La guerre commerciale affecte les actions du secteur du luxe

©AFP

Burberry a déçu dans ses prévisions pour 2018. Le dernier épisode de la guerre commerciale inquiète: des conséquences sur les ventes d’articles de luxe ne sont pas à exclure.

Les actions de producteurs de biens de luxe ont fléchi mercredi. L’annonce de nouveaux tarifs douaniers aux Etats-Unis et les prévisions décevantes de Burberry  ont affecté l’ensemble du secteur en Bourse.

L’action Burberry elle-même a perdu 4,05% à Londres, après l’annonce de perspectives moins bonnes que prévu pour le groupe de mode à l’occasion de la publication de ses résultats trimestriels. Durant les trois premiers mois (avril à juin) de son exercice décalé 2018-2019, le groupe britannique a enregistré une croissance de 3% de ses ventes, ce qui est conforme aux prévisions moyennes des analystes.

Mais ce qui a déçu les investisseurs, c’est le maintien des prévisions du fabricant de sacs à main pour le reste de l’année, alors qu’une amélioration de ces dernières était espérée. "Pas de changement des perspectives à taux de change constant", indique, lapidaire, le communiqué du maroquinier, qui fait part d’"une certaine diminution des vents contraires sur le marché des devises aux taux actuels".

40%
Burberry réalise 40% de son chiffre d’affaires en Asie. Un ralentissement en Chine pourrait affecter ses ventes.

Les investisseurs s’inquiètent aussi des effets, sur le secteur du luxe, de la guerre commerciale engagée par les Etats-Unis avec la Chine et l’Europe, entre autres. Le dernier épisode en date de cet affrontement multilatéral a eu lieu mercredi: on a appris que les Etats-Unis envisageaient d’appliquer de nouvelles taxes aux importations de biens chinois d’une valeur totale de 200 milliards de dollars (170 milliards d’euros) par an.

Cette nouvelle salve de tarifs douaniers va, cette fois, toucher des biens de consommation, tels que des sacs à main. Il n’en fallait pas plus pour alerter les investisseurs à l’égard du secteur du luxe.

Outre Burberry en Bourse de Londres, d’autres fabricants d’articles luxueux ont souffert mercredi. À Paris, Kering  a perdu 3,81%. À Zurich, Richemont  a cédé 2,33%. À Milan, Moncler  a reculé de 2,50%.

Quel impact sur la Chine?

Parmi les produits frappés de nouvelles taxes américaines, des biens de consommation comme les sacs à main. ©Bloomberg

Même si la guerre commerciale ne touche pas directement tous les biens de ce secteur, des craintes se manifestent à l’égard des conséquences d’un ralentissement de la croissance économique pour les produits de luxe. Quand l’économie mondiale va moins bien, comme cela risque de se produire si la guerre commerciale s’amplifie, les premières dépenses que les consommateurs sacrifient concernent ces biens de luxe.

En particulier, les investisseurs s’inquiètent de l’impact des mesures américaines sur la Chine, marché porteur pour le secteur du luxe grâce à l’émergence d’une classe sociale plus riche séduite par les produits luxueux. La part du marché chinois dans le chiffre d’affaires des groupes de luxe est élevée. À titre d’exemple, le suisse Richemont, qui produit des bijoux, des montres, des stylos, de la maroquinerie et des vêtements, a réalisé 27% de son chiffre d’affaires en Chine l’année dernière.

Chez Swatch Group  , la part du marché chinois monte à 35%. Le groupe italien Tod’s  réalise 22% de son chiffre d’affaires en Chine. Chez le français Hermès  , 35% des ventes ont lieu en Asie, hors Japon.

La guerre commerciale peut aussi toucher le secteur du luxe indirectement via le marché des changes. Les dernières mesures annoncées par l’administration Trump ont eu un effet immédiat sur le yuan: la devise chinoise a reculé. La crainte des investisseurs est que ce repli entame le pouvoir d’achat des ménages chinois susceptibles de s’équiper en biens de luxe…

À cela s’ajoute la tentation des prises de bénéfices sur les valeurs d’un secteur qui a déjà bien performé cette année. En 2018, l’indice MSCI Europe Textiles Apparel & Luxury Goods a déjà grimpé de 13% à ce stade. Sur un an, il affiche même une progression de 25%.

Tout comme les articles de luxe, les actions du secteur sont chères – leur cours représente environ 25 à 30 fois les bénéfices, voire plus dans certains cas – mais c’est une caractéristique habituelle. Si la baisse boursière continue, elles pourraient devenir meilleur marché.

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