Le Bel 20, l'une des pires performances dans le monde au premier semestre

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Plombé par plusieurs poids lourds de la cote, l’indice de référence de la Bourse de Bruxelles est à la traîne en 2018. Les small & mid caps affichent par contre un bon bilan.

Une des surprises négatives de ce premier semestre est sans conteste la performance de notre indice national. Le Bel 20 a chuté de 6,49% depuis le début de l’année. Et si l’on prend en compte son dernier pic atteint le 22 janvier, l’indice phare de la Bourse de Bruxelles a lâché 10,94%. Ce qui signifie qu’il est entré en correction depuis quelques jours.

"Le Bel 20 ne comporte aucune valeur technologique et n’a donc pas eu de locomotive pour le tirer"
Michel ernst
Stratégiste actions chez CBC banque

Pour Michel Ernst, stratégiste actions chez CBC Banque, il y a deux explications. Premièrement, "le Bel 20 ne comporte aucune valeur technologique et n’a donc pas eu de locomotive pour le tirer à la hausse". Les investisseurs ont en effet plébiscité le secteur technologique, que ce soit à Wall Street ou en Europe (voir encadré). Certes, nous avons deux valeurs biotechs, Galapagos  et Argenx  , au sein de l’indice mais elles ne font pas le poids contre AB InBev  , Aperam  , bpost  , ING  ou encore Telenet  qui ont fortement déçu les investisseurs ces derniers mois – c’est la deuxième explication de la mauvaise performance du Bel 20.

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Le grand perdant de ce semestre est sans conteste le groupe postal bpost  qui a perdu près de la moitié de sa valeur en Bourse (-45,88%). La principale raison de cette chute est la "déception" des investisseurs et analystes après la publication des derniers résultats financiers. "Il y a également le facteur confiance qui a pesé sur le titre", relève Michel Ernst. Pour lui, c’est ce facteur qui explique la différence entre le cours de Bourse et l’objectif de cours des analystes. En moyenne, ils visent actuellement 19,87 euros pour les douze prochains mois.

"Par sa mauvaise communication, le management a généré une certaine méfiance des investisseurs". Dernier exemple en date, la réaction négative du marché après les propos du CEO sur l’acquisition de la société américaine Radial. Lors d’une audition parlementaire, Koen Van Gerven a réaffirmé l’intérêt d’un tel achat, tout en admettant à demi-mot le prix élevé de l’opération. "Aurions-nous acheté Radial avec tout ce que nous savons désormais? Oui. Au même prix? C’est un autre débat qui pourrait durer toute une vie", a-t-il déclaré ce mercredi 27 juin. Le jour même, l’action bpost chutait de 2,04% et signait l’une des plus mauvaises performances de la séance.

Dollar et valeurs technos Plébiscités

Certains s’y attendaient avec crainte, d’autres espéraient encore. La bonne performance des marchés financiers ne pouvait continuer indéfiniment. Pourtant, 2018 avait bien commencé. "Le premier semestre a évolué en deux temps. Entre janvier et début février, c’était le conte de fée. Et puis, ce fut le retour à la réalité", résume Vincent Juvyens, Global Market Strategist chez JP Morgan AM. La correction de février a fait mal à de nombreux portefeuilles mais pour beaucoup d’analystes, elle était la bienvenue. Depuis lors, les Bourses ne sont pas revenues sur leur plus haut.Les craintes sur l’inflation, puis sur la croissance en Europe et au Japon, a freiné leur progression.

La volatilité a aussi fait son retour, alimentée par les tensions géopolitiques et commerciales. Mais le dollar en a profité pour se raffermir. Il a gagné près de 3% face à l’euro en six mois, la bonne tenue de l’économie des États-Unis rassurant les investisseurs. "La devise américaine joue le rôle de valeur refuge dans les périodes de volatilité sur les marchés. Cela s’est encore confirmé ces derniers mois", explique Jérôme van der Bruggen, Head of Investments chez Degroof Petercam.

