analyse

Les craintes d'une récession refont surface sur les marchés

©EPA

L’inversion de la courbe des taux américains, conjuguée à des statistiques décevantes, réveillent les pires craintes des investisseurs. Avec une question: que va faire la Réserve fédérale?

Quand le doute s’installe. Les investisseurs ont le moral en berne depuis quelques jours, avec une question qui revient inlassablement dans leur esprit. Et si? Et si le rebond des marchés actions cette année était exagéré? "Serait-ce la fin du rally boursier?", s’interroge Frank Vranken, stratégiste en chef de Puilaetco Dewaay, dans une note envoyée ce lundi matin.

"Du point de vue économique, les marchés étaient d’avis que le premier trimestre marquerait plus ou moins un plancher, qui serait suivi d’une remontée au cours des trimestres suivants."
Patrick Casselman
Spécialiste actions de BNPP Fortis

La publication d’indicateurs macroéconomiques décevants, particulièrement en Europe, a provoqué un choc. Pour mémoire, l’indice PMI manufacturier flash est ressorti à 47,6 en mars contre 49,3 en février, au plus bas depuis avril 2013. "Du point de vue économique, les marchés étaient d’avis que le premier trimestre marquerait plus ou moins un plancher, qui serait suivi d’une remontée au cours des trimestres suivants. Ils ont donc sursauté vendredi à l’annonce de la poursuite de la baisse des PMI", explique Patrick Casselman, spécialiste actions de BNPP Fortis. Et après avoir connu leur pire séance de l’année, les principaux indices européens ont poursuivi leur recul ce lundi. Le CAC 40 a trébuché de 0,18%, le DAX allemand de 0,15% et le Stoxx 600 de 0,45%. À Bruxelles, le BEL 20 a signé la plus mauvaise performance du jour (-0,78%).

"C’est un retour à la réalité", estime de son côté Vincent Juvyns, stratégiste chez JP Morgan Asset Management. Selon lui, le fort rebond des actions n’était pas justifié. "Le pic conjoncturel est derrière nous", assène-t-il, tout en évoquant les tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde.

Le marché obligataire l’avait prédit

"Il faut prendre en compte le déclin séculaire des taux d’intérêt de long terme."
Charles Evans
Président de la Fed de Chicago

Mais alors que les actions remontaient la pente ces derniers mois, les rendements obligataires prenaient le chemin adverse. Le Bund allemand est retombé en territoire négatif ce vendredi pour la première fois depuis octobre 2016. Il évolue à présent autour de -0,017%. "Les marchés obligataires semblent tenir compte d’un scénario économique beaucoup plus pessimiste que les marchés des actions", relève Patrick Casselman. Outre-Atlantique, la courbe des taux s’est même inversé: le taux américain à 10 ans est passé sous le niveau du taux à 3 mois pour la première fois depuis mi-2007. Un mauvais présage aux yeux de nombreux investisseurs. Une inversion de la courbe est généralement considérée comme un signe précurseur de récession économique.

Certains observateurs remettent en question ce concept aujourd’hui. "Il faut prendre en compte le déclin séculaire des taux d’intérêt de long terme", a souligné ce lundi Charles Evans, le président de la Fed de Chicago. "Cela est en partie structurel, lié à la croissance tendancielle plus faible et aux taux d'intérêt réels plus bas. Dans cet environnement, il est probablement plus naturel d'avoir des courbes de taux plus plates que par le passé."

L’ancienne présidente de la Réserve fédérale américaine, Janet Yellen, a pour sa part jugé que cette inversion de la courbe reflète peut-être la nécessité de réduire un jour les taux d’intérêt.

La Fed, point central des interrogations

C’est là toute la question. Et si le changement de discours de la Fed, qui a annoncé la semaine dernière prévoir aucune hausse de taux cette année contre les deux hausses envisagées en décembre, présageait autre chose? Et si la banque centrale devait se montrer encore plus accommodante? Selon les dernières prévisions des investisseurs, il y a environ 90% de chance que la Fed abaisse son principal taux directeur de 25 points de base en décembre 2019. Une baisse qui serait suivie d’une autre en septembre 2020.

Un scénario que ne partage pas Vincent Juvyns. "Certes, le monde ne va pas bien. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut craindre la fin du monde". Selon lui, la Réserve fédérale a mis en pause le resserrement de sa politique monétaire car "les banquiers centraux ont peur d’être responsable de la chute des marchés". Le stratégiste ne s’attend à rien de "disruptif" dans les prochains mois.

Si plusieurs observateurs tablent encore sur une reprise d’ici le second semestre, le choc qu’ont connu les marchés ne va pas disparaitre des esprits pour autant. "Dans l’ensemble, les investisseurs vont restés collés à leurs écrans pour obtenir davantage de données macroéconomiques car l’idée d’une récession imminente les hante encore", prédit Frank Vranken. "Ce sur quoi ils peuvent parier, c'est que la volatilité sera de retour..."

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