analyse

+5.135% pour Lotus Bakeries depuis 2000!

©Dries Luyten

Qui sont les champions belges du dividende? Ils ne sont pas ceux que l’on croit. Ce ne sont pas ceux qui versent la plus grande partie de leur dividende à leurs actionnaires. Ceux dont les actions offrent les rendements les plus élevés. Qui sont-ils vraiment?

Plus que jamais, le dividende attribué par une entreprise à ses actionnaires est ce qui peut donner du baume au cœur des épargnants en mal de rendement. Depuis quelques années, ceux-ci désespèrent de ne plus en obtenir sur leurs carnets d’épargne. En cause, on le sait, la politique monétaire de la Banque centrale européenne qui a ramené ses taux directeurs à zéro, voire sous ce niveau, en raison du manque de vigueur des économies de la zone euro. Selon le dernier décompte publié il y a huit jours par la Banque nationale de Belgique, ce sont quelque 280 milliards d’euros qui se trouvent actuellement logés sur les carnets d’épargne et qui ne procurent donc quasi plus d’intérêts à leurs propriétaires.

Cette situation est susceptible de perdurer un certain temps encore. D’où ce qui motive les plus audacieux des épargnants à aller chercher du rendement dans d’autres produits financiers. La Banque centrale européenne a bien dans ses cartons le projet de remonter ses taux directeurs d’ici le début de l’automne prochain. Mais de plus en plus d’économistes estiment qu’elle ne sera pas en mesure de le faire cette année déjà. Quand bien même elle le pourrait, cette remontée risque fort d’être symbolique. L’épargnant en verrait à peine la différence.

Prise de risque indispensable

Pour obtenir du rendement aujourd’hui, il faut bien le reconnaître, les opportunités ne sont plus légion. Un détour via les marchés boursiers pour une partie de son épargne reste pratiquement la seule voie possible si l’on souhaite au moins se protéger de l’inflation. En d’autres termes, il va falloir prendre du risque. Cette perspective rebute encore beaucoup de monde.

Des exemples assez récents permettent, il est vrai, de comprendre la réticence qu’ont beaucoup d’épargnants à se tourner vers les actions. La chute de Fortis ou de Dexia il y a une dizaine d’années. Ou plus près de nous, la division par deux du montant du dividende versé par AB InBev à ses actionnaires qui a accéléré la chute du cours de son action à l’automne dernier. En faisant preuve de vigilance, il y a pourtant moyen de contourner au maximum ces écueils et d’assurer à son épargne un rendement digne de ce nom. Comment procéder? C’est ce que nous allons tenter d’expliquer dans ce dossier.

Les pièges à éviter

©Jonas Roosens

L’erreur à éviter à tout prix, c’est de se laisser aveugler par des actions qui offrent des rendements élevés. Prenons l’exemple le plus criant à ce jour: il est donné par l’action bpost . Sur la base du montant distribué au titre de son exercice 2017, cette action affiche en ce moment un rendement net de 11,5%! C’est tout simplement astronomique, surtout quand on sait que le rendement moyen de l’ensemble des 20 actions qui composent l’indice Bel 20 s’élève à 2,6%, selon des données compilées par Bloomberg. Précisons que tous les montants cités dans cet article (dividendes et rendements) sont nets, c’est-à-dire précompte mobilier belge déduit.

En réalité, tout épargnant doit éviter de se laisser séduire par un pourcentage qui apparaît excessif. Pourquoi? Parce que dans la très grande majorité des cas, cela signifie que les investisseurs s’attendent à ce que le montant sera réduit à l’avenir.

Lorsque l’action bpost évoluait à un niveau record de 28 euros à la fin de 2017, son rendement était de 3,3%. Si on appliquait ce rendement au cours actuel de son action, le montant du dividende passerait de 0,917 euro par action à 0,264 euro. Voilà ce que semble anticiper le marché. Exagère-t-il cette perspective? C’est probable. Il reste que la circonspection s’impose pour ce qui concerne cette valeur.

Des dividendes supérieurs au bénéfice: c’est intenable!

Le cas de bpost compte parmi les plus flagrants aujourd’hui à la Bourse de Bruxelles. Mais il en existe d’autres. Comme l’action du câblo-opérateur Telenet qui, sur la base du dividende attribué récemment, affiche un rendement anormalement élevé de 9,2%.

Bien qu’affichant des rendements nettement moins vertigineux, d’autres actions encore suscitent quelques interrogations auprès des investisseurs. Celle de Proximus , par exemple, dont le rendement s’élève à 4,8%. Un tel rendement devrait tout logiquement attirer les investisseurs. Mais si ceux-ci hésitent à surpondérer cette valeur, c’est parce qu’ils craignent que le montant du dividende soit également remis en question un jour ou l’autre.

Proximus, qui distribue 100% des bénéfices qu’il engrange à ses actionnaires, ne dispose pas du droit à l’erreur au niveau de la gestion de ses affaires. En outre, en dédiant l’intégralité de ses résultats à ses actionnaires, on peut imaginer que le groupe télécom ne consacre qu’insuffisamment de moyens financiers à sa politique d’investissements pourtant nécessaires à l’évolution future de ses profits. L’opérateur historique de téléphonie en Belgique l’avait déjà diminué d’un tiers en 2015.

Avant l’annonce de la division par deux du montant de son dividende, le rendement de l’action AB InBev était supérieur à 3%. Suite à cette division, ce rendement est revenu à moins de 2%. Bien avant AB InBev, Engie avait, lui aussi, été amené à atténuer sa politique de rémunération des actionnaires. AB InBev et Engie avaient en commun, outre le fait de détenir un haut niveau d’endettement, de ne pas réaliser suffisamment de bénéfices pour payer les dividendes. En d’autres termes, ces deux sociétés versaient à leurs actionnaires plus qu’elles ne gagnaient. On dit, dans leur cas, qu’elles ont conduit une politique de taux de distribution (des profits) de 100%, voire davantage.

