Où investir en 2018?

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Les actions devraient offrir un return de 5 à 10% en 2018. La hausse des Bourses ne sera toutefois pas linéaire d’un bout à l’autre de l’année, préviennent certains stratégistes.

La revanche des Bourses de la zone euro en 2018? Tout porte à le penser, à commencer par les toutes récentes prévisions des stratégistes qui n’entrevoient pas de gros nuages à l’horizon des marchés boursiers européens. Leur indice Stoxx 600 n’a pas été en mesure de s’aligner sur les performances de l’indice Dow Jones en 2017. L’indice américain avait amélioré à 71 reprises son record. Le pic du Stoxx 600 remonte toujours par contre au 15 avril 2015, quand il avait clôturé les séances en Europe à 414,06 points. À la veille de ce week-end, il oscillait aux alentours de 396 points. Il pourrait bien cette fois effacer son retard sur le Dow Jones. En partie du moins.

La Bourse de Tokyo n’est pas en reste. Elle reste plébiscitée, même après sa hausse de 19% en 2017. Tout comme les Bourses émergentes qui ont gagné 34% selon l’indice MSCI Emergent.

Quelle stratégie d'investissement pour 2018?

Malgré un carburant plus rare

Ces perspectives plutôt optimistes peuvent étonner, à l’heure où les principales banques centrales au monde ont tendance à resserrer le robinet des liquidités. La banque centrale américaine (Fed) a déjà relevé à 5 reprises son taux directeur depuis décembre 2015. La Banque centrale européenne (BCE) va de son côté commencer dès ce mois de janvier à réduire ses achats d’actifs financiers sur les marchés.

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Pour Christophe Donay, responsable de l’allocation d’actifs et de la recherche macroéconomique chez Pictet Wealth Management (Genève), "la lente normalisation des politiques monétaires ne devrait pas mettre à mal les actifs risqués".

"L’idée que les principales banques centrales du monde deviendront un peu moins accommodantes et injecteront moins de liquidité sur les marchés constitue un risque, reconnaît pour sa part Frédéric Rollin, conseiller en stratégie chez Pictet Asset Management (Paris). Le carburant deviendra plus rare, ce qui exercera il est vrai une pression sur les valorisations des marchés d’actions. Mais, élément rassurant, le risque d’inflation étant faible, les banques centrales auront toujours l’opportunité de remettre les gaz si nécessaire."

Reprise mondiale synchronisée

Pour Maxime Alimi, responsable de la stratégie d’investissement auprès d’AXA Investments Managers, "il est difficile de voir ce qui pourrait casser la dynamique qui a marqué 2017. L’année écoulée a été très bonne sur le plan de la croissance mondiale qui a été synchronisée. La consommation retrouve de la vigueur, le marché du travail s’améliore et les entreprises investissent". La voie apparaît dès lors dégagée pour assister à une poursuite de l’ascension des marchés.

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"Bénéficiant notamment d’une faible volatilité et de valorisations relatives toujours attractives, les actions conservent un potentiel d’appréciation, confirme Steven Vandepitte, stratégiste à la banque ING (Belgique). Les actions devraient encore pouvoir profiter des taux réels négatifs dans les principales zones économiques mondiales. Tant que les taux restent inférieurs au taux de croissance réel, les actions ne devraient pas redouter le risque de récession."

Responsable de la stratégie d’investissement private banking auprès de la Banque Degroof Petercam, Jerôme van der Bruggen estime que "les actions sont de raisonnablement à chèrement valorisées, en fonction de la région. Les actions américaines, en particulier, sont chères dans une perspective historique et selon plusieurs critères de valorisation". Mais, poursuit ce stratégiste, "les actions, en particulier en Europe, restent intéressantes moyennant la sélectivité requise".

Du côté des responsables de l’investissement chez ABN Amro Private Banking, Didier Duret et Richard de Groot observent aussi que "les marchés d’actions paraissent chers. Après un beau parcours de plusieurs années, les rendements futurs escomptés des actions ont en effet diminué. Certains facteurs de soutien vont s’estomper, et nous serons attentifs aux signes d’un revirement de l’environnement de marché". Bien que "dans une moindre mesure" que ces derniers mois, ces stratégistes restent malgré tout optimistes à l’égard des actions. Pourquoi? Parce que "cette année, la croissance plus forte que prévu, la faiblesse persistante de l’inflation et la stabilité financière soutiendront les résultats des sociétés". Les stratèges de JPMorgan-Cazenove évaluent que "les bénéfices des entreprises mondiales croîtront de 12% cette année – la plus forte croissance depuis celle enregistrée 2010 à la faveur d’un environnement économique mondial porteur".

