analyse

Ces secteurs européens qui pourraient alimenter le rally boursier

Selon JPMorgan, le rally sur les actions européennes devrait se poursuivre à court terme.

Alors que l'indice Stoxx 600 évolue sur ses plus hauts historiques, certains stratégistes tablent sur une poursuite du rebond. Mais où trouver un second souffle? Penchons-nous sur ces valeurs encore délaissées par les investisseurs.

Assisterions-nous à un retour en grâce des actions européennes auprès des investisseurs? À première vue non, diriez-vous. L’indice Stoxx 600 – qui regroupe les 600 plus importantes capitalisations boursières en Europe (Royaume-Uni et Suisse compris) – reste comme à son habitude à la traîne par rapport à son homologue américain, le S&P 500. Le premier grimpe de 2,94% depuis le début de l’année et le second de 3,59%. Mais à y regarder de plus près, plusieurs indices nous indiquent le contraire.

À commencer par la performance des actions "value" (titres sous-valorisés) en Europe ces dernières semaines. L’indice MSCI Value Europe gagne ainsi 0,63% depuis janvier contre une perte de 1,02% pour le MSCI Value World. Certes, elles rattrapent leur retard accumulé après quatre années de sous-performance. Mais certains observateurs estiment que la position des investisseurs vis-à-vis de l’Europe est en train de changer. "Les données macroéconomiques en Europe sont meilleures que prévu, bien qu'elles soient encore faibles", explique Alberto Tocchio, responsable de l’investissement chez Colombo Wealth, qui pointe notamment l’amélioration des indices PMI (purchasing managers index).

Selon le cabinet Markit, qui a publié les résultats de sa dernière enquête auprès des directeurs d’achat vendredi, l'activité du secteur privé de la zone euro s'est accélérée en février. L'indice PMI composite est remonté à 51,6 en version "flash" après 51,3 en janvier. Fait plutôt marquant, il a même dépassé les estimations les plus optimistes des économistes interrogés par Reuters. "Le regain de croissance amorcé en janvier s'est poursuivi, malgré les diverses perturbations provoquées par l'épidémie de coronavirus", note Chris Williamson, chef économiste de Markit, pour qui cette tendance "préfigure une hausse trimestrielle du PIB de la zone euro d'environ 0,2%."

Retour en grâce des banques européennes

Certes, la croissance reste anémique en zone euro. Mais la bonne surprise créée par les indices PMI a largement atténué les craintes des investisseurs vis-à-vis de l'impact du covid-19 sur l'économie européenne. Bernard Keppenne, économiste en chef de CBC Banque, souligne d'autres facteurs macroéconomiques en faveur de nos entreprises comme la baisse de l'euro - qui a perdu 3,17% face au dollar depuis le début de l'année - et celle des matières premières.

"Dans l'ensemble, la saison des résultats a été meilleure (plus surprenante) en Europe qu'aux États-Unis, ce qui a certainement aidé à soutenir les valorisations et les multiples."
Alberto Tocchio
Responsable de l’investissement chez Colombo Wealth

Qui plus est, les résultats annuels publiés ces dernières semaines par les entreprises européennes sont en ligne avec les attentes, voire légèrement meilleurs que prévu. "Dans l'ensemble, la saison des résultats a été meilleure (plus surprenante) en Europe qu'aux États-Unis, ce qui a certainement aidé à soutenir les valorisations et les multiples", indique Alberto Tocchio. Soulignons en particulier les chiffres dévoilés par les banques européennes. Certaines, comme Crédit Agricole et BNP Paribas, ont réalisé leurs meilleurs bénéfices annuels depuis la crise financière de 2008.

Les établissements allemands – qui ont largement souffert en bourse les deux années précédentes – retrouvent également grâce auprès des investisseurs même si leurs résultats ne sont pas vraiment au rendez-vous. Deutsche Bank (+37,69%) et Commerzbank (+18,18%) affichent parmi les meilleures performances cette année en Europe. Un élément important à retenir quand on sait que les banques représentent environ 10% du Stoxx 600. Voire davantage pour certains indices nationaux comme le Bel 20 ou le FTSE Mib.

Un rebond de court durée?

Le vent semble donc avoir tourné en faveur des actions européennes. Mais pour combien de temps encore? Chez JPMorgan, les stratégistes estiment que le rally boursier devrait se poursuivre durant les prochaines semaines. Le simple fait que l’indice Stoxx 600 parvient à se maintenir au-dessus de la barre symbolique des 400 points depuis plusieurs semaines – au lieu retomber lourdement comme par le passé – est déjà, selon eux, un événement significatif.

"Le rally boursier devrait se poursuivre durant les prochaines semaines. Le simple fait que l’indice Stoxx 600 parvient à se maintenir au-dessus de la barre symbolique des 400 points depuis plusieurs semaines – au lieu retomber lourdement comme par le passé – est déjà un événement significatif."
JPMorgan

Tous ne partagent pas cet optimisme. Du moins à court terme. Selon la banque d’investissement Goldman Sachs, les investisseurs sous-estiment l’impact du coronavirus sur les bénéfices des entreprises. "En matière de croissance des bénéfices, les marchés actions sont de plus en plus exposés à des surprises négatives à court terme", prévient son stratégiste en chef Peter Oppenheimer dans une note publiée mercredi. Il rappelle que l'exposition de l'Euro Stoxx 50 à la Chine est presque deux fois plus importante que pour le S&P 500 compte tenu de la forte présence d'entreprises européennes issues des secteurs bancaire, de l'automobile et du luxe.

