Dans le secteur, chacun retient son souffle

À la tête de foires d’art, de galeries ou de salles de ventes, chacun, à l’heure du covid, mesure la solidité de sa position et évalue ses atouts pour espérer passer le cap d’une crise sans précédent.

Anne Vierstraete, Managing director d’Art Brussels

"On a versé une petite larme sur notre 38e édition qui devait s’ouvrir jeudi", dit pudiquement Anne Vierstraete qui téléphone du matin au soir à ses 160 galeries et à une kyrielle de partenaires, curateurs et journalistes internationaux pour les convaincre de postposer en avril 2021 leur participation à Art Brussels, à Tour & Taxis.

L’embouteillage qui s’annonce à l’automne avec Art Basel, la Fiac à Paris, Frieze à Londres, Artissima à Turin et Art Cologne, ne plaidait pas en faveur d’un report plus tard dans l’année. L’évolution de la pandémie reste d’ailleurs un facteur d’incertitude constant. "Parmi les 300 foires qui composent le paysage international, il est évident que toutes ne vont pas résister et que leur profil va évoluer." Pour la directrice, la menace qui pèse sur le transport international va pénaliser les foires qui dépendent de galeries qui viennent de loin, comme Art Basel.
"Avec 28 pays représentés, Art Brussels est une foire internationale mais depuis deux ans, nous avons augmenté notre pourcentage de galeries belges, y compris des galeries anversoises Zeno X et Tim Van Laere, qui ne venaient plus. On peut compter sur une base locale fidèle et sur une forte présence des pays transfrontaliers. C’est un atout dans une économie peut-être moins mobile."
Il n’est pas impossible que les galeries se profilent vers le haut de gamme, dit-elle, épinglant le déplacement définitif d’Art Cologne à l’automne et la disparition d’Art Berlin comme une nouvelle opportunité pour attirer des galeristes allemands qui connaissent l’audace des collectionneurs belges.

Didier Claes
Galeriste spécialisé en art tribal, président de la Bruneaf et vice-président de la Brafa

Le galeriste qui a vécu une Tefaf avortée, début mars, n’est pas aussi policé. "Le public ne s’est pas déplacé et avec la chute des Bourses et la fermeture de la foire à mi-parcours, le résultat a été nul, vraiment catastrophique!" Mais plutôt que de présenter ses objets en ligne à la va-vite, Didier Claes a préféré appeler tous ses clients pour les sonder.

"Ma première crainte, c’était que plusieurs collectionneurs n’éprouvent le besoin de vendre des pièces et qu’on ne se retrouve avec trop d’objets sur le marché." Cela ne semble pas être le cas et ses clients les plus fidèles l’ont assuré de leur soutien, se montrant, dit-il, toujours acquéreurs de pièces exceptionnelles. "C’est la leçon que j’ai retenu de la crise de 2008: fonctionner avec peu de stock et des pièces recherchées. Ce sont les objets moyens qui sont les plus difficiles à écouler."

Vinciane de Traux
Directeur d’Artcurial Belgique

D’expérience, Vinciane de Traux sait qu’il peut y avoir un délai entre une crise économique et son impact sur le marché de l’art. "Mais il y a eu un record battu pour une vente design 100% online chez Sotheby’s, à 4 millions de dollars; et une vente d’horlogerie à Hong-Kong a très bien fonctionné. Le marché tient." Sans présager du futur, la question se pose quant à la durée de la crise et aux stratégies de déconfinement en France, les ventes se passant à Paris.

"Nous avons juste la taille qu’il faut pour ne pas devoir tout de suite rechercher de la trésorerie plutôt que des résultats." Artcurial a pu bénéficier, avant le lock-down, de deux jours d’exposition pour les ventes à venir, tandis qu’une plateforme online de rendez-vous en petits comités est quasi opérationnelle. "Si tout rouvre à la mi-juin, le secteur connaîtra une baisse mais ne sera pas à terre." 		 X. F.

♥ ♥ ♥ ♥ ♥
Body
-Sans ragged bold

Body-Sans ragged (non-indented)

Body-Sans Italic

«Si tout rouvre à la mi-juin, le secteur connaîtra une baisse mais ne sera pas à terre.»
Vinciane de Traux
Directeur d’Artcurial belgique

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés