Ces dettes émergentes à éviter

"Parmi les économies émergentes, les pays qui étaient exposés aux risques les plus élevés pour leur dette souveraine au moment où la crise s’est déclenchée étaient le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Argentine", préviennent Andres Sanchez Balcazar et Sabrina Khanniche, de Pictet Asset Management. ©Bloomberg

La récession qui s'annonce va faire gonfler la dette de nombreux pays, notamment de ceux dits émergents, la rendant progressivement insoutenable. Quels sont les plus à risque? Petit tour d'horizon.

Difficile de s'y retrouver parmi les dettes émergentes, surtout en cette période de crise sanitaire et économique. Quels sont les pièges à éviter? Premier élément de réponse avec une étude de Pictet Asset Management publiée ce mois-ci sur la soutenabilité des dettes souveraines dans le monde. "Parmi les économies émergentes, les pays qui étaient exposés aux risques les plus élevés pour leur dette souveraine au moment où la crise s’est déclenchée, étaient le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Argentine", concluent les auteurs Andres Sanchez Balcazar et Sabrina Khanniche.

Et de préciser: "En matière de dynamique de la dette par rapport à la situation des dettes à court terme, l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Ukraine représentent les principales sources d’inquiétude."

Il n'est pas possible d'analyser en profondeur les risques propres à chacun de ces pays. Nous évoquerons l'exemple de certains d'entre eux, à commencer par l'Argentine. Le gouvernement local a prolongé pour la seconde fois le délai qu'il avait fixé pour la restructuration de sa dette de 66 milliards de dollars. La date butoir est fixée au 2 juin prochain. Le pays risque à nouveau d'être en défaut de paiement, pour la neuvième fois de son histoire.

Au Brésil, tout est une question de budget

Quid du Brésil où le taux à 10 ans atteint environ 7,6%? Son ratio dette/produit intérieur brut (PIB) ne cesse de grimper depuis 2013, à l'exception notable de l'an dernier.

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Selon les estimations d'Adriana Dupita, économiste chez Bloomberg Economics, le ratio dette/PIB au Brésil pourrait atteindre 87% en 2020 et 91,2% en 2021.

Selon les estimations d'Adriana Dupita, économiste chez Bloomberg Economics, le ratio pourrait atteindre 87% en 2020 et 91,2% en 2021. "Il pourrait dépasser 90% cette année si la récession est plus profonde que prévu, si la devise ne parvient pas à reprendre du terrain [face au dollar] et/ou si la crise du Covid-19 se révèle plus longue que prévu ou entre dans une seconde vague", prévient-elle.

L'économiste table sur une contraction du PIB brésilien de 3,2% compte tenu des mesures annoncées par le gouvernement. "L'érosion budgétaire liée au virus, bien qu'inquiétante, ne rendra pas nécessairement le secteur public insolvable – tant qu'il sera temporaire", explique Adriana Dupita. Le véritable risque pour la soutenabilité de la dette au Brésil réside, d'après elle, dans d'éventuelles modifications du cadre de responsabilité budgétaire. "Cela réduirait la probabilité d'un retour à un équilibre budgétaire positif à l'avenir, pesant sur les taux d'intérêt et sur la dynamique de la dette."

L'Égypte et l'Ukraine, des perspectives encourageantes?

Prenons enfin le cas de l'Égypte et l'Ukraine qui, à croire un rapport de Pictet Asset Management publié en mars, pourrait cacher des opportunités. Si le ratio dette/PIB reste très élevé en Égypte, à plus de 100%, les économistes Sabrina Khanniche et Nikolay Markov soulignent sa trajectoire descendante grâce à la consolidation budgétaire. "La bonne forme des investissements étrangers dans le pays montre que l’Égypte ne souffre d’aucune difficulté en matière de financement extérieur", ajoutent-ils.

"La bonne forme des investissements étrangers dans le pays montre que l’Égypte ne souffre d’aucune difficulté en matière de financement extérieur."
Sabrina Khanniche et Nikolay Markov
économistes chez Pictet AM

En ce qui concerne l'Ukraine, dont le taux à 10 ans s'élève à environ 8%, "les perspectives d’un accord de prêt du FMI pourraient largement favoriser les flux de capitaux étrangers et la reconstitution des réserves de change", expliquent les économistes. Cet accord comprendrait une ligne de crédit étendue de trois ans et environ 5,5 milliards de dollars. "Avec une croissance économique qui devrait profiter de la demande intérieure, les arguments en faveur de l’Ukraine par rapport au reste de l’Europe sont renforcés."

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