Le rendez-vous manqué de la Wallonie avec les communautés d’énergie renouvelable

Avec notamment la sortie du nucléaire qui se prépare pour 2025, on perdra entre 40 et 50 térawattheures (TWh) de production d’électricité décarbonée par an, alors que l’éolien belge produisait juste un peu moins de 12 TWh d’énergie en 2020. ©Frederic Pauwels

Deux ans après le décret destiné à favoriser le développement de communautés d’énergie renouvelable, où en sommes-nous ? Nulle part. La déception est immense pour ceux qui travaillent dans le domaine de la transition énergétique.

Le 30 avril 2019, à l’initiative du Ministre Jean-Luc Crucke, le Parlement wallon votait un « cadre décrétal » destiné à favoriser le développement de communautés d’énergie renouvelable, appelées communément CER.

Nous avons été nombreux à nous réjouir de cette avancée législative importante dans le secteur de l’énergie. Et pour cause, il allait être possible pour des citoyens, des communes, des zonings industriels, des immeubles d’habitation, d’investir ensemble dans des projets d’énergie renouvelable, et de partager l’énergie produite. Une vraie révolution dans le secteur de l’énergie qui permettait non seulement une réappropriation locale des moyens de production mais aussi le développement de projets d’énergie renouvelable qui n’étaient pas viables sans un tel décret.

Où en sommes-nous ? Nulle part, en fait ! Les arrêtés du Gouvernement wallon nécessaires pour rendre le décret Crucke opérationnel n’ont jamais été votés.

De plus, en gérant localement l’équilibre entre production et consommation d’électricité, les CER permettent d’éviter de nombreux problèmes — souvent coûteux et complexes à résoudre — sur nos réseaux électriques. Bref, ce décret était un vent d’espoir.

" Le trop de conservatisme wallon "

Deux ans plus tard, où en sommes-nous ? Nulle part, en fait ! Les arrêtés du Gouvernement wallon nécessaires pour rendre le décret Crucke opérationnel n’ont jamais été votés.

La raison ? Le Ministre de l’Énergie Philippe Henry a trouvé le décret perfectible, à raison sur certains points : il y a notamment moyen de mieux l’aligner sur la législation européenne en vigueur. Mais nous espérions qu’il eût essayé de rendre le décret Crucke sur les CER opérationnel le plus rapidement possible pour l’amender éventuellement par la suite.

Au contraire, Philippe Henry a décidé de repartir d’une page blanche. Il s’est donc engagé dans un nouveau projet législatif, qui semble embourbé dans ce que l’on pourrait appeler « le trop de conservatisme wallon ». Et deux ans après le décret Crucke, les acteurs du secteur de l’énergie ne savent toujours pas quand ils disposeront d’un cadre régulatoire leur permettant de créer des communautés d’énergie renouvelable. Plus personne ne croit que cela sera encore possible en 2021. Peut-être en 2022, voire en 2023 ?

L'absence de cadre législatif stable bloque des dizaines de projets de communautés d’énergie renouvelable.

C’est une déception immense pour les personnes qui travaillent dans le domaine de la transition énergétique. D’autant plus que la déclaration de politique régionale du gouvernement wallon prévoit explicitement d'encourager « la production renouvelable partagée et les moyens de stockage collectifs ou de gestion de l’énergie à l’échelle d’une communauté territoriale ou d’un quartier, regroupant les acteurs publics locaux, les PME et les citoyens, afin que la collectivité se réapproprie la maîtrise de l’énergie ». L’Europe impose, du reste, à ses Etats membres, au travers de la nouvelle directive Energie Renouvelable 2018/2001 de légiférer en faveur des CER.

Des dizaines de projets bloqués

Il faut réaliser que depuis deux ans, cette absence de cadre législatif stable bloque des dizaines de projets de communautés d’énergie renouvelable. Des projets pourtant plus que souhaitables tant les défis de la décarbonisation de notre secteur électrique sont importants en Belgique, avec notamment la sortie du nucléaire qui se prépare pour 2025.

On va alors perdre entre 40 et 50 térawattheures (TWh) de production d’électricité décarbonée par an, alors que l’éolien belge produisait juste un peu moins de 12 TWh d’énergie en 2020.

Il nous paraît de plus important de souligner que, derrière ces projets, se cachent aussi des changements fondamentaux dans la manière d’organiser la production et la fourniture d’électricité, et leurs impacts sociétaux associés. Il en est ainsi du projet de CER que nous avons lancé à Crisnée avec la ferme intention d’investir pour installer du photovoltaïque sur des hangars agricoles, des surfaces publiques, comme par exemple des talus, des toits de bâtiments ou encore l’immense bâtiment de la protection civile à Crisnée, et ainsi d’utiliser ce modèle de CER pour redistribuer à prix coûtant cette électricité aux habitants de la commune.

Le pouvoir politique doit pouvoir légiférer de manière rapide en faveur de toutes les initiatives réalistes qui contribuent à relever le défi de la transition énergétique.

Un modèle disruptif qui réintroduit au passage l’idée que l’électricité est un bien de première nécessité. C’est un des nombreux exemples de modèles novateurs que la législation sur les CER devrait permettre de développer. Pour accélérer la transition énergétique tout en la rendant plus sociale, plus locale et plus en phase avec les attentes des citoyens qui veulent légitimement se réapproprier la production de ce bien essentiel.  

Urgence climatique... ou pas ? 

L’urgence climatique est maintes fois mise en avant notamment par le parti Ecolo, dont le Ministre Henry fait partie, et nous ne pouvons que saluer cela. Mais pour être efficace sur une thématique devenue à ce point fondamentale, le pouvoir politique doit aussi pouvoir légiférer de manière rapide en faveur de toutes les initiatives réalistes qui contribuent à relever le défi de la transition énergétique.

Et dans le cas des CER, il y a de plus une vraie attente citoyenne. Nous demandons donc que le Ministre Henry fasse l’impossible pour faire passer rapidement ce nouveau décret sur les CER, ainsi que les arrêtés du Gouvernement wallon qui le rendront opérationnel. Et nous nous réjouissons de le recevoir, très prochainement on l’espère, à l’inauguration de la future communauté d’énergie renouvelable de Crisnée. Get up Wallonia mais alors utilement !

Philippe Goffin, Député-Bourgmestre de Crisnée
Yakhlef El Mokhtari, Echevin de l’énergie de Crisnée
Damien Ernst, Professeur à l’Université de Liège

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