d’une discussion avec Laurent, à laquelle Thomas et Martin se sont joints avec enthousiasme." En fait, précise Luc de Brabandere, cette méthode des scénarios n’est pas nouvelle. La société Shell est pionnière en la matière en l’utilisant comme un outil d’aide à la décision. Dans les années 1970, elle a perçu plus tôt que d’autres l’impact des premiers chocs pétroliers et en a tiré différentes implications pour l’évolution de ses activités.

Cette méthode des scénarios, Luc de Brabandere l’a importée au Boston Consulting Group et l’a transformée en un outil pour les consultants en stratégie. "Je présente un scénario comme une 'box' dont il faut tirer un maximum 'out of'", résume-t-il. Comme Philips qui par le passé s’est créé un nouvelle "box" en se lançant dans le domaine de la santé en constatant le vieillissement inexorable de la population des pays développés.    

Fait assez remarquable, dans un livre publié en 2013 ("La bonne idée existe"), Luc de Brabandere raconte comment il demandait à des participants à un séminaire d’imaginer un trafic aérien quasi à l’arrêt en 2020. À d’autres participants, il demandait d’imaginer la frontière franco-belge fermée, toujours en 2020. Une sorte de vision avant l’heure de ce qui allait se produire sept ans plus tard. "Ce n’était évidemment pas une prévision. Ce n’était pas le but. Il s’agissait d’imaginer des hypothèses." 

Philosophie et entreprise

"Il y avait donc un autre fou sur cette terre désirant faire de la philo dans le business."
Laurent Hublet
CEO de BeCentral

Ce qui réunit les auteurs de ces quatre scénarios, c'est la créativité, la philosophie ou encore la transformation digitale… Laurent Hublet, CEO du campus numérique BeCentral et ancien "Monsieur Digital" au cabinet du ministre Alexander De Croo, confirme cette diversité d’intérêts communs. "Jeune étudiant à la Solvay Brussels School ainsi qu’en philosophie à l’ULB, j'ai écouté Luc de Brabandere pour la première fois en 2002 ou 2003, à une conférence de l'ASBL Philosophie & Management que Luc a cofondée." Ce fut un moment "eureka", dit-il. "Il y avait donc un autre fou sur cette terre désirant faire de la philo dans le business. Cela m’a renforcé à poursuivre cette double voie si étrange pour mes camarades de Solvay et de philosophie."

Laurent Hublet, CEO de BeCentral. ©Tim Dirven

Quelques années plus tard, Laurent Hublet reçoit une offre pour rejoindre le cabinet de conseil Boston Consulting Group. "Bien plus que la voiture de société ou le confortable salaire, c'est le fait qu'ils emploient un philosophe d'entreprise, Luc en l'occurrence, qui m’a convaincu de les rejoindre."

L’histoire est un peu similaire pour Thomas Doutrepont. "J’ai également rencontré Luc sur son estrade, à son cours de philo en master à la Louvain School of Management. J’ai directement été enthousiasmé par ses propos, par une vision conceptuelle, mais pratique du monde de l’entreprise, et je lui ai demandé de bien vouloir encadrer mon mémoire de fin d’études."

Plus tard, Luc de Brabandere lui a proposé de relancer cartoonbase. Ceci en binôme avec Martin Saive, le fils d’Olivier Saive avec qui il avait fondé la société en 2000. Martin, c’est le créatif de la bande, réputé pour ses talents de dessinateur, de graphiste et sa compréhension des défis de l’entreprise. Luc de Brabandere a bien compris l’utilité de former un tel duo. Aujourd’hui, Thomas est le "managing director" de la société et Martin en est le directeur créatif.

Avec ce projet commun, auquel s’est joint L’Echo pour sa version multimédia, les quatre scénaristes veulent susciter et encourager la réflexion stratégique. Leur message est simple: face à l’incertitude actuelle, préparons-nous avec des scénarios improbables. À chacun, patron comme citoyen, de les tester et de prendre le temps d'en discuter. 

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