Les stratégistes de JPMorgan reconnaissent également qu’"il existe un potentiel de perturbation à court terme" en raison de l’épidémie du covid-19. "Mais nous restons optimistes sur le cycle mondial, et continuons de soutenir qu'une récession américaine est peu probable avant les élections présidentielles". Ils soulignent qu'en Europe, les grands indices arrivés à un record sont plutôt rares. Ce qui laisse de la marge pour une poursuite du rally boursier.

Des actions "surachetées"

D'autres observateurs craignent cependant que les actions européennes manquent de catalyseurs positifs supplémentaires. La proportion d'actions "surachetées" au sein du Stoxx 600 a ainsi atteint 23% cette semaine, soit son plus haut niveau depuis la mi-septembre. On y retrouve surtout des valeurs des secteurs immobilier, télécom ou encore de la santé.

Les investisseurs se sont particulièrement rués sur les "utilities" après les solides résultats affichés par le groupe français EDF. Ce compartiment - qui profite également de la forte demande en matière d'investissements durables - affiche la plus forte hausse sectorielle en Europe (+16,30%!) cette année. "Les services publics européens ont surperformé de près de 20% depuis novembre, alors même que les indices PMI de la zone euro ont augmenté, l'euro s'est affaibli et la dynamique du Bund est devenue positive, des facteurs généralement associés à la sous-performance de ce secteur", constatent les stratégistes de Bank of America, qui recommandent de le "sous-pondérer".

23%
De plus en plus d'actions européennes surachetées
La proportion d'actions "surachetées" au sein du Stoxx 600 a atteint 23% cette semaine, soit son plus haut niveau depuis la mi-septembre.

Le secteur pétrolier à la traîne

Qu'est-ce qui pourrait donc donner un second souffle aux marchés du Vieux continent dans les prochaines semaines? Selon JPMorgan, plusieurs facteurs plaident en faveur des actions européens, comme des dividendes en hausse et une décote par rapport aux obligations et aux actions dans d’autres zones géographiques. Le Stoxx 600 se négocie actuellement 15,4 fois les bénéfices attendus contre 17,7 pour le MSCI World.

La banque d'investissement américaine estime par ailleurs que le rally boursier pourrait se propager à des actions délaissées jusqu'à présent. Trois secteurs affichent encore une performance négative depuis le début de l'année: les matières premières (-3,55%), l'automobile (-7,49%) et l'énergie (-7,31%). Des valeurs cycliques typiquement sensibles à toute crainte quant à la dynamique économique. Mais alors que les deux premiers compartiments ont repris des couleurs depuis le début du mois, les valeurs pétrolières peinent à réduire leurs pertes.

La faute à des prix du brut en souffrance. Le Brent a perdu plus de 10% depuis le début de l'année, tombant à 53,27 dollars le 10 février dernier avant de remonter timidement la pente ces derniers jours. Rappelons qu'il y a un an, le baril valait près de 70 dollars...

Que va décider l'Opep?

Ce qui préoccupe aujourd'hui les investisseurs, c'est l'impact du coronavirus sur l'économie chinoise. Rappelons que la Chine est le principal importateur de matières premières dans le monde. Selon l'assureur-crédit Coface, l'Empire du Milieu absorbe près de 14% de la production mondiale de pétrole. "Les conséquences du covid-19 seront significatives", a averti l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son dernier rapport mensuel sur le pétrole. Elle prévoit une contraction de la demande de 435.000 barils par jour au premier trimestre. Du jamais vu depuis la crise de 2008.

Tous les regards sont donc tournés vers l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dont les membres se réunissent dans deux semaines. Une prolongation de "l'accord OPEP+" - qui prévoit une réduction de la production pétrolière des pays membres et de leurs alliés - devrait être actée pour compenser la baisse de la demande chinoise. Certains évoquent même une coupe supplémentaire. Mais en coulisses, la Russie se montrerait encore réticente.

60-70
dollars
Selon le CEO de la société de trading pétrolier Vitol, les prix pétroliers pourraient remonter jusqu'à la tranche entre 60 et 70 dollars le baril dans les prochains mois.

Les investisseurs semblent pour l'instant y croire. En témoigne le rebond du Brent (environ 9%) en une dizaine de jours. "Chute de la production libyenne et vénézuélienne, des efforts supplémentaires du côté de l'OPEP... Tous ces facteurs vont aider à rééquilibrer le marché, le laissant dans une meilleure position pour le second semestre de l'année", a assuré Russell Hardy, CEO de la société de trading pétrolier Vitol, dans une interview accordée à Bloomberg Television vendredi. Pour lui, les prix pétroliers pourraient remonter jusqu'à la tranche entre 60 et 70 dollars le baril dans les prochains mois.

Rémunération à court ou long terme

Un autre secteur pourrait également faire son retour sur le devant de la scène européenne: celui des biens à la consommation (+3,71% depuis janvier). "La sous-performance de ce secteur depuis août dernier devrait se terminer, car les attentes du marché ont été réinitialisées après des résultats décevants et les ratios de valorisation sont revenus à leurs moyennes à long terme", signalent les analystes de Bloomberg Intelligence. Avec un potentiel de plus de 100 milliards d'euros de dette supplémentaire, ils s'attendent à une recrudescence des opérations de fusions et acquisitions cette année.

Reste à voir l'accueil que leur réserveront les investisseurs. Car, selon les analystes de Bloomberg Intelligence, ils pourraient préférer une rémunération à plus courte terme via des programmes de rachat d'actions. Une tendance bien plus présente de l'autre côté de l'Atlantique...

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