AB InBev, l'action préférée. Et pourtant...

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En Belgique, le groupe brassicole AB InVBev s’affiche encore une fois comme le champion toutes catégories de l’enquête de L’Echo /De Tijd. L’action suscite depuis quelque temps une certaine frustration auprès des investisseurs, mais les spécialistes confirment leur confiance en l’avenir.

Les actions belges

C’est peut-être le début du rally boursier tant attendu pour AB InBev. C’est ce que pensent les experts à qui nous avons demandé d’établir la liste de leurs cinq actions "chouchous", par ordre de préférence. 14 équipes de gestionnaires patrimoniaux, maisons de Bourse et médias spécialisés nous ont confié la liste de leurs actions préférées pour les six mois à venir. Avec AB InBev et Melexis en tête, ils ont opté pour des entreprises dont la popularité n’est plus à démontrer. Plus loin dans le classement, quelques surprises nous attendent. Par exemple, le groupe immobilier Xior, spécialisé en logements pour étudiants, rejoint le top 10 pour la première fois de son histoire, aux côtés de deux autres nouveaux venus: Sipef et Biocartis. Plus bas, vous trouverez les actions préférées étrangères.

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1. AB InBev 

Quelques analystes reconnaissent qu’ils continuent à taper sur le même clou. Depuis qu’AB InBev est apparu comme le grand favori il y a six mois, son cours de Bourse a pratiquement baissé de 10%. Depuis le pic de la fin 2015, l’action a perdu un tiers de sa valeur. "Le cash flow continue à bien se porter et l’action est tout simplement devenue meilleur marché", estime-t-on chez Van Lanschot Bankiers. Par conséquent, le rendement (brut) du dividende a dépassé la barre des 4%, ajoutent les gestionnaires de Leo Stevens.

"Le plus grand groupe brassicole a fait beaucoup mieux que ce que suggère son cours de Bourse."
Danny Reweghs
Magazine Initié de la Bourse

"Le secteur des biens de consommation ne peut rester éternellement à la traîne, analyse Danny Reweghs, du magazine Initié de la Bourse. La hausse du cours de l’action que nous attendions déjà il y a six mois ne s’est pas encore produite. Nous misons tout sur le second semestre. Le plus grand groupe brassicole a fait beaucoup mieux que ce que suggère son cours de Bourse. Le groupe dispose donc d’un beau potentiel pour un mouvement de rattrapage."

Après l’énorme acquisition de SABMiller, entièrement clôturée en 2016, AB InBev s’est retrouvé dans notre top 10, s’adjugeant d’emblée la première place. Par la suite, le groupe n’a jamais quitté le podium, avec une médaille d’argent, suivie par deux médailles d’or.

"Le recul du cours de l’action s’explique en partie par la crise économique au Brésil et la perte de parts de marché aux États-Unis", rappelle Leo Stevens, qui reprend grosso modo les arguments de ses confrères. "L’important, c’est que le groupe maintienne l’amélioration observée en Amérique du Nord et du Sud au cours des derniers trimestres", poursuit Dierickx Leys. "La croissance organique du chiffre d’affaires (+4,7%) et la hausse du bénéfice d’exploitation (+6,6%) ont dépassé les attentes, mais ont été éclipsées par la pression sur les volumes aux États-Unis et la hausse attendue des coûts de marketing", expliquent les banquiers privés de BNP Paribas Fortis.

"L’action mérite une prime (une valorisation supérieure, NDLR) par rapport à ses concurrents. Les investisseurs finiront par redécouvrir le palmarès du management, la croissance organique, les marges élevées et les abondants flux de trésorerie", conclut Capfi Delen Asset Management.

2. Melexis

Performance décevante des chouchous belges

La Bourse de Bruxelles a significativement sous-performé les Bourses mondiales depuis notre dernière enquête auprès des analystes. Même en tenant compte des dividendes nets pour les actions belges. Les conseils des experts se sont toutefois révélés utiles pour limiter les dégâtsL’action préférée étrangère Ahold Delhaize affiche une belle performance.

Un autre champion est le fabricant de puces électroniques Melexis . La publication des résultats étant souvent synonyme de surprises, l’action n’est jamais loin d’un record historique. Pour ceux qui réussissent à se développer plus vite que leurs concurrents dans un secteur en pleine expansion, the sky is the limit. Melexis est citée à quatre reprises comme action préférée, soit deux fois de moins qu’AB InBev.

"En 2015, les voitures particulières neuves comptaient en moyenne 7 puces de Melexis, l’an dernier, ce chiffre était de 9, et aujourd’hui il est passé à 10. Le nombre de puces par voiture continuera à augmenter", souligne Test-Achats Invest. "Pour la première fois depuis longtemps, les chiffres du premier trimestre sont légèrement inférieurs aux attentes", souligne l’équipe de KBC Securities. La baisse du cours de l’action qui a suivi est considérée par Test-Achats comme une opportunité d’achat, car le titre recèle encore un beau potentiel de hausse.

Récemment, l’analyste Guy Sips, de KBC Securities, a rehaussé ses prévisions de croissance annuelle de 8,5 à 11,5%. "Les perspectives du secteur indiquent que le marché des semi-conducteurs pour le secteur automobile se développera plus rapidement que l’industrie automobile et que le secteur global des semi-conducteurs." 90% du chiffre d’affaires de Melexis proviennent du secteur automobile.

3. Galapagos

L’action biotechnologique Galapagos termine au même niveau que CFE, mais nous avons décidé de lui donner un petit avantage suite à sa première place sur la liste de Capfi Delen AM. L’équipe est très élogieuse envers les recherches cliniques en cours "et nous attendons beaucoup de nouvelles à ce sujet lors du second semestre."

Galapagos a "plusieurs occasions de marquer des points", selon KBC. Le filgotinib est notamment vu comme une poule aux oeufs d'or. ©Felix Kalkman

Ces résultats sont toujours binaires: soit ils sont très bons pour les propriétaires de l’entreprise, soit très mauvais. "Galapagos a plusieurs occasions de marquer des points", estime KBC Securities. Huit études sont en phase II, et trois dans la troisième et dernière phase. "En 2018, nous attendons encore les premiers résultats de la phase III du filgotinib, un médicament contre l’arthrite rhumatoïde."

La poule aux œufs d’or filgotinib explique la majeure partie des objectifs de cours des analystes. "L’entreprise se trouve à la veille d’une importante étape dans le développement de son produit le plus avancé", explique Degroof Petercam.

Les chances de succès des autres projets de recherche sont pour l’instant encore trop ténues pour susciter de nombreuses attentes, mais dans leur ensemble, les plus petits projets de recherche ne doivent pas être sous-estimés. Les analystes mentionnent aussi la phase II de recherche d’un médicament contre la mucoviscidose (fibrose kystique), et les généreux cash flows de 1,1 milliard d’euros. Galapagos ne doit pas craindre une coupure de courant dans ses laboratoires gantois "et peut également se permettre quelques acquisitions ciblées".

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4. CFE

Le groupe de construction est un autre exemple d’action qui déçoit depuis un certain temps malgré l’optimisme des analystes. "Vu le nombre important de projets éoliens offshore (en mer, très rentables, NDLR) dans le carnet de commandes, nous pensons que les investisseurs s’attendent à tort à une baisse des marges bénéficiaires de la filiale à 100% Deme", estiment les gestionnaires de la banque privée Puilaetco Dewaay.

Deme représente 75% du chiffre d’affaires de CFE et 90% de l’excédent brut d’exploitation (ebitda). En plus des constructions en mer, l’entreprise réalise des travaux de dragage pour des projets de poldérisation et l’entretien notamment de chenaux d’accès aux grands ports. "Le nombre de projets de dragage est en forte hausse ces dernières années", souligne l’équipe de Leo Stevens.

Les activités de construction de CFE sont relativement modestes, mais le fait que ce secteur très cyclique soit en train de se reprendre est bien entendu une bonne nouvelle. Deux analystes mentionnent le dossier problématique au Tchad, une débâcle judiciaire qui dure depuis des années et semble s’orienter vers un dénouement. CFE y a réalisé deux projets de construction que le pays ne pouvait apparemment pas payer.

5. Sipef

Sipef est le principal nouveau venu dans notre classement. L’exercice 2017 fut une excellente année pour ce holding agricole, qui a réussi à boucler les acquisitions géantes d’Agro Muko et Dendy Marker ainsi qu’une augmentation de capital. D’après les analystes, cette croissance sera difficile à égaler en 2018. "Mais les investisseurs à long terme, comme le principal actionnaire Ackermans & van Haaren, ne s’en effraient pas", estime le gestionnaire de patrimoine Leo Stevens.