Il note par ailleurs la performance des valeurs technologiques, qui explique en grande partie la surperformance des marchés américains. En Europe, les Bourses ont par contre souffert de la chute des secteurs bancaire (12,39%) et automobile (-10,94%).

Premier secteur à peser sur le Bel 20, les télécoms ont également essuyé d’importantes pertes. Telenet a décroché de 31,14% et Proximus  de 26,56%. Il y a d’abord un facteur sectoriel, de grandes entreprises du secteur comme Vodafone  ou Altice  connaissent des moments difficiles. Mais c’est surtout la sortie d’Alexander De Croo (Open VLD) qui "n’a pas arrangé les choses" selon Michel Ernst. Le ministre des télécoms a plaidé en faveur de l’entrée d’un 4e acteur dans le marché belge. L’action Proximus a du coup été atteinte du "syndrome" du risque de réduction du montant de son dividende. Un nouvel opérateur mobile concurrent est susceptible de peser sur ses résultats futurs, alors que le groupe distribue déjà 93% de ses bénéfices à ses actionnaires.

Dans les baisses notables, on notera également la chute d’Ontex  (-29,98%). Malgré une amélioration de sa marge au premier trimestre et la consolidation de ses activités au Brésil, qui avaient permis un rebond temporaire de l’action entre avril et mai, la société spécialisée dans les produits d’hygiène personnelle ne parvient pas à rassurer les investisseurs. Beaucoup craignent que l’augmentation des prix des matières premières impactent négativement ses revenus. Et la situation au Brésil — qui avait poussé l’entreprise belge a lancé un avertissement sur résultat en janvier dernier — pose question. "Le redressement du Brésil est un catalyseur positif potentiel. Mais Ontex n’en ressentira les effets positifs qu’à partir de l’an prochain", écrivaient les analystes de Société Générale il y a deux semaines. Du coup, les investisseurs restent prudents et les "shorteurs" s’en donnent à cœur joie. Ontex est l’action au sein du Bel 20 sur laquelle les spéculateurs parient le plus à la baisse. Et ils ont encore renforcé leurs positions ces derniers jours, atteignant un total de 9,13% du capital contre 5,78% en février dernier.

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Umicore en tête du Bel 20

Les valeurs bancaires ont également connu un semestre difficile, en raison d’un effet sectoriel avec les déboires des banques allemandes et italiennes. ING  a reculé de 17,09% et KBC  de 4,36%. "Il y a tout de même quelques bonnes nouvelles" au sein de l’indice, souligne le stratégiste actions. Outre le groupe biopharmaceutique UCB  (+ 3,77% sur le semestre), le stratégiste pointe également la performance des holdings. Ackermans & van Haaren  a progressé de 3,15%, GBL  de 3,62% et Sofina  de 14,92%.

Mais sur la première marche du podium, on retrouve Umicore  , qui a bondi de 25,59% en six mois. "C’est est dû à son mérite propre. La société a publié des résultats meilleurs qu’attendu par le marché. Le titre profite également de l’engouement autour du recyclage des matériaux et du renouvelable", explique Michel Ernst. On rappellera aussi que le groupe a revu à la hausse ses prévisions annuelles en avril dernier. Umicore pourrait engranger un bénéfice opérationnel (Ebit) récurrent se situant entre 510 et 550 millions d’euros en 2018, à conditions de marché et macroéconomiques constantes. Pourtant, l’enthousiasme autour de la société n’est pas partagé par tout le monde. Même si la valeur est citée parmi les chouchous des analystes belges pour le second semestre, d’autres craignent que l’action ne soit montée trop haut trop rapidement. C’est pourquoi ils sont moins de la moitié à recommander de l’acheter.