Les actions à privilégier

Les exemples que nous venons de citer nous permettent à présent de passer aux actions qu’il serait préférable de privilégier pour garantir du rendement à long terme. Et cela sans se donner trop de mouron. Les actions qu’il conviendrait de tenir à l’œil seraient celles des entreprises qui n’offrent qu’une – modeste – partie de leur résultat final.

Les sociétés à pratiquer de la sorte sont heureusement de plus en plus nombreuses de nos jours à la Bourse de Bruxelles. Cela leur permet de disposer d’une trésorerie pour d’éventuels investissements sans avoir à trop recourir à l’endettement. Mais aussi d’assurer la pérennité de la distribution d’un dividende, même en cas de coup dur.

Dans ce registre, on trouve des titres comme Umicore dont les dividendes versés aux actionnaires ne représentent que 34% des bénéfices annuels engrangés, Colruyt (43%) , Ageas (52%) et Ackerman & van Haaren (26%) . Mais aussi Sofina (12%) , Solvay (49%) , Kinepolis (47%) , Elia (38%) , Barco (38%) , Spadel (30%) , Lotus Bakeries (49%) , Sioen (40%) , CFE (37%) , Moury Construct (51%) , Econocom (28%) , Miko (18%) et Fagron (20%) , pour ne citer que ces exemples.

Croissance régulière du dividende

Toutes ces actions ont pour point commun d’afficher des rendements le plus souvent compris entre 0,8% et 3,5%. Mais aussi d’avoir rehaussé le montant de leur dividende d’un exercice à l’autre au fil des 20 dernières années. Ces actions sont celles qui séduisent le plus les investisseurs. On en veut pour preuve leur parcours en Bourse. La plupart d’entre elles réalisent les meilleurs returns (évolution du cours de l’action + dividende).

Depuis que Sioen ou Spadel ont adopté une politique de hausse régulière du dividende, depuis, en fait, après la crise financière de 2008-2009, les cours de leurs actions en Bourse se sont emballés. Idem pour Ageas (ex-Fortis), qui a renoué avec le dividende en 2009 et l’améliore chaque année depuis 2013. En moins de 10 ans, le cours de cette action a progressé de 346%. En admettant que l’actionnaire ait réinvesti son dividende dans les actions de cet assureur, son gain (return) se monte alors à 600%!

Champion en la matière sur le long terme, l’action du fabricant de spéculoos Lotus Bakeries qui n’a cessé, année après année depuis 2003, d’améliorer le montant de son dividende, a vu son cours progresser de 3.670% depuis janvier 2000. Et pour ceux qui ont choisi de réinvestir les dividendes perçus dans les actions de la société, leur return grimpe jusqu’à 5.135%! S’il fallait encore convaincre que le dividende – ne représentant qu’une part modérée des bénéfices d’une société, on insiste – est un élément "boosteur" pour le cours de l’action, il suffit de se rappeler que lorsque l’action cotait 67 euros à la fin de 1999, le rendement dividendaire de l’action se montait à 1,55%. Soit pas beaucoup plus qu’aujourd’hui. Le montant du dividende n’a cessé de progresser dans la foulée de la croissance des profits réalisés par le biscuitier, entraînant à la hausse le cours de l’action.

Autre observation au passage, pour son exercice 2018, les actionnaires de Lotus Bakeries recevront un montant net de 20,3 euros. Ce montant ne représente actuellement qu’un rendement plutôt maigrichon de 0,80%. Mais pour celui qui a eu la patience de conserver l'action jusqu’à aujourd’hui, son rendement annuel s’élève à présent à 30%! Cette constatation donne, soit dit au passage, du grain à moudre à ceux qui défendent l’idée selon laquelle un placement en actions est un investissement de long terme.

Bien qu’en ayant réalisé des performances moins époustouflantes, mais malgré tout fort honorables, Texaf , Umicore, Picanol , et bien d’autres encore (voir infographie), qui ont tous cet objectif d’améliorer de façon très régulière la rémunération de leurs actionnaires, sont d’autres champions de ces vingt dernières années.

À l’inverse, les sociétés qui versent tous leurs bénéfices à leurs actionnaires ou qui ont été contraintes de revoir à la baisse le montant de leur dividende, voire le supprimer, sous-performent largement. Depuis son introduction à la cote de Bruxelles en 2004, l’action Proximus accumule une perte de 11%. Grâce aux généreux dividendes, elle affiche tout de même un return de 156%. D’autres valeurs ont eu moins de chances. Le return depuis 2000 est carrément négatif pour Nyrstar (-99%) , Zenitel (-94%) , Agfa-Gevaert (-78%) , Greenyard (-75%) , Deceuninck (-73%) , Roularta (-64%) , IBA (-64%) , Euronav (-43%) ou encore Orange Belgium (-27%) , pour ne citer que ces exemples.

En résumé, les actions censées devenir des champions à la Bourse de Bruxelles affichent des rendements nets le plus souvent inférieurs à 3%. Elles sont celles de sociétés qui distribuent moins de 50% de leur bénéfice et ont un niveau d’endettement peu élevé. Ces sociétés ont plus de chances de voir leurs affaires croître durablement, et donc d’améliorer régulièrement le montant de leurs dividendes.

Il fallait bien une exception – au moins – à ce profil type. C’est WDP , qui a cartonné en Bourse ces 20 dernières années, en dépit de son obligation de verser au moins 80% de ses profits à ses actionnaires comme l’impose la loi belge consacrée au SIR (Société immobilière réglementée).

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