Avis de gros temps sur les marchés boursiers

©AFP

On s’oriente vers la pire semaine depuis février pour les actions européennes. Les taux sont pointés du doigt.

Cette fois, l’automne boursier semble vouloir s’installer. Ce n’est pas encore un vent de panique mais c’est au moins une bise piquante qui a soufflé sur les places financières européennes jeudi, après une chute de plus de 3% des indices boursiers américains mercredi soir. Les actions européennes ont perdu près de 2%, selon l’indice Stoxx 600 des grandes capitalisations du Vieux Continent. En Bourse de Bruxelles, le Bel 20 a perdu 2,03%. L’indice belge perd 5% depuis lundi, ce qui pourrait lui valoir sa pire semaine depuis… février 2016. La hausse des taux d’intérêt – qui rend l’investissement en actions moins attrayant – et le ralentissement de la croissance économique mondiale, sur fond d’incertitudes liées aux conflits commerciaux, semblent avoir décidé certains investisseurs à réduire leur prise de risque et donc à vendre des actions.

©Mediafin

La séance boursière de jeudi accentue les pertes déjà actées depuis le début de la semaine. En affichant un recul de 4,45% depuis lundi, le Stoxx 600 est en passe d’enregistrer son plus net recul hebdomadaire depuis sa lourde chute du début du mois de février dernier, une déprime dont l’indice représentatif des marchés européens ne s’est jamais vraiment remis. Bernard Keppenne, chef économiste de CBC, souligne cette analogie: "L’étincelle qui a mis le feu aux poudres a sans doute été la forte hausse des rendements obligataires en quelques jours. Or la forte correction en février de cette année avait aussi comme raison la hausse brutale des taux. L’histoire semble se répéter, et la correction n’est probablement pas terminée."

"La volatilité risque de durer"

Les tensions du marché obligataire résultent notamment des anticipations de futures hausses des taux directeurs de la Réserve fédérale (Fed), la banque centrale des Etats-Unis. C’est précisément la Fed que Donald Trump a blâmée mercredi et jeudi en accusant sa politique monétaire d’être la cause de cette correction boursière. "Ils (les membres de la Fed, NDLR) ont fait une erreur et sont devenus trop agressifs", a déclaré, dans une interview sur Fox News, le Président américain. La politique de la Maison- Blanche en matière de commerce international – notamment son conflit avec la Chine – est régulièrement pointée du doigt comme source d’instabilité des marchés.

"On n’a pas nécessai-rement encore vu les plus bas niveaux. Octobre est tradition-nellement un mois compliqué en Bourse." Philippe Gijsels BNP Paribas Fortis

Signe de la fébrilité des investisseurs, le cours de l’or, valeur refuge classique en cas d’aversion au risque, était en hausse de 2% peu après la clôture européenne, soit sa plus nette progression en une séance depuis juin 2016.

Comment interpréter ces mouvements des marchés? "On pourrait trouver mille raisons pour lesquelles les marchés devaient s’orienter à la baisse, explique Frank Vranken, chef stratégiste de Puilaetco Dewaay. Les taux d’intérêt, le secteur immobilier américain (qui montre des signes de faiblesse, NDLR), les perspectives de la Fed pour les taux, la guerre commerciale, les valorisations élevées des actions, le dépassement du pic de la croissance économique et de celui des résultats d’entreprises, les risques géopolitiques, la faiblesse des marchés émergents ou encore, et ce n’est pas le moins important, l’enthousiasme des investisseurs particuliers américains pour les actions. La vérité, c’est que c’est très probablement une combinaison de ces éléments qui a joué."

À quoi s’attendre prochainement? "Les marchés risquent de rester très volatils, prévoit Philippe Gijsels, chef stratégiste chez BNP Paribas Fortis. On n’a pas nécessairement encore vu leurs plus bas niveaux. Octobre est traditionnellement un mois compliqué en Bourse."

Mais la saison des résultats qui approche – on attend, ce vendredi, les chiffres trimestriels de plusieurs grandes banques américaines, à savoir JPMorgan, Wells Fargo et Citigroup – pourrait changer la donne. "On peut espérer que, si les résultats sont bons, ça détournera l’attention des risques politiques et autres, avance Philippe Gijsels. N’oublions pas aussi que Trump ne veut pas que son parti perde les élections de mi-mandat, ce qui peut le conduire à calmer le jeu avec la Chine d’ici novembre. La fin de l’année est habituellement meilleure pour les actions. Mais à plus long terme, on est déjà loin dans le cycle économique. Nous ne voyons toutefois pas de signes de récession dans les mois à venir." Mais les marchés anticipent toujours les récessions…

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content