Publicité

Paroles d'artistes | Stephane Ginsburgh: "Il faut s'investir collectivement"

Brillant intellectuel et débatteur, le pianiste Stephane Ginsburgh est un infatigable découvreur du répertoire contemporain. ©Marie-Clémence David

Artistes de toutes les disciplines, unissez-vous! C’est en substance l’appel lancé par le pianiste Stephane Ginsburgh, pour qui seule l’action collective permettra à la culture de s’inscrire à l’agenda politique.

Collectif Artistes Affilié.e.s
Le collectif invite tous les artistes à s'affilier à l'organisation qui les représentent:

>Chaîne YouTube

>Page Facebook

La vie est un rapport de force. Les artistes, globalement inaudibles depuis le début de la crise, l’apprennent à leurs dépens. Trop individualistes et enfermés dans leur logique d’autopromotion pour peser sur le débat? C’est la conviction du pianiste Stephane Ginsburgh et du collectif Artistes Affilié.e.s, qui a rassemblé quelques ténors du secteur, l’auteur Thomas Gunzig, la comédienne Valérie Bauchau, l’acteur Bouli Lanners, la chorégraphe Michèle Noiret, la soprano Céline Scheen ou le plasticien Angel Vergara, afin d’inciter leurs collègues à s’affilier massivement aux 58 fédérations professionnelles agréées et reconnues qui les représentent. Un appel vidéo a a été posté ce vendredi sur la chaîne YouTube et la page Facebook du collectif...

Artistes Affilié.e.s Appel !

Stephane Ginsburgh, comment peser dans le débat public?
Le monde artistique est très complexe. Cela va des grandes institutions comme Bozar ou La Monnaie au plus "modeste" des artistes. Il est donc difficile d’avoir une action continue et équitable au sens où ce sont les institutions que l’on a tendance à écouter en haut lieu davantage que les artistes individuellement.

Les Concerts sur le toit de Sarah Defrise Nirenburg et Stephane Ginsburgh. (c) Doc

Ce n’est pas neuf...
Cela témoigne d’un problème bien plus ancien. La nature même de notre activité artistique nous a rendus extrêmement individualistes. Les artistes travaillent souvent dans leur coin. Dans le système actuel, ils ont tendance à mettre le paquet sur leur propre promotion.

Vous faites allusion à l’explosion du streaming et aux concerts de salon auxquels vous avez vous-même participé?
Nos concerts sur les toits n’étaient pas destinés à être vus sur Facebook mais à toucher les voisins que nous ne connaissions pas et créer un mouvement de solidarité. De ce point de vue, cela a été un succès. Mais le streaming nous a échappé: c’est un voisin qui l’a posté, ce qui, d’une certaine manière, a dénaturé l’initiative.

"Avec le confinement, l’individualisme a empiré: chacun est replié sur soi-même chez soi. Et les artistes sont les gens parmi les plus touchés."
Stéphane Ginsburgh
Pianiste

L’artiste est-il incapable de sortir de son individualisme?

Nous sommes dans un système idéologique global qui pousse les gens plus à l’action individuelle qu’à l’action et à la réflexion collectives, ou à l’intelligence collective qui est utilisée dans les boîtes privées. Avec le confinement, c’est encore pire: chacun est replié sur soi-même chez soi. Et les artistes sont les gens parmi les plus touchés. Ajoutons à cela les problèmes du monde qui nous semblent gigantesques, comme le climat ou la crise économique, et il en résulte une énorme impuissance...

... à laquelle vous ne voulez pas vous résoudre.
Je pense que plus on est nombreux à se réunir sous une même bannière plus on sera en mesure de négocier et d’exiger des choses du pouvoir qui détient les budgets, auquel nous payons énormément de taxes et d’impôts sur le revenu et dont on attendrait un retour plus généreux pour l’ensemble des services publics, pas seulement pour la culture.

"West Pole", performance de Stephane Ginsburgh (2012).

Concrètement?
Nous avons créé un petit collectif au départ d’un collectif de chanteurs lyriques, souvent plus éveillés politiquement. Nous nous sommes rendu compte qu’il existait 58 fédérations professionnelles agréées et reconnues, représentant l’ensemble du secteur culturel et dont certaines sont très actives, comme l’Union des artistes emmenée par Pierre Dherte. On s’est dit qu’on n’allait pas avoir des idées grandioses mais faire un travail de base, "grassroots" – la fameuse tactique de la première campagne de Barack Obama – et convaincre les artistes de s’affilier massivement à la fédération professionnelle qui les représente pour que celle-ci ait plus de poids pour négocier avec les autorités.

Comment allez-vous procéder?
Notamment en lançant un appel vidéo, qui a été mis en ligne ce vendredi et une page Facebook dédiée – @artistesaffilie.e.s". L’idée que l’on peut rester dans son coin sans agir collectivement, c’est du rêve. Il faut s’investir collectivement.

"Je pense que plus on est nombreux à se réunir sous une même bannière plus on sera en mesure de négocier et d’exiger des choses du pouvoir qui détient les budgets."
Stephane Ginsburgh
Pianiste

Vous tablez sur la force de la minorité pour inverser ce sentiment général d’impuissance?
On n’a pas inventé l’"empowerment". Il est très présent, en particulier quand il s’agit de féminisme ou des minorités en Amérique du Nord. Reprendre le pouvoir qui n
ous a été confisqué est une manière de nous rendre plus puissants. Quand on est dans une crise, on n’a pas le recul pour comprendre ce qui se passe ni prédire ce qui va se passer, mais on peut se référer à l’histoire. Lors du démantèlement des anciennes républiques soviétiques, l’Ukraine a connu ce que Naomi Klein a appelé un "choc" – une crise sociétale et économique très profonde – qui a conduit à sa privatisation. Il y a deux manières de voir la crise que nous traversons: soit comme une opportunité pour certains intérêts d’avancer dans un agenda qui n’est pas favorable à la majorité des gens, soit comme une espèce d’électrochoc qui va faire prendre conscience aux gens qu’il y a quelque chose de grave qui se passe et réveiller un besoin de comprendre, de solidarité et, espérons-le, un besoin d’agir. 


Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés