Les crypto-monnaies, le nouvel or?

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Aujourd’hui, l’engouement pour les monnaies virtuelles ne connaît plus de limites. Les experts en matière de bitcoins mettent cependant en garde contre une possible correction.

Les détenteurs d’argent numérique – c’est-à-dire sous forme de code informatique – se frottent les mains. On dénombre aujourd’hui dans le monde plus de 700 de ces crypto-monnaies, et la plupart d’entre elles ont vu leur valeur s’envoler au cours des dernières semaines. Le bitcoin, l’ancêtre de l’argent numérique, a atteint ces derniers jours le chiffre astronomique de 2.800 dollars, soit trois fois plus qu’il y a trois mois, et 400% de plus qu’il y a un an. Lors de ses débuts il y a sept ans, il valait à peine 0,06 dollar. Ceux qui y ont cru à l’époque sont devenus riches comme Cresus.

Ses créateurs en sont convaincus: les devises virtuelles devraient révolutionner le monde financier, en particulier à cause de la technologie qui se cache derrière l’argent virtuel: le "blockchain", dont le potentiel est infini. Il permet de réaliser des transactions financières en toute sécurité, sans l’intervention d’un tiers. Pour résumer: moins cher et plus rapide.

"Avec le blockchain, on n’a plus besoin d’une banque pour contrôler si l’échange d’argent s’est déroulé correctement, explique Sander Van de Moortel, journaliste et investisseur en bitcoins. Les transactions ont intégralement lieu sous le contrôle des parties concernées et la technologie permet de garantir que les bitcoins ne sont pas émis deux fois."

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Dans la foulée de la crise de l’euro, les avantages concrets d’un système financier aussi décentralisé sont douloureusement limpides. En 2013, les épargnants d’une banque chypriote en déroute ont quasiment vu partir en fumée une partie de leur argent. Suite à la crise, on a assisté à une ruée sur les banques. Le bitcoin en a profité.

En outre, la crypto-monnaie détenue dans un portefeuille numérique ne peut être confisquée, car seul le propriétaire y a accès. Les incertitudes politiques se trouvent d’ailleurs à la base de la récente hausse des monnaies virtuelles. Ce n’est pas un hasard si celles-ci sont populaires dans les pays financièrement instables comme le Venezuela et l’Argentine. En Chine, certains essaient de contourner les contrôles des capitaux en recourant au bitcoin.

Depuis la naissance du bitcoin en 2009, les devises virtuelles prolifèrent. La technologie blockchain est d’ailleurs accessible à tous: il suffit d’une petite modification de code, et vous disposez d’une nouvelle monnaie.

Ether et ripple

L’ether fait partie des monnaies qui occupent le devant de la scène. En trois mois, sa valeur a augmenté de 1.450%. Elle est surtout célèbre à cause de son potentiel en matière de "contrats intelligents" (smart contracts). La technologie qui se trouve derrière l’ether contrôle si les conditions du contrat sont remplies et effectue ensuite le paiement automatiquement. Une fois de plus, les intermédiaires ne sont pas de la partie. Le ripple est une autre monnaie populaire: en trois mois, sa valeur a été multipliée par 45.

Mais l’argent virtuel réussira-t-il à s’imposer en tant que moyen de paiement? Le Japon a récemment reconnu le bitcoin comme moyen de paiement légal, ce qui a dopé son cours.

"Les investissements en bitcoins ne tombent pas sous la garantie des 100.000 euros, qui s’applique aux comptes bancaires électroniques."
FSMA

"Il existe encore de nombreux obstacles au niveau fiscal, explique l’avocat d’affaires Thomas Spaas, également président de la Belgian Bitcoin Association. Il y a peu, la Cour de Justice européenne a reconnu le bitcoin comme moyen de paiement légal. Aucune TVA n’est due lors de l’achat et de la vente de bitcoins. Cela donne de l’espoir sur le plan de la protection juridique des investisseurs en bitcoins en cas de vol ou de fraude. Mais il en faudra beaucoup plus pour faire vaciller la solide position de l’argent traditionnel."

Le bitcoin a peut-être un avenir plus radieux en tant qu’"or numérique". Le nombre maximum de bitcoins en circulation est fixé à environ 21 millions. De ce fait, on ne peut en créer indéfiniment, comme c’est le cas des banques nationales qui peuvent faire tourner la planche à billets traditionnels. Le bitcoin est donc protégé contre l’inflation, et conserve en principe sa valeur, tout comme l’or.

Malgré tout, il vaut mieux y réfléchir à deux fois avant d’investir en bitcoins. L’autorité de contrôle belge, la FSMA, met en garde contre les limites de la protection des investisseurs. "Les investissements en bitcoins ne tombent pas sous la garantie des 100.000 euros, qui s’applique aux comptes bancaires électroniques", nous explique-t-on. Les plateformes de négociation en bitcoins ont déjà été piratées à plusieurs reprises, provoquant de lourdes pertes chez les investisseurs. Par ailleurs, les obstacles pratiques sont légion. Par exemple, il faut du temps pour obtenir la confirmation d’une transaction.

La plupart sont cependant d’accord pour dire que la valorisation actuelle du bitcoin n’est pas tenable à terme. Tuur Demeester, investisseur de la première heure, met en garde contre des investissements irrationnels. "Je vois aujourd’hui beaucoup d’investisseurs se jeter sur le bitcoin alors qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment ses rouages, estime-t-il. On ne pourra pas éviter une correction."

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