L’été indien

"Si la hausse des indices américains se poursuit jusqu’en juillet prochain et que cette progression se monte à 10%, il s’agira alors de la plus longue et la plus forte hausse en 220 ans d’histoire de la Bourse", relève Philippe Gijsels, chief strategy officer auprès de BNP Paribas Fortis. Depuis le plancher atteint en mars 2009, au pire de la crise financière qui avait entraîné les principales économies dans la récession, l’indice S&P 500 a rebondi de 310%! Aujourd’hui, ce marché haussier est bien valorisé. Aussi, "une correction serait souhaitable et saine si l’on veut poser des bases un peu plus solides pour 2018". Pour autant, insiste Philippe Gijsels, "il est encore trop tôt pour se détourner des actions".

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Quand cette correction pourrait-elle survenir? Les stratégistes de Bank of America-Merrill Lynch ont bien leur petite idée sur le sujet. Estimant que le rallye boursier se poursuivra, ils s’attendent à ce que cette progression ne sera pas linéaire. "Un pic du S&P 500 à 2.863 points est attendu au début de cette année à Wall Street, le Composite du Nasdaq pourrait atteindre les 8.000 points, avant de connaître une correction de 10% ou plus suivie par une croissance plus lente durant le reste de l’année." Candace Browning, la directrice de la recherche de ce groupe bancaire, précise par ailleurs que "nous sommes entrés dans la dernière phase d’un long marché haussier".

Ce sentiment est notamment partagé par Peter Vanden Houte, chef économiste auprès d’ING. "Si le ralentissement conjoncturel devait effectivement se profiler pour 2019, il se pourrait bien que Wall Street connaisse cette année son été indien", craint-il, ajoutant que "les marchés d’actions ont tendance généralement à atteindre un sommet quelques mois avant le début d’une récession." Chez BNP Paribas Fortis, Philippe Gijsels n’écarte pas non plus le risque d’un ralentissement de l’économie américaine en 2019. Si cette perspective devait apparaître plus nettement, "dans ce cas, et puisque les marchés financiers anticipent toujours, le 2e trimestre de 2018 pourrait être plus difficile pour les catégories d’actifs plus risquées".

 

Les prévisions en chiffres

Que peut-on escompter comme rendement en investissant dans les actions? Parmi les quelques stratèges à avoir chiffré leurs anticipations, Maxime Alimi voit les marchés d’actions mondiaux monter "avec des bénéfices en hausse de 10% pour les entreprises dans le monde, on peut tabler sur une hausse comprise entre 5 et 10% des actions" en 2018. L’indice MSCI World avait gagné 20% l’an passé.

4-10%
Prévisions
Les analystes prévoient un rendement entre 4 et 10% en investissant dans les actions en 2018.

Si l’on sait que les Bourses montent d’ordinaire à peu près dans la même proportion que la croissance des bénéfices réalisés par les entreprises, les prévisions de la plupart des stratégistes concernant l’évolution des indices ne devraient guère s’éloigner de celles faites par le stratégiste d’AXA IM. Frédéric Rollin (Pictet AM) table sur une progression de 10% en moyenne des profits, et Jerôme van der Bruggen (Degroof Petercam) de 9,1%. Les stratégistes de Goldman Sachs tablent sur une croissance de 10% des profits en Europe.

Comptant parmi les stratégistes les moins optimistes, ceux de la banque britannique HSBC ne voient qu’"un potentiel de hausse limité de 4% sur les actions européennes, alors que l’environnement économique et de politique monétaire devrait devenir moins favorable". Ils disent aussi s’inquiéter d’un risque de déception sur la croissance bénéficiaire en Europe, que le consensus porte à 11%.

Selon les stratégistes sondés par Bloomberg, on peut espérer voir l’indice Stoxx 600 achever 2018 à un niveau compris entre 385 points (SocGen) et 440 points (UBS). Pour l’Euro Stoxx 50, la fourchette va de 3.500 points (Deutsche Bank) à 4.000 points (DZ Bank). En ce qui concerne l’indice S&P 500 de la Bourse de New York, son niveau de clôture estimé pour 2018 va de 2.650 points (HSBC) à 3.100 points (Canaccord).

Les thèmes à investir

En raison de leur performance enregistrée en 2017, force est de constater que les grosses pointures du gabarit de Google , Apple ou Amazon notamment ne semblent plus vraiment avoir la cote auprès des professionnels de la gestion. Même si comme l’indique Maxime Alimi (AXA IM), "leurs valorisations sont justifiées en regard des résultats que réalisent ces sociétés". Pour Steven Vandepitte (ING), les actions susceptibles de se distinguer sont plutôt "à rechercher du côté des valeurs plus cycliques" que l’on trouve sur les marchés émergents ou celui de Tokyo qui reste relativement bon marché. "Quant aux secteurs tirant le plus de profit d’une conjoncture dynamique, ceux de la technologie, des matériaux de construction, l’énergie et les biens de consommation durables offrent du potentiel", avance-t-il.

