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Le mercredi 14 août 2019, un tournant pour les marchés

©REUTERS

La courbe des taux US s’est inversée pour la première fois depuis la crise de 2008. Laissant les investisseurs en plein désarroi quant à la probabilité d’une prochaine récession.

Onde de choc. La séance du 14 août fut la plus mouvementée de l’année pour les marchés financiers. En Europe, les indices actions ont cédé entre 1,5% et 2%. Et à Wall Street, les trois grands indices ont perdu environ 3% chacun. Cela ne leur était plus arrivé depuis le mois de décembre.

Que s’est-il passé pour provoquer un tel vent de panique en Bourse? Pour une fois, le locataire de la Maison-Blanche n’est pas en cause (quoi que…). La principale raison reste les craintes de récession. Des craintes exacerbées ce mercredi par l’inversion de la courbe des taux américains. Le rendement des obligations d’État à 2 ans est devenu supérieur à celui à 10 ans pour la première fois depuis 2007. "C’est un signal (d’alarme) que l’on ne voulait pas voir sur les marchés", résume Frank Vranken, chief strategist chez Puilaetco Dewaay.

Historiquement, l’inversion de la courbe des taux est l’un des signes avant-coureurs d’une récession économique. Cela s’est vérifié au moins les cinq dernières fois où ce phénomène s’est produit. Par exemple, la courbe des taux s’est inversée pour la première fois le 30 décembre 2005. Plusieurs trimestres plus tard, les États-Unis – et l’économie mondiale avec eux – entraient en récession.

"Il reste à savoir si c’est toujours le cas, se demande Tim Graf, stratégiste chez State Street Global Advisors. Ce qui est certain, c’est que le monde semble moins sûr."

Un cas historique

Le débat est donc lancé. Allons-nous, oui ou non, connaître une récession dans les 12 ou 18 prochains mois? Selon l’antenne new-yorkaise de la Réserve fédérale, la probabilité d’une crise économique aux États-Unis à moyen terme est passé à 31%. Soit son plus haut niveau depuis 2007.

©Mediafin

Mais plusieurs banquiers centraux sont sortis du bois pour jouer les pompiers. James Bullard, membre de la Fed, a rappelé ce mercredi que les conditions économiques sont plutôt bonnes aux États-Unis avec un taux de chômage au plus bas depuis près de 50 ans et une inflation stable. De son côté, Janet Yellen, ancienne présidente de Fed, a estimé dans une interview à Fox Business que l’économie américaine était suffisamment vigoureuse pour éviter une récession. "Mais les risques ont clairement augmenté et pour tout dire, ils sont plus élevés que ce avec quoi je serais à l’aise", a-t-elle reconnu. Et d’ajouter que la baisse des rendements obligataires de long terme n’est pas nécessairement un "bon indicateur" de l’activité économique future.

C’est justement la baisse des taux longs qui interpelle plus d’un observateur. En particulier, la chute du taux à 30 ans, qui est passé sous la barre symbolique de 2% pour la première fois de son histoire. Plus qu’une ruée vers des valeurs refuges, certains y voient le message que les investisseurs obligataires ne croient ni en une hausse prochaine des taux d’intérêt, ni à une croissance économique meilleure que prévu et ni à un rebond de l’inflation. "Il n’existe pas de précédent pour des rendements aussi faibles, et donc pas de précédent pour une inversion à des taux aussi bas. (…) Beaucoup de choses ont l’air alarmantes et insoutenables, mais nous n’avons simplement aucune expérience pour dire si elles peuvent être maintenues avec des taux aussi bas", souligne John Authers, senior editor chez Bloomberg.

Et maintenant? Tout vendre?

Que faire à présent? La question reste entière parmi les intervenants de marché. Pour certains, comme UBS Global Wealth Management et Morgan Stanley Investment Management, il est trop tôt pour vendre ses actions. Car, disent-ils, les États-Unis pourront éviter une récession aussi longtemps que la Réserve fédérale parviendra à soutenir l’économie, en abaissant son directeur par exemple. "Si les baisses de taux de la Fed redressent avec succès la courbe en territoire positif, cette brève inversion pourrait alors être un signal prématuré."

D’aucuns rappellent que les Bourses ont encore performé quelque temps après une inversion de la courbe des taux. Mais gare à l’effet d’auto-réalisation. Comme l’indiquent de nombreux observateurs, ce phénomène est hautement symbolique pour les particuliers et les entrepreneurs. Qui plus est, les banques seront moins enclines à prêter de l’argent. "Il faut donc rester prudent et bien prendre en compte les derniers indicateurs économiques", conseille Frank Vrank, qui privilégie l’or et les valeurs immobilières.

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