Banque Nagelmackers renchérit: "Les perspectives à long terme sont positives. La demande mondiale d’huile végétale augmente. Bientôt, la production ne pourra plus suivre la demande. C’est pourquoi les acquisitions étaient tellement importantes. La faiblesse actuelle du cours de Bourse constitue un moment idéal pour prendre (ou renforcer) une position."

KBC Securities jette quelques fleurs supplémentaires au "management de qualité à l’excellent palmarès", et estime également que l’action est meilleur marché que celles de ses concurrents.

6. Solvay

Les experts qui ont classé le groupe chimique Solvay en tête du classement sont très enthousiastes. Parmi les nombreux commentaires, on peut lire: "Parfaitement positionné pour le long terme" (Leo Stevens), "assuré d’une croissance solide dans les années à venir" (ING) et "prêt pour la croissance" (BNP Paribas Fortis).

"Solvay est parfaitement positionné pour le long terme."
Leo Stevens

Pour BNP Paribas Fortis, le cours de Bourse démontre que les investisseurs n’ont toujours pas intégré ce potentiel et parle d’une "opportunité d’achat". ING voit à court terme une série de catalyseurs susceptibles de relancer le cours de l’action. "L’arrivée d’un nouveau CEO (Jean-Pierre Clamadieu rejoint Engie cet été, mais restera chez Solvay jusqu’à la nomination de son successeur). Une baisse de l’euro face au dollar est un autre élément positif pour les résultats. Le nombre de puits de gaz de schiste augmente et la division des matériaux composites ultra légers affiche une belle croissance."

7. Xior

Nouveau venu dans le top 10 des analystes, Xior est le spécialiste des logements étudiants. ©XIOR

Ce nouveau nom dans notre top 10 est le spécialiste des logements pour étudiants. Ces derniers temps, les choses bougent dans cette niche immobilière. "Xior annonce régulièrement de nouveaux investissements en Belgique et aux Pays-Bas", commentent les experts de BNP Paribas Fortis PB.

Pour financer ces projets, le groupe vient de clôturer une augmentation de capital de 134 millions d’euros. "Malgré une hausse sensible du nombre d’actions, Xior s’attend après l’exercice 2018 à une distribution de bénéfices au moins équivalente à celle qui porte sur l’exercice 2017, soit 1,2 euro brut par action." Il faut pouvoir le faire. Pour ING, Xior sera moins vulnérable que les autres actions immobilières en cas de remontée des taux, "à cause de son potentiel de croissance et de l’indexation des loyers".

8. Bekaert

Le magazine spécialisé L’Investisseur compte sur un retournement du cours de Bourse du producteur de fils d’acier et de fils laminés Bekaert . Depuis le pic d’il y a un an, l’action a cédé 40% de sa valeur. "2018 ne sera pas une année de tout repos, mais nous estimons que la correction est exagérée. À partir de 2019, il est tout à fait réaliste d’espérer un bénéfice de 3 euros par action. Pour l’instant, on paie donc moins de dix fois le bénéfice attendu", se défend le rédacteur en chef Gert Bakelants pour justifier son choix d’action préférée. Aujourd’hui, les actions du Bel 20 se négocient en moyenne à près de 15 fois le bénéfice attendu pour 2018. "D’autres paramètres indiquent que les investisseurs tiennent compte de scénarios (trop) pessimistes. Le rendement brut du dividende se monte à 3,8% et la valeur boursière équivaut à 1,2 fois la valeur comptable." Le rendement du dividende du Bel 20 est en moyenne de 3,2%.

9. Biocartis

Pour les investisseurs professionnels, l’action préférée de Puilaetco Dewaay doit faire oublier rapidement une année 2017 décevante. "Nous nous attendons à ce que le nombre de mini-labos Idylla installés soit multiplié par deux par rapport à l’an dernier, ainsi que le nombre de cartouches de diagnostic vendues. Au même moment, Biocartis pourrait convaincre le marché que le prix de ses cartouches (à usage unique, NDLR) sera maintenu." La croissance devrait surtout venir d’une offensive sur le marché américain.

10. Umicore

Umicore surfe sur la méga tendance des véhicules électriques. "Il a fallu du temps avant que les cathodes produites par Umicore pour les fabricants de batteries prennent leur envol. Mais aujourd’hui, Umicore se développe plus vite qu’attendu et profite de son entrée précoce sur le marché. À l’horizon 2020, on peut s’attendre de manière réaliste à un bénéfice par action de 2 euros", explique Test-Achats Invest. Degroof Petercam se réfère aussi à l’horizon 2020 et signale qu’il est probable que seuls 5% du parc automobile seront électriques.

 

 

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