Pas de Plan B pour Idlib

L'offensive du régime syrien à Idlib a provoqué plus de 900.000 déplacés depuis décembre 2019.

L’offensive militaire syrienne et russe pour reprendre la province d’Idlib provoque une catastrophe humanitaire majeure dans le nord-ouest de la Syrie. Le personnel humanitaire fuit lui aussi les bombardements. Témoignages.

"Une honte pour l’humanité". C’est ainsi que le docteur Ikram décrit le silence qui entoure la catastrophe humanitaire à l’œuvre depuis plusieurs semaines dans le nord-ouest de la Syrie. Cette jeune pédiatre travaille dans des conditions désespérées dans la ville d’Idlib, capitale de la province du même nom. Une province qui se vide de ses habitants face à l’offensive de l’armée syrienne, appuyée par les frappes aériennes russes, qui tentent de reprendre ce dernier territoire encore hors de son contrôle. "Face à l’avancée du régime, toutes les villes de la province se vident. Les habitants laissent derrière eux leurs biens et leurs souvenirs. Ils partent mais n’ont nulle part où se réfugier. Sur le plan médical, les enfants souffrent de problèmes respiratoires dus aux conditions hivernales extrêmes. Ils meurent de froid, c’est comme si on les avait mis au congélateur", affirme la jeune doctoresse syrienne.

"Nous ne pouvons pas évacuer les malades en soins intensifs et les nouveaux nés en couveuse. Je ne peux pas dire que nous offrons un niveau de soin acceptable à toutes ces personnes."
Mazen Kewara
Société médicale américano-syrienne (SAMS)

Depuis le 1er décembre 2019, les combats dans la province d’Idlib ont fait près de 900.000 déplacés, dans une zone qui en compte déjà près de 4 millions, selon les Nations Unies. L’écrasante majorité d’entre eux sont des femmes et des enfants. Selon l’association Save the Children, il s’agit de la pire catastrophe humanitaire depuis le début de la guerre en Syrie, il y a 9 ans. La situation humanitaire est d’autant plus catastrophique que les hôpitaux et le personnel médical font eux aussi partie des cibles du régime syrien et de son allié russe. "Les membres du personnel médical et leurs familles sont désormais obligés de fuir avec leurs patients", déplore le docteur Mazen Kewara, de la Société médicale américano-syrienne (SAMS), lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Istanbul. "Nous ne pouvons pas évacuer les malades en soins intensifs et les nouveaux nés en couveuse. Je ne peux pas dire que nous offrons un niveau de soin acceptable à toutes ces personnes", regrette ce médecin.

On assiste à l’échec, prévisible, de l’initiative de la Turquie de faire de la poche d’Idlib, au sud de sa frontière, une zone de désescalade militaire. Pour le régime syrien, l’enjeu est de reprendre ce dernier bastion de l’opposition, où sont confinés des groupes rebelles et djihadistes. La population civile et les ONG sont dans l’impasse. "Les civils ne font pas confiance au régime de Bachar Al Assad, qui nous considère, nous, les travailleurs humanitaires, comme son ennemi numéro un. Nous n’avons pas de Plan B", déplorait hier à Istanbul Mohamed Zahid Almasri, directeur de l’association humanitaire Physicians Across Continents.

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