Une action qui défie encore plus l’avis général des analystes, c’est Colruyt  . Elle a gagné 12,71% depuis le début de l’année, soutenue par la publication de bons résultats pour son exercice annuel décalé. Son chiffre d’affaires s’élève à 9,03 milliards d’euros, en hausse de 3,4%. Et son résultat d’exploitation (ebit) de 488 millions d’euros s’est révélé supérieur aux attentes les plus optimistes. Mais les analystes restent sceptiques, pensant que les bons jours ne sont que de courte durée.

+200% pour Mithra!

Heureusement pour les investisseurs belges, les petites et moyennes capitalisations ont également bien performé ce premier semestre. Le Bel Mid a progressé de 6,64% et le Bel Small de 8,88%. "Le bilan semestriel des midcaps belges est très bon", résume Jérôme Truyens, gestionnaire de fonds chez Puilaetco Dewaay. Il juge d’ailleurs "hallucinante" la différence de performance avec le Bel 20, mais également avec les autres midcaps européennes. Le Stoxx Europe Mid 200 n’a gagné que 1,51%. Une différence qui s’expliquerait selon lui par des cas particuliers principalement.

La palme revient tout naturellement à Mithra Pharmaceuticals  , qui a gagné 207,02% ce semestre! Preuve de l’enthousiasme des investisseurs autour de cette biotech, elle a levé environ 78 millions d’euros fin mai contre les 60 millions visés. L’action est portée par les bons résultats de ses derniers essais cliniques. Mais ce sont surtout les déclarations de son CEO le 18 mai qui ont déclenché une vague spéculative. "Je ne suis pas contre une sortie de l’entreprise, en tout ou en partie, à la seule et unique condition que Mithra reste ancrée localement et se développe ici. (…) Si quelqu’un d’autre vient avec 2 milliards sur la table pour tout développer, parce qu’il trouve que Mithra est effectivement le plus gros portefeuille au monde dans le domaine de la santé féminine, alors tant mieux", a déclaré François Fornieri dans nos colonnes. Une méthode quelque peu décriée dans les couloirs des salles de marché.

Toutes les valeurs biotech en ont tout de même profité. On ne s’étonnera pas donc de retrouver d’autres sociétés du même secteur parmi les plus fortes progressions. ThromboGenics  — qui devrait changer son nom en Oxurion en septembre — s’est envolé de 108,99%, TiGenix  — qui a fait l’objet d’une OPA par le groupe japonais Takeda au prix de 1,78 euros — de 82,72% et Bone Therapeutics  de 44,66%.

Le tableau n’est toutefois pas totalement positif. "Le premier semestre a aussi été catastrophique pour certaines valeurs", rappelle Jérôme Truyens. Il pointe notamment la mauvaise performance de Balta  (-40,57%), Bekaert  (-23,72%), EVS Broadcast Equipment  (-32,79%) et Greenyard  (-38,72%). Le géant des fruits et légumes frais et surgelés a lui aussi déçu les investisseurs en publiant une baisse de son chiffre d’affaires et de son bénéfice opérationnel pour son exercice annuel décalé. "Greenyard a navigué en eaux troubles l’an dernier", avait expliqué son CEO Hein Deprez début juin. Il reste tout de même confiant dans la stratégie de sa société.

De manière générale, Jérôme Truyens pense d’ailleurs que la Bourse de Bruxelles regorge de "belles sociétés, bien gérées, avec de bonnes stratégies mises en place". "Mais les petites et moyennes entreprises belges restent encore peu connues par les brokers et les investisseurs étrangers".

Il cite en outre plusieurs valeurs sous-évaluées par le marché, comme Fagron  (+ 28,25%) ou Biocartis  (+ 2,51%). Le premier porte encore un lourd fardeau avec les craintes autour de ses activités aux États-Unis. Mais le gestionnaire estime que l’action a encore du potentiel et que les investisseurs devraient petit à petit reprendre confiance. Quant à Biocartis, le bon management et la possible conclusion de nouveaux partenariats dans les prochains mois devrait soutenir son cours de Bourse. Des valeurs à suivre lors de ce second semestre de l’année.

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