Les sociétés chiffrent l'impact de la guerre commerciale

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Les sociétés dans le monde commencent à chiffrer les dégâts occasionnés sur leurs affaires par la hausse des droits de douane.

En marge de la publication des résultats pour le 2e trimestre, les entreprises sont de plus en plus enclines à mentionner les termes "tarifs douaniers" dans leur communiqué. Selon un décompte effectué le 25 juillet à Wall Street par le site MarketWatch, 70 des 159 sociétés (40%) qui avaient communiqué leurs résultats à cette date se sont trouvées dans ce cas. Toutefois, à peine 42 de ces 70 entreprises ont dit "craindre" un impact négatif de ces tarifs ou avoir subi un "modeste" impact.

Toujours selon MarketWatch, c’est le secteur industriel qui a eu le plus souvent recours au mot "tarif". 24 sociétés sur les 70, soit 30%, l’avaient utilisé. Il est suivi des secteurs financier (15,7%), de la consommation discrétionnaire (12,8%), de la technologie (11,4%), des soins de santé (8,6%) et des matériaux (5,7%), entre autres.

"La hausse des droits de douane devrait coûter à Ford Motor 1,6 milliard de dollars en Amérique du Nord cette année."
Robert Shanks
CFO, Ford Motor

En Europe, l’usage de ce terme parmi les dirigeants d’entreprise tend aussi à se multiplier, alors que la menace de tarifs douaniers plus élevés est loin d’être dissipée. Les patrons sont de plus en plus nombreux à craindre leur application et donc un impact défavorable sur leurs résultats. Il suffit pour s’en convaincre de se référer aux commentaires faits ce jeudi par l’Institut IFO allemand pour justifier la chute de son indicateur du climat des affaires dans la zone euro (de 31,1 à 19,6 points). "Le débat actuel sur les droits de douane et le protectionnisme a conduit à une nette détérioration des prévisions en matières d’exportations."

Les perdants et les autres

Quelles sont les sociétés qui ont le plus à craindre du relèvement des tarifs douaniers? On a déjà eu l’occasion de le souligner: les constructeurs automobiles allemands sont aux avant-postes, avec VW  , Daimler  et BMW  . Mais aussi ceux des Etats-Unis. La hausse des prix des matières premières a coûté 300 millions de USD à General Motors  au 2e trimestre. Le 1er constructeur américain a aussi abaissé ses objectifs pour l’ensemble de son exercice. "La hausse des droits de douane, notamment celle décidée par le président américain sur l’acier et l’aluminium, devrait coûter au constructeur 1,6 milliard de dollars en Amérique du Nord cette année", déclarait il y a 8 jours Robert Shanks, CFO de Ford Motor  . Il n’envisage pas non plus d’augmenter les prix de ses voitures vendues en Chine et importées des USA. Parce que les Chinois pourraient reporter l’achat d’une Maserati alors que les tarifs augmenteront de 40% sur les voitures importées en Chine, Fiat Chrysler   tempère ses objectifs.

Les comptes publiés ces derniers jours par Honeywell  , General Electric   et Stanley Black & Decker , entre autres, font ressortir une hausse des charges en raison, encore et toujours, des droits de douane. SunPower  a déboursé 17 millions de USD pour ces "tarifs" au 1er semestre et compte en dépenser 51 millions au second. Ils impacteront d’au moins 23 millions de USD les bénéfices de Schneider Electric   en 2018. Citons encore, parmi les sociétés qui seront impactées par le relèvement des droits de douane ou des prix des matières premières, Hexcel  , Whirlpool  , Electrolux  , PPG Industries  , Osram  et P&G  .

Les tarifs relevés décidés en Europe en réaction à la hausse des droits de douane sur l’acier aux USA coûteront, eux, 55 millions de USD à Harley-Davidson  . Ceux décidés par la Chine sur les importations américaines (+ 25% sur le soja) affecteront les négociants agro-alimentaires Bunge  et Tyson Foods  .

Parmi les rares gagnants, on trouve Caterpillar , qui fera monter ses prix pour compenser des coûts de matériaux supplémentaires de 100 à 200 millions de USD. Le sidérurgiste Stelco , actif sur le marché canadien essentiellement, bénéficie de la hausse des prix de l’acier. Pour les mêmes motifs, ArcelorMittal   doit, comme l’écrit le New York Times, "compter parmi les rares leaders du monde des affaires à applaudir l’approche commerciale protectionniste du Président Trump". Ce sidérurgiste, qui dispose de sites de production aux USA, a publié mercredi ses meilleurs résultats en 7 ans.

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