Comment AB InBev a perdu 18 milliards en Bourse

©REUTERS

Le titre du brasseur a chuté de plus de 11% ce vendredi après la publication de résultats trimestriels en dessous des attentes. Sa capitalisation boursière a ainsi fondu de 18 milliards d'euros. Les analystes restent pour l'instant confiants.

"Le troisième trimestre de l'année 2019 a été difficile". La direction du géant brassicole AB InBev   n'y va pas par quatre chemins: les derniers résultats trimestriels sont moins bons que prévu. Entre juillet et septembre, les volumes totaux ont diminué de 0,5% par rapport à la même période il y a un an, à 143,5 millions d'hectolitres. Une fuite que n'avaient pas anticipé les analystes. Selon un sondage de l'agence Reuters, ils tablaient en moyenne sur une croissance organique de 0,8%.

Le brasseur belgo-brésilien a par ailleurs indiqué que son résultat opérationnel (Ebitda) est resté stable durant le troisième trimestre, à 5,3 milliards de dollars, accusant même une réduction de sa marge Ebitda de 107 points de base à 40,2%. Ici encore, les analystes attendaient mieux de la part d'AB InBev, prévoyant une hausse de 3%.

1,22 dollar
Un bénéfice par action en ligne avec les attentes
Rare bonne nouvelle: le bénéfice par action (BPA) normalisé était de 1,22 dollar au troisième trimestre, contre 0,77 dollar un an auparavant. Un chiffre en ligne avec les attentes des analystes.

Des vents contraires qui pourraient durer

Mais que s'est-il passé pour que le géant brassicole déçoive autant? "Les principales causes viennent des États-Unis, où AB InBev a perdu 85 points de base en termes de parts de marché au cours du trimestre, et l'Asie", souligne James Edwardes Jones (RBC). Le groupe pointe de son côté trois facteurs "anticipés": l'échelonnement des livraisons en Chine au deuxième trimestre, une hausse des coûts des ventes par hectolitre due à l'impact négatif du prix des produits de base et de l'effet de change, et l'échelonnement d'une année à l'autre des investissements commerciaux et de marketing.

"AB InBev n'est pas la seule multinationale touchée [par des vents contraires en Asie]; les conditions de marché semblent se durcir pour l'ensemble du secteur des produits de base"
James Edwardes Jones
analyste chez RBC

"Néanmoins, AB InBev n'est pas la seule multinationale touchée; les conditions de marché semblent se durcir pour l'ensemble du secteur des produits de base", ajoute l'analyste. Citons ainsi le cas d'Heineken, mais aussi Pernod Ricard, Danone, Nestlé ou encore Unilever.

S'il reste optimiste dans ses activités, le brasseur a toutefois prévenu que les difficultés du 3e trimestre devraient se poursuivre jusqu'à la fin de l'année. Ce qui le pousse à revoir à la baisse ses prévisions annuelles, tablant désormais sur une "croissance modérée" de son Ebitda. "La communauté des investisseurs s'attendait à un trimestre faible, mais pas à ce point-là et certainement pas à un avertissement sur résultats", indique Fernand de Boer, analyste chez Degroof Petercam. "Cela remet à nouveau en question le modèle économique, y compris aux États-Unis où les parts de marché se sont détériorées au pire niveau des deux dernières années".

Des analystes encore confiants

Pour l'heure, peu d'analystes ont cependant modifié leur recommandation. Wim Hoste (KBC Securities) a maintenu la sienne à "acheter", avec un objectif de cours fixé à 105 euros. "Bien que les résultats et les perspectives soient quelque peu décevants, nous prévoyons toujours une accélération significative de la dynamique des bénéfices en 2020 et continuons d'apprécier les positions de leader solides et très rentables de la société dans bon nombre des plus importants bassins de bénéfices du monde, tandis que le désendettement en cours a atténué les craintes sur le bilan", explique-t-il.

Robert Ottenstein (Evercore ISI) reconnaît pour sa part percevoir de nombreux points encourageants, en particulier au Mexique et en Colombie. Mais il estime que ce n'est pas assez pour compenser les vents contraires au Brésil, aux États-Unis et en Chine. Et craint par ailleurs que l'action va rester coincée sous 80 dollars - pour le certificat coté à Wall Street - pendant les six prochains mois. C'est pourquoi l'analyste a abaissé son conseil à "en ligne" contre "surperformer" auparavant.

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