analyse

Après le rapprochement PSA-Fiat, à qui le tour?

Le nouvel ensemble pèserait 40 milliards d'euros en Bourse. Deux fois moins que VW. ©REUTERS

L'importance des défis auxquels sont confrontés les constructeurs automobiles les contraint à accélérer le mouvement de concentration.

Cette fois, il n’était plus question de tergiverser. Il fallait faire vite. Les nouvelles normes anti-pollution européennes, l’avènement en cours de la voiture électrique et celui prochain de la voiture autonome, sont quelques-uns des défis auxquels sont de plus en plus confrontés les constructeurs automobiles en Europe. Ils les contraignent, ces défis, à accélérer le mouvement de concentration dans le secteur. Sous peine pour les acteurs de taille modeste de rester carrément sur le bord de la route.

A plusieurs reprises par le passé, Peugeot avait déjà fait comprendre qu’il ne serait pas opposé à un rapprochement avec Fiat. Mais l’italien n’a jamais été vraiment séduit par cette perspective. Il eût préféré tendre la main à Renault il y a quelques mois. Mais le constructeur au losange ne l’ayant pas tendue comme il l’espérait, Fiat s’est alors retourné vers Peugeot. Moins de 24 heures après l’annonce officielle des négociations, voilà qu’ils font déjà part ce jeudi de leurs fiançailles.

N°4 mondial

Pour Peugeot, qui deviendra avec FCA le numéro 4 mondial, cela pourrait lui rouvrir les portes du pays de l’Oncle Sam, les États-Unis, là où Fiat Chrysler Automotive (FCA) y réalise les 2/3 de ses ventes. Pour ce dernier, cette opération de rapprochement serait l’occasion de renforcer sa présence en Europe. Reste la difficulté à ces deux acteurs de détenir autre chose qu’une part de marché homéopathique en Chine. Sans doute qu’à deux, il sera plus simple de résorber cette lacune.

En regroupant leur force, Peugeot et Fiat pourront mieux faire face au géant du Nord de l’Europe, qu’est Volkswagen . Le constructeur de Wolsfburg ne fait pas mystère de son ambition d’être en 2025 le numéro un de la voiture électrique et celle autonome. Peugeot et FCA seront en mesure d’avoir en catalogue 13 marques allant de la Fiat 500, à la Maserati, en passant par Peugeot, Citroën et Opel entre autres. Ensemble, ils avaient vendu 8,7 millions de véhicules en 2018.

Avec des noms comme VW, Seat, Skoda et Bentley, Volkswagen détient 12 marques pour sa part. Il avait livré un peu plus de 10 millions de voitures l’an passé. Mais sur le plan des bénéfices, Volkswagen les devance nettement avec un montant de 16 milliards d’euros en 2018, pour 8 milliards pour PSA-FCA réunis.  

De la trempe de Marchionne

En acceptant de laisser Carlos Tavares prendre les manettes opérationnelles du groupe fusionné, le patron de FCA, John Elkann, espère avoir retrouvé un capitaine d’industrie de la trempe du charismatique Sergio Marchionne décédé en septembre 2018. Celui-ci avait redressé en quelques années à peine Fiat avant le rachat en 2014 de l’Américain Chrysler alors en difficulté financière. Depuis sa disparition, l’action FCA accuse un repli de 20%.

Le risque pour l’italien de faire erreur est minime. Ex-numéro 2 de Renault, Carlos Tavares s’est vu proposer la direction de Peugeot en 2014 alors en difficulté financière aussi. On connaît la suite. Le groupe a réalisé en 2018 ses meilleures marges opérationnelles. Il a récemment acquis l’Allemand Opel des mains de l’Américain General Motors qui n’arrivait plus à faire 1 euro de profit depuis près de 20 ans. Opel est à présent redevenu bénéficiaire.

Depuis l'accession de Carlos Tavares au poste de CEO de Peugeot, l'action est montée à la Bourse de Paris. Celle de Renault a fait la route inverse.

Depuis 2014, depuis donc l’accession de Carlos Tavares à la fonction de CEO de PSA-Peugeot Citroën, l’action de ce constructeur automobile est déjà remontée de quelque 180% à la Bourse de Paris, à 22,5 euros! Il est piquant de constater que l’action Renault a, elle, effectué le chemin inverse. Elle accuse une perte de 25% à 45,8 euros. Même davantage si l’on prend en compte son niveau de 98,8 euros atteint en mai 2015.

La difficulté de trouver plus d’harmonie au sein de l’alliance constituée avec Nissan et Mitsubishi a fait que Renault qui est le 3e vendeur de voitures au monde après VW et Toyota , n’était pas prêt de parler "fusion" avec FCA. Cette perspective perdue à tout jamais selon toute vraisemblance, du moins avec FCA, accentue la déprime du cours de son action depuis quelque temps.

Si celle de PSA Peugeot Citroën plonge de 12% ce jeudi, c’est parce que les investisseurs estiment que  c’est le constructeur français qui est en position d’acquéreur dans le dossier de fusion en cours. Dans ce cas de figure, FCA en est la cible. D’où la hausse de 8% de son action à la Bourse de Milan.

Renault KO pour un temps

Les opérations de rapprochement ne sont fort probablement pas terminées dans le secteur automobile, même si les occasions se réduisent. Qui peuvent-elles concerner? Ces opérations peuvent concerner des constructeurs autant américains que japonais, coréens ou encore européens. Pourquoi pas par exemple un rapprochement entre VW – Ford? Ces deux constructeurs coopèrent déjà au niveau de la voiture autonome.

Vu la chute de sa valeur boursière (13 milliards d’euros contre 20 milliards pour Peugeot), il y a fort à parier que Renault s’abstiendra de se lancer dans une telle opération dans un délai rapproché. Le constructeur qui se traite à 0,4 fois la valeur comptable en Bourse, n’acceptera jamais de se marier à si bon compte.

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