La BCE blinde son bazooka monétaire

"L'Eurosystème ne tolérera aucun risque pour la bonne transmission de sa politique monétaire dans toutes les juridictions de la zone euro", a indiqué la BCE. ©REUTERS

La Banque centrale européenne fait petit à petit sauter tous les verrous pour s'engager pleinement dans la guerre économique contre le coronavirus. Et ce, au risque de donner du grain à moudre à ses plus fervents détracteurs.

Pas de limites. Telle est la nouvelle devise des banques centrales pour faire face au Covid-19. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé ce jeudi qu’elle n’appliquerait pas ses propres règles limitant les rachats de dette souveraine dans l’application de son plan de 750 milliards d’euros, le Programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP). Autrement dit, l’institution monétaire pourra désormais acheter plus de 33% de la dette d’un pays de la zone euro.

Désormais, "le PEPP est entièrement flexible (...). La BCE peut donc à peu près faire ce qu'elle veut."
Jens Peter Sorensen
analyste en chef chez Danske Bank AS

Autre particularité, le programme comprendra des obligations à échéance plus courte que dans le cadre de ses actuelles opérations d’assouplissement quantitatif (QE). "Il [le PEPP] est entièrement flexible – pas de restrictions sur les obligations et les limites d’émetteur, et il y a une fourchette de maturité accrue", résume Jens Peter Sorensen, analyste en chef chez Danske Bank AS. "La BCE peut donc à peu près faire ce qu’elle veut."

Le marché obligataire applaudit

Les investisseurs ont vivement réagi à l’annonce en se ruant sur les obligations d’État. Ce qui a provoqué une nouvelle baisse générale des rendements. Le taux allemand à 10 ans est tombé à -0,38% contre -0,27% mercredi soir. Côté belge, le rendement de l’OLO  est de 0,06% contre 0,25% la veille.

161
points de base
Le taux italien à 10 ans est passé de 1,23% à 1,53% en moins de 24 heures. Et l'écart de rendement avec le Bund allemand s'est encore réduit, à 161 points de base.

Mais ce sont les obligations des pays périphériques qui en ont le plus profité. Le taux italien à 10 ans est passé de 1,23% à 1,53% en moins de 24 heures. Et l’écart de rendement avec le Bund allemand s’est encore réduit, à 161 points de base. Les obligations grecques ont également été recherchées puisqu’elles sont désormais éligibles pour ce programme.

"Il y a un risque juridique"

Bon nombre d’observateurs saluent une décision qui renforce encore la crédibilité de la BCE. Sa présidente, Christine Lagarde, avait d’ailleurs donné le ton il y a une semaine. "Si des limites que nous nous sommes volontairement imposées freinent les initiatives que nous devons prendre afin d’accomplir notre mission, nous les réévaluerons autant que nécessaire pour rendre notre action proportionnée aux risques auxquels nous sommes confrontés", avait-elle écrit dans un texte publié le 19 mars sur le blog de la BCE.

"La BCE s'expose à un risque juridique et à un contrecoup politique."
Frederik Ducrozet
stratégiste de Pictet Wealth Management

Certains craignent cependant que les opposants à une politique monétaire trop accommodante qui outrepasserait les statuts de la banque centrale n’y trouvent des arguments en leur faveur. "La BCE s’expose à un risque juridique et à un contrecoup politique", signale Frederik Ducrozet, stratégiste de Pictet Wealth Management. Rappelons qu’il y a quelques années, les Allemands avaient porté l’institution devant les tribunaux pour son QE.

Et après?

Reste toujours cette question: est-ce que tout ceci suffira? Et si non, la Banque centrale européenne peut-elle en faire en plus? Oui, répondent certains de ses membres. Elle pourrait notamment acheter des fonds indiciels cotés (exchange-traded funds, ETF) comme le fait la Banque du Japon (BoJ) depuis plusieurs années. "C’est un sujet très technique qui est en débat au niveau technique entre les experts. Je ne l’exclus pas dans l’avenir mais aucune décision sur ce sujet n’a été prise", a indiqué mardi Peter Kazimir, le gouverneur de la banque centrale slovaque.

Des rumeurs évoquent la possibilité de recourir à des "opérations monétaires sur titres" (Outright Monetary Transactions/OMT), un programme jamais utilisé qui permet à la BCE d’acheter directement de la dette souveraine d’un pays donné sans aucune limite. Mais deux sources de Reuters ont réfuté l’hypothèse ce jeudi, arguant que cet outil serait inapproprié face à la crise actuelle.

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