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Lancez votre start-up grâce à une monnaie virtuelle

Nick Ayton, à droite, est le fondateur de Chainstarter. ©doc

Les "Initial Coin Offerings" permettent à des sociétés de lever des fonds en monnaie virtuelle. La start-up Chainstarter les aide à se lancer dans ce processus novateur mais risqué.

L’ère de la spéculation 2.0 a commencé. L’introduction en Bourse classique (Initial Public Offering, IPO) a désormais une petite sœur, l’Initial Coin Offering (ICO). Le principe est identique, la forme assez différente. Il s’agit pour une entreprise de financer son développement en faisant appel à des capitaux extérieurs. Mais la monnaie utilisée n’est plus le bon vieux dollar, le tourmenté euro ou la dépressive livre sterling. On parle désormais de "jetons" (tokens). Le terme évoque autant le caractère concret du "jeton de présence" que le côté ludique et enfantin des pièces rouges en plastique qui permettent de monter dans une auto-tamponneuse.

Lisez aussi le premier volet de cette série A la rencontre des nouveaux frappeurs de monnaie

Des droits d'utilisation au lieu d'actions

Tout doit aller très vite dans l’univers des start-ups, et c’est pour cette raison que les ICO sont en train de devenir le parfait outil de développement. Les levées de fonds, soit par introduction en Bourse, soit par recours au capital-risque, sont un processus souvent long et complexe, qui a en outre l’inconvénient majeur de trop souvent saper l’esprit innovant, créatif et libre des petites entreprises. Pour récupérer leur mise initiale, les actionnaires font pression sur le management pour optimiser le plus rapidement possibles les profits. Et inhibent dans des proportions non mesurables l’esprit d’initiative des créateurs de valeur, à la base. Les ICO ne donnent pas d’actions aux investisseurs, mais uniquement des "actifs numériques", qui sont en quelque sorte des droits d’utilisation d’un service à venir fourni par l’entreprise.

"Les ICO permettent aux entrepreneurs de garder un meilleur contrôle sur leurs entreprises que s’ils vont sur des marchés traditionnels."
Nick Ayton
Fondateur de Chainstarter

Il est beaucoup trop tôt pour savoir si les Initial Coin Offerings permettront de corriger ces effets néfastes, ou même pour savoir si ces modes de financement novateurs pourront réellement fonctionner à grande échelle et sur le long terme. Mais le mouvement est spectaculaire, profond, et aussi prometteur que les monnaies virtuelles.

Chainstarter est l’une des nombreuses start-ups qui espèrent profiter de cette nouvelle ruée vers le jeton. Son positionnement consiste à "sécuriser" les entreprises et les investisseurs en leur garantissant un "environnement régulé et sécure". "Londres est l’une des juridictions les plus dérégulées du monde", estime Nick Ayton, le fondateur de cette start-up, qui se présente à la fois comme "libertaire" et vouée à offrir un cadre de développement financier sûr.

Positionnement éthique

Après plus de trente ans d’entrepreneuriat dans l’informatique, ce sémillant quinquagénaire, dont le look suggère qu’il aurait tout aussi bien pu être gérant d’un casino à Las Vegas, est devenu l’un des influenceurs les plus écoutés du monde des cryptomonnaies. Le business model de Chainstarter est simple: de 5 à 7% de commissions sur les processus d’ICO, "qui permet aux entrepreneurs de garder un meilleur contrôle sur leurs entreprises que s’ils vont sur des marchés traditionnels", explique-t-il.

5-7%
de commissions
Le business model de Chainstarter est simple: de 5 à 7% de commissions sur les processus d’ICO.

La méthode globale parlera à tous les entrepreneurs débutants ou confirmés: "On se pose sans cesse la question de savoir si nous investirions nous-mêmes notre argent dans ce projet."

Au-delà des rendements, Chainstarter se positionne sur un terrain éthique. "Nous souhaitons plus particulièrement faciliter les financements d’entreprises qui popularisent la technologie de la blockchain au-delà de leur monde, ou à celles qui jouent un rôle positif pour la communauté et la société, ou encore à celle qui permettent de développer des projets artistiques dans l’espace de la blockchain. Si une entreprise coche au moins deux de ces trois cases, alors elle nous intéresse vraiment."

L’emballage éthique va être de plus en plus essentiel aux start-ups de la blockchain et du bitcoin, étant donné la réputation horrible – et jusqu’à récemment justifiée – des monnaies virtuelles. Dans le cadre d’une activité illégale – allant de la fraude fiscale au terrorisme en passant par le trafic d’humains –, l’utilisation de monnaies virtuelles va de soi. Cette mauvaise réputation devrait toutefois être diluée au fil des ans et de l’explosion du nombre de transactions par des citoyens lambda.

→ Lire notre dossier La blockchain pour débutants

Même si les entrepreneurs et investisseurs sont en général bien informés sur le principe de la blockchain, le registre qui permet les transactions en bitcoins et autres monnaies virtuelles, tout l’enjeu est de déterminer jusqu’où la valeur des monnaies échangées peut monter… ou chuter.

"Votre voiture ne vaut quelque chose uniquement parce que les gens ont décidé qu’elle vaut quelque chose. C’est la même chose pour les monnaies virtuelles."
Nick Ayton
Fondateur de Chainstarter

Pour Nick Ayton, comme pour la plupart des adeptes des cryptodevises, le potentiel de croissance est quasiment illimité, aussi illimité, au final, que le nombre de messages échangés sur internet. "Mon espoir est que les monnaies virtuelles deviennent, de fait, la monnaie de réserve mondiale du futur. Votre montre ou votre voiture ne vaut quelque chose uniquement parce que les gens ont décidé qu’elle vaut quelque chose. C’est la même chose pour les monnaies virtuelles. C’est ainsi que marche le monde."

Anti-système

Sans surprise, l’idéologie dominante dans ce milieu est l’anti-capitalisme. Ou l’anti-système au sens large. En un mot, le libertarianisme. Sans craindre la contradiction ultime, tellement énorme que les intéressés ne la voient plus: se dire anti-système, et en même temps se fier corps et âme à un programme informatique systématisé jusqu’à l’infini, et probablement inarrêtable. En un mot, ultra-totalitaire. Un système sur lequel aucune banque centrale, donc aucune autorité humaine, ne peut avoir prise.

"Pour moi, les banques centrales sont les plus grandes criminelles de cette planète."
Nick Ayton
Fondateur de Chainstarter

Pour les partisans du bitcoin et de la blockchain, les monnaies virtuelles, décentralisées par nature, ne pourront que créer un monde meilleur. "Techniquement, les banques centrales garantissent la valeur d’une monnaie, donc la valeur de tout ce que vous possédez. Mais la réalité, c’est qu’elles ont détruit une grande partie de la valeur des actifs avec tous ces plans d’assouplissement quantitatif depuis 2008. Pour moi, les banques centrales sont les plus grandes criminelles de cette planète."

Et de conclure: "Les banques centrales existent uniquement pour permettre aux gouvernements de continuer d’endetter l’Etat et les contribuables. C’est le but. C’est quelque chose qui ne pourra plus se produire avec une monnaie virtuelle."

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