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Les marchés balancent entre les années 20 et les années 70

Le pétrole a atteint aux USA le niveau de 80 dollars le baril, le plus haut niveau depuis 2014. ©Bloomberg

Les marchés boursiers veulent toujours croire au scénario rose des "roaring twenties" où l'économie va rebondir et où l'inflation va progressivement se tasser. Mais plusieurs économistes de renom agitent le spectre des années 70.

Souvenez-vous: au début de cette année, on évoquait abondamment les nouvelles "années 20 rugissantes" (les "roaring twenties"). La sortie attendue de la pandémie grâce aux vaccins, les développements technologiques et l’investiture de Joe Biden aux USA allaient ouvrir une nouvelle ère, similaire aux années 1920, lorsque le monde sortait de la guerre et de la grippe espagnole.

Si le pétrole a effectivement doublé en l’espace d’un an pour atteindre quelque 80 dollars le baril, il faut rappeler aussi qu’il était tombé à 10 dollars au début de la pandémie en 2020.

En l’espace de quelques mois, ce sentiment d’euphorie est quelque peu retombé. À tel point que le mot "stagflation" a fait son retour chez divers économistes. Ce ne sont plus les années 1920 qui seraient dans le viseur mais bien les années 1970, avec leur mélange de stagnation économique et de hausse de l’inflation! Sur les marchés financiers, on a l’habitude de jouer aux montagnes russes en termes d’émotions et plus encore de cotations. On l’a encore vu cette semaine avec l’explosion des prix du gaz (avec des mouvements dignes du bitcoin!) et la montée des prix du pétrole. Ces derniers ont atteint à New York leur plus haut niveau depuis 2014 après la décision de l’Opep+ de maintenir sa production. Les membres du cartel élargi des producteurs n’ont pas répondu aux attentes de certains pays consommateurs d’ouvrir davantage le robinet pour faire baisser la pression sur les prix.

Si le pétrole a effectivement doublé en l’espace d’un an pour atteindre quelque 80 dollars le baril, il faut rappeler aussi qu’il était tombé à 10 dollars au début de la pandémie en 2020. Sur certains contrats, le cours du brut était même tombé en négatif! Par ailleurs, les cours actuels restent encore à distance des 147 dollars atteints en juillet 2008.

En évoquant le cartel de l’Opep, on est forcément tenté de faire le rapprochement avec la crise de 1973 lorsque le monde connaissait son premier choc pétrolier. L’embargo décrété par l’Opep allait provoquer à l'époque un quadruplement des cours du brut, de 2,90 dollars avant l'embargo à 11,65 dollars en janvier 1974. Un choc pour l’économie et pour tous ceux qui pensaient que le pétrole resterait bon marché à tout jamais. La hausse du pétrole allait provoquer une spirale inflationniste et le marché boursier n'allait pas en sortir indemne, l'indice américain S&P 500 chutant de 48% entre janvier 1973 et octobre 1974.

Similitudes troublantes

Kenneth Rogoff, l'ancien économiste en chef du FMI, souligne que la longue liste des similitudes entre les années 1970 et la période actuelle devient pour le moins troublante. À commencer, dit-il, par ce désastreux retrait américain de l'Afghanistan qui fait penser au Vietnam des années 70. Du côté de l’offre, si les années 70 ont été effectivement marquées par le choc pétrolier, aujourd’hui le retour du protectionnisme et les problèmes dans les chaînes mondiales d’approvisionnement et les pénuries diverses (semi-conducteurs...) liées à la crise du covid constituent un choc dont les conséquences risquent d’être lourdes.

Surnommé Dr Doom, l'économiste Nouriel Roubini abonde dans le même sens. Les divers chocs d'offre négatifs persistants pourraient provoquer, non plus une légère stagflation comme aujourd'hui, mais une "stagflation totale" avec une croissance beaucoup plus faible et une inflation plus élevée. Plus modéré que Roubini, Mohamed El-Erian, ex-Pimco et conseiller d’Allianz, est un des premiers à avoir pointé des signes de stagflation similaires à ceux des années 1970. Selon lui, la demande, soutenue par toutes les mesures de relance, n'est plus le problème. C'est l'offre qui devient problématique. Ceci alors que sur le plan monétaire, la Federal Reserve américaine aurait dû agir plus vite en réduisant ses achats d’actifs. En retardant son action, la Fed risque de déstabiliser les attentes inflationnistes, venant saper le paradigme qui a poussé les cours des actifs financiers toujours plus haut.

Malgré ces divers avertissements, le marché boursier fait toujours de la résistance. Parfois, il enregistre des trous d'air, surtout dans le chef des actions technologiques, mais globalement, les investisseurs pensent que les banques centrales seront à la hauteur des défis et que le scénario des années 20 rugissantes ne doit pas être abandonné.

Attention néanmoins au contrecoup si les taux américains à 10 ans grimpaient à 1,75%-2% (contre 1,6% actuellement) et si le pétrole se dirigeait vers les 100 dollars. Ce que d'aucuns n'excluent plus dans l'hypothèse d'un hiver très rude. Il va falloir surveiller la météo...  

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