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Didier Duret propose de son côté d’investir "dans des secteurs légèrement procycliques, susceptibles de bénéficier du dynamisme de la croissance". Il cite l’industrie et les biens de consommation cycliques exposés à la hausse de la consommation et des dépenses d’investissement. Ce responsable de l’investissement chez ABN Amro Private Banking indique qu’"il faudra trouver un équilibre entre les actions exposées au développement durable, à la consommation des marchés émergents et les entreprises innovantes dans les technologies ou les services de connexion". L’internet interconnecté, son tout dernier thème, est basé sur l’internet industriel des objets. "Cette tendance s’observe de plus en plus dans le secteur manufacturier, avec le recours croissant aux capteurs, aux robots, à l’automatisation et à la cybersécurité", explique-t-il, ajoutant que "ces innovations peuvent réduire les coûts de maintenance, optimiser la production et absorber les fluctuations de la demande". À son sens, Didier Duret pense que ce thème prendra tout son sens en 2018.

Philippe Gijsels suggère de miser sur certains thèmes de "fin de cycle économique" tels que les actions sous-évaluées. "Sans négliger, souligne-t-il aussi, les tendances à plus long terme comme la robotique, la sécurité sur internet, le réchauffement mondial, le bien-être et la santé, ou encore les investissements responsables et durables." Des thématiques chères encore à Frédéric Rollin (Pictet AM). Ce dernier reconnaît que les valorisations à Wall Street sont globalement élevées. Cela dit, c’est quand même "la place américaine qui fournit l’essentiel des actions biotechs" qui garnissent les fonds de la banque suisse. "Elles peuvent constituer une opportunité, dans la mesure où elles ont souffert des menaces de limitation de prix lors de la campagne électorale de Donald Trump, et d’une année décevante sur le plan des approbations des nouveaux médicaments, justifie Frédéric Rollin. Pour l’Europe, on privilégie d’autres types d’actions, comme le luxe par exemple."

Chères obligations

Concernant les obligations, la plupart des stratégistes s’accordent pour avancer qu’elles sont chères dans un environnement où les taux longs s’apprêtent à remonter. "La normalisation de la politique monétaire ne devrait néanmoins pas entraîner une augmentation sensible des taux des obligations à long terme", estime Jerôme van der Bruggen. Les stratégistes qui se sont exprimés sur ce point voient le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans camper entre 2,70% et 3% d’ici la fin de cette année, et celui du Bund allemand approcher les 0,9%. Ils évoluent actuellement aux alentours de 2,45% et de 0,43% respectivement. Pour Maxime Alimi, les taux remonteront vers la fin de cette année. "Mais, s’empresse-t-il d’ajouter, la hausse ne sera pas linéaire. Elle se fera par étage."

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Jerôme van der Bruggen propose dans cet environnement de taux qui resteront bas donc, les obligations d’entreprises de première qualité (investment grade) en euros. Elles offrent un petit surcroît de rendement et des durées souvent inférieures à celles des obligations d’État d’une part, et les obligations liées à l’inflation internationale d’autre part, surtout aux Etats-Unis.

"Avec un rendement moyen d’à peine 1,6%, les obligations mondiales, qu’elles soient émises par les États ou les entreprises, sous-évaluent le risque d’inflation et de remontée des taux d’intérêt, affirme de son côté Steven Vandepitte. Dans ce contexte, mieux vaut, à l’exception des obligations indexées sur l’inflation, privilégier les titres à revenu variable aux titres à revenu fixe."

Prévisions macroéconomiques

Les stratégistes boursiers ont fondé leurs prévisions sur celles, en général favorables, des économistes concernant la croissance des économies dans le monde. Celle-ci devrait s’élever cette année entre 3 et 3,5%. Aux Etats-Unis, elle sera comprise entre 2,2% et 2,5%, voire approchera les 3% pour ING. Dans la zone euro, elle se situera entre 1,9% et 2,3%.

"Jamais, depuis la grande récession (2007-2012), l’économie mondiale n’a été aussi dynamique, portée par le rebond de l’activité dans les pays exportateurs de matières premières, par la croissance toujours élevée des pays émergents d’Asie et par la reprise dans la zone euro, constate Anton Brender, chef économiste chez Candriam Investor Group. Certes, le rythme actuel reste nettement inférieur aux 5% observés au milieu des années 2000, mais entre-temps la crise financière a, un peu partout, affaibli les potentiels de croissance."

