Les investisseurs ne veulent pas de la taxe sur les plus-values

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Plus d’un investisseur belge sur trois, selon notre enquête, reconnaît avoir changé de comportement pour contourner la hausse du précompte mobilier.

80% des investisseurs se disent opposés à l’introduction d’une taxe sur les plus-values, même si elle s’inscrit dans le cadre d’un tax shift qui prévoit de réduire l’impôt des sociétés. C’est ce qui ressort de la quatrième édition de l’enquête "La voix de l’actionnaire" de L’Echo, du Tijd et de Deminor, un cabinet-conseil spécialisé dans la défense des intérêts des actionnaires et en gouvernance des entreprises. Près de 6.200 personnes ont participé à l’enquête. 62% d’entre elles se définissent comme investisseurs actifs.

Si le gouvernement décide malgré tout de concrétiser cette taxe, seuls 4% des participants estiment que les plus-values doivent toujours être taxées. 25% indiquent qu’ils pourraient l’accepter à condition que les plus-values réalisées sur des actions détenues un an au moins soient immunisées. La plupart des participants à l’enquête détiennent généralement leurs actions pendant une durée de 1 à 5 ans.

"Les investisseurs n'ont pas encore digéré la hausse du précompte mobilier."
Pierre Nothomb
Associé chez Deminor

L’opposition à ce projet de taxe sur les plus-values n’a jamais été aussi importante depuis le début de nos enquêtes. Il y a deux ans, 36% des personnes interrogées se disaient prêtes à accepter une taxe sur les plus-values à condition qu’elle s’inscrive dans le cadre d’un tax shift plus large. "Mais depuis lors, le gouvernement a introduit la taxe sur la spéculation, pour la supprimer aussitôt, après qu’elle eut provoqué plus de frais que de revenus et ait asséché les échanges boursiers. Cette taxe sur la plus-value s’est révélée un flop, explique Pierre Nothomb, associé chez Deminor. Les investisseurs envoient de cette façon un signal clair aux partis de la majorité gouvernementale qui souhaitent conditionner la baisse de l’impôt des sociétés à l’introduction d’une taxe sur les plus-values. Les petits investisseurs craignent de devoir payer pour ce tax shift. Et ce, alors qu’ils n’ont pas encore digéré la hausse du précompte mobilier, qui est passé à 30%."

La hausse du précompte ne passe pas

Pas moins de 36% des participants à l’enquête déclarent avoir modifié leur comportement suite à la hausse du précompte mobilier. Depuis le 1er janvier 2017, les investisseurs doivent en effet payer 30% (au lieu de 27%) de précompte sur les coupons, dividendes et autres revenus de l’épargne, à l’exception du compte d’épargne réglementé. Il n’y a pas si longtemps, ce taux était de 21%, voire même de 15% lorsque les investisseurs détenaient des "strips VVPR", donnant droit à un précompte réduit sur les dividendes de certaines actions.

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Parmi ceux qui ont opté pour une stratégie d’évitement, 42% indiquent s’être tournés vers des investissements alternatifs. 12% envisagent d’élargir leur portefeuille via des actifs "physiques" tels que le vin, les montres de luxe, les voitures de collection ou l’art. 15% ont acheté de l’or, et 35% ont réduit leurs investissements en actions à dividende élevé. 18% ont investi davantage d’argent sur le compte d’épargne (fiscalement avantageux).

"Nous voyons clairement que la courbe de Laffer s’applique ici, explique Pierre Nothomb. L’économiste américain Arthur Laffer soutient que lorsqu’un gouvernement augmente les impôts au point que les contribuables adaptent leur comportement, il perçoit moins d’impôts qu’auparavant. En résumé: trop d’impôt tue l’impôt! Le ministre des Finances Johan Van Overtveldt a lui aussi déclaré récemment qu’avec ces hausses d’impôts, on pouvait dire sans se tromper que le gouvernement se tirait une balle dans le pied. Nous remarquons par ailleurs que certaines entreprises essaient d’éviter l’impôt en rachetant leurs actions au lieu d’augmenter le dividende."

La suppression d’une taxe peut a contrario avoir des conséquences positives. "L’introduction de la taxe sur la spéculation avait fait baisser drastiquement les échanges d’actions des petites et moyennes capitalisations. Depuis la suppression de la taxe en début d’année, les actionnaires ont retrouvé le chemin de ces actions. Pas moins de 35% des participants à l’enquête déclarent avoir à nouveau jeté leur dévolu sur de petites et moyennes capitalisations", explique Louis Lannoy, un des conseillers de Deminor.

Seule une personne sur quatre considère que ses décisions d’investissement sont influencées par la géopolitique. "Les investisseurs accordent davantage d’importance à l’économie et à la santé des entreprises, et c’est une bonne chose", estime Pierre Nothomb.

L’enquête révèle également que les Belges ont toujours une brique dans le ventre. Près d’un tiers des participants a investi dans de l’immobilier coté cette année ou l’an dernier, et 16% indiquent avoir acheté de l’immobilier physique.

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