analyse

La plus riche famille suédoise met en Bourse son joyau de private equity

La parc Bobbejaanland. ©© Kris Van de Sande - www.krisv

Toutes les actions mises en vente par le géant suédois du private equity EQT Partners en vue de son introduction en Bourse de Stockholm ont été souscrites dans la fourchette de prix proposée, en seulement deux heures.

EQT Partners, détenue à 23% par la famille suédoise Wallenberg, n’est pas une inconnue pour les investisseurs belges. EQT s’est alliée en effet récemment au holding bruxellois GBL et au holding espagnol Alba de la famille March pour retirer Parques Reunidos de la Bourse de Madrid. Le groupe actif dans les parcs d’attractions, qui détient également Bobbejaanland, est devenu ainsi une entreprise de private equity.

EQT veut faire coter un cinquième de ses actions à la Bourse de Stockholm. L’opération comprend, pour un demi-milliard d’euros, l’émission de nouvelles actions et, pour 300 millions d’euros, la cession de titres existants par les actionnaires actuels, à savoir, outre le holding Investor de la famille Wallenberg, le fondateur d’EQT Conni Jonsson (7% du capital), son directeur Thomas von Koch (5%) et son CEO Christian Sinding (4%).

De 62 à 68 couronnes

EQT envisage un prix de 62 à 68 couronnes suédoises par action, ce qui lui permettrait d’obtenir 1,2 à 1,3 milliard d’euros pour financer son développement et mieux concurrencer ses rivaux mondiaux. Cette fourchette valorise l’entreprise entre 11,8 et 13 milliards de couronnes (5,5 à 6 milliards d’euros). Cette introduction en Bourse est appelée ainsi à être la plus grande opération du genre pour une société d’investissement en private equity depuis celle de l’entreprise britannique 3i en 1994.

EQT a démarré ses activités en 1994 pour servir de branche de private equity des Wallenberg. Cette riche famille suédoise possède, à travers son véhicule Investor, de grandes participations dans des multinationales comme ABB, Atlas Copco, Ericsson, Mölnlycke, AstraZeneca et SEB. Aujourd’hui, EQT gère des participations à hauteur de pas moins de 40 milliards d’euros via 19 fonds. La société a encore acheté récemment la division soins de la peau de Nestlé pour un montant de 9 milliards d’euros.

EQT est le deuxième plus grand investisseur en entreprises non cotées en Europe (après le fonds britannique non coté CVC) et le septième dans le monde.

EQT déclare vouloir entrer en Bourse pour soutenir sa croissance. "Une cotation est la voie la plus attrayante pour pérenniser notre croissance à long terme, a déclaré son CEO Christian Sinding lors d’une conférence de presse. Elle nous donne accès au marché public des capitaux pour pouvoir nous développer dans un nombre croissant de pays. Nous sommes confrontés par ailleurs à des concurrents qui ont renforcé leur bilan récemment. "

Si EQT ne le dit pas explicitement, il ne fait pas de doute que la société entend également profiter de la bonne conjoncture boursière. La faiblesse extrême des taux d’intérêt et la baisse du nombre de sociétés cotées en Bourse incitent un nombre croissant d’investisseurs à s’intéresser aux entreprises non cotées pour aller chercher du rendement. Les acteurs du private equity sont assis sur 240 milliards de dollars en cash, le niveau le plus élevé depuis 2012, a calculé le gestionnaire de patrimoine Schroders.

Étincelles en Bourse

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Qui sont les wallenberg?

Les Wallenberg, surnommés la "famille royale de la finance" de Suède, ont construit leur fortune à partir du XIXe siècle. André Oscar Wallenberg a fondé en 1856 la banque SEB. Le membre de la famille le plus illustre est sans doute le diplomate Raoul Wallenberg, qui a sauvé des dizaines de milliers de Juifs de l’holocauste en leur octroyant un visa pendant la Seconde Guerre mondiale. La fortune familiale est estimée à 35 milliards d’euros. Mais ils sont des dizaines de membres de la famille à se la partager. Aucun Wallenberg ne figure d’ailleurs dans le top 10 des Suédois les plus riches, dont la première place est occupée par le président de H&M, Stefan Persson.

Les actions des groupes de private equity cotés font des étincelles en Bourse. Cette année, le leader mondial du secteur, l’américain Blackstone, a déjà augmenté sa valorisation boursière de trois quarts à Wall Street. Le groupe britannique 3i affiche une hausse de 43% et la société flamande Gimv a pris 16% à la Bourse de Bruxelles.

Les investisseurs les plébiscitent parce que les entreprises non cotées de leur portefeuille sont plus rentables que les sociétés cotées. Ainsi, selon Cambridge Associates, les fonds de private equity ont rapporté en moyenne 14,4% par an au cours de ces cinq dernières années.

"Leur faible corrélation avec les titres cotés joue un rôle également, explique Joe Moynihan, CEO de Jersey Finance. Le private equity est un investissement illiquide qu’il faut conserver cinq ans en général. Les entreprises non cotées sont donc moins incitées à produire des résultats à court terme. Leurs valorisations sont moins dépendantes de l’état d’esprit souvent maniaco-dépressif sur les marchés financiers. "

La forte concurrence entre les investisseurs potentiels et l’argent bon marché ont hissé cependant les valorisations dans le secteur à des niveaux très élevés.

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