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Pour la Belgique, la croissance économique sera pour la 4e année consécutive sous la moyenne de la zone euro. De 1,7% estime Geert Gielens, chef économiste chez Belfius. De 1,9% pour Peter Vanden Houte. Selon le chef économiste d’ING, le retard accumulé par la Belgique s’explique par le fait que "la plupart des autres pays européens ont traversé une crise plus forte que la Belgique, ce qui justifie à présent un mouvement de rattrapage. Par ailleurs, la Belgique se voit contrainte à davantage d’efforts sur le plan budgétaire, ce qui n’est pas sans effet sur la croissance. Enfin, la politique de taux bas de la BCE bénéficie moins à la Belgique et son fort excès d’épargne, qu’aux autres pays de la zone euro".

Hausse des taux américains

Sur le plan monétaire, les économistes misent sur 2 à 3 hausses du taux directeur de la Réserve fédérale américaine (Fed). La BCE, qui abaissera de 60 milliards à 30 milliards d’euros le montant mensuel de ses achats d’actifs financiers dès ce mois-ci, ne devrait pas rehausser ses taux directeurs avant la mi-2019.

"Le dollar peut bénéficier de la forte croissance et des taux plus élevés à court terme, avance Peter Vanden Houte. Toutefois, le fait que les USA se trouvent déjà plus loin dans leur cycle conjoncturel devrait résulter en un dollar plus faible qu’il y a un mois au terme de cette année." Début décembre, l’euro valait 1,18 dollar contre 1,20 actuellement. Chez BNP Paribas Fortis, Koen De Leus s’attend à ce que la monnaie européenne se dirige vers le seuil de 1,26 dollar.

L’or comme assurance

• La difficulté de l’Allemagne à se constituer un nouveau gouvernement,
• Les dérives indépendantistes de la Catalogne,
• Les élections qui vont se dérouler prochainement en Italie,
• La menace nucléaire coréenne,
• Le Brexit.

Voici quelques-uns des facteurs susceptibles de faire douter les investisseurs dans les mois à venir. Mais parce que ceux-ci se focalisent avant tout pour le moment sur les nouvelles macroéconomiques enthousiasmantes, ces questions sont reléguées au second plan, voire considérées comme n’étant pas majeures.

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Pour Hans Bevers, chef économiste chez Degroof Petercam, la Chine, qui affiche un taux d’endettement de 230% par rapport à son PIB, "constitue le plus gros risque". L’économiste estime cependant que le pays détient des atouts. "Du fait de ses importantes réserves de changes, elle a les moyens pour faire en sorte d’éviter une crise." Même constat chez Pictet AM, où Frédéric Rollin pense que "la Chine dispose de la capacité à gérer cette situation à long terme, en raison de sa qualité de banquier du monde".

Pour le chef économiste de BNP Paribas Fortis, Koen De Leus, le risque substantiel réside dans la hausse de l’inflation. "Tous les signes pointent vers un scénario comportant un risque réel d’augmentation du taux d’inflation. L’accélération de l’inflation qui est apparue fin 2016 devrait normalement se faire sentir cette année. Dans de nombreux pays, l’écart de production (négatif) s’atténue peu à peu, l’occupation de la capacité a fortement augmenté et, dans certains marchés, il y a pénurie de l’emploi." Dans l’ensemble, les stratégistes pointent une inflation de plus ou moins 2% aux Etats-Unis, tandis qu’elle resterait inférieure à 1,5% dans la zone euro.

Un autre risque, ajoute encore Koen De Leus, mais il concerne un terme plus lointain, "réside dans le renforcement des extrêmes au sein de la population aux Etats-Unis, alimenté par la politique de Donald Trump". La réforme fiscale avantage quasi exclusivement la classe déjà aisée, tandis qu’elle laisse sur le côté les Américains les plus pauvres. "On est en train de retrouver, résume-t-il, des niveaux d’inégalités que l’on connaissait avant la Seconde Guerre mondiale. Cela risque de constituer le plus grand défi des prochaines années."

Pour se couvrir des turbulences qui peuvent survenir sur les marchés, certains stratégistes suggèrent de dédier une petite partie de son portefeuille à l’or physique. En particulier chez Degroof Petercam et BNP Paribas Fortis Private Banking. "C’est précisément au moment où tout le monde pense pouvoir se passer d’assurance qu’on en a justement besoin…", souligne Philippe Gijsels qui note encore que le métal jaune constitue un thème de fin de cycle également.

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