Quand les manifestations démocratiques bousculent la bourse

À Hong Kong, les revendications des manifestants ne concernent pas les questions économiques ou d’inégalité sociale, mais sont plutôt relatives aux principes démocratiques. ©REUTERS

L'année 2019 vue par Bernard Keppenne, chef économiste de CBC.

À quelques jours de la fin de l’année et des bilans boursiers, la piètre performance de la Bourse de Hong Kong se démarque nettement des autres places boursières asiatiques (+7,73% contre +21,19% pour Shanghai au 18 décembre).

Si, comme toutes les autres, elle a été impactée par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, c’est évidemment un facteur endogène qui explique cette sous-performance, celui des manifestations qui ont animé Hong Kong ces derniers mois. Rarement un mouvement à la base démocratique ne s’est révélé aussi bousculant pour un pays, au propre comme au figuré.

L’économie d’Hong Kong fragilisée

La bourse est en général le reflet de l’état de l’économie et de la santé de ses entreprises. Et, en l’occurrence, l’économie de Hong Kong a été durement touchée par les manifestations. En observant l’indice PMI composite du mois de novembre, on constate que ce dernier est tombé à son niveau le plus bas depuis 2003, au moment de l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère).

Il faut dire que les ventes de détail au mois d’octobre affichent un recul de -24,3% sur un an et que le flux touristique a plongé de -44% sur la même période. Sur base de cet indice PMI composite, l'économie de Hong Kong pourrait connaître une contraction d’environ 5% de son PIB au quatrième trimestre, après avoir affiché un recul de -0,4% au deuxième trimestre et de -3,2% au troisième trimestre.

Sacrifier un modèle de croissance au nom de la démocratie

Mais au-delà des chiffres, l’élément sans doute le plus marquant est de constater qu’une partie de la population (et en particulier les jeunes) s’est montrée prête à sacrifier un modèle de croissance pour défendre des valeurs démocratiques.

Quand on observe les revendications des manifestants, aucune ne concerne une question économique ou d’inégalité sociale. Ce mouvement n’a donc rien à voir avec la crise des "gilets jaunes" ou la contestation au Liban par rapport au pouvoir politique, ou encore avec les manifestations contre les inégalités au Chili. Il ne s’agit pas ici de contester le bienfondé de ces manifestations, mais de souligner la différence dans les revendications. Et si l’on résume donc le motif de ces revendications, ces dernières reposent sur le départ de Carrie Lam, le suffrage universel pour l’élection du chef de l’exécutif, une enquête indépendante sur les violences policières et la libération des manifestants arrêtés.

Basculement des valeurs

Il faudra donc à l’avenir tenir compte de ce nouvel élément, de la démocratie en tant que telle, quand on souhaite investir.

Privilège des riches, étant donnée la santé économique de Hong Kong, pourrait-on rétorquer. Mais plus fondamentalement, un basculement des valeurs, sommes-nous amenés à penser. Un basculement dont il faudra tenir compte à l’avenir car ces revendications expriment un profond changement. Car si, jusqu’à présent, les investisseurs regardaient avec beaucoup de suspicion les pays confrontés à des systèmes dictatoriaux ou inégalitaires, ils n’avaient nullement pris en considération un souhait de plus de démocratie.

Il faudra donc à l’avenir tenir compte de ce nouvel élément, de la démocratie en tant que telle, quand on souhaite investir. Et à l’heure de l’investissement socialement responsable, ce critère prend encore plus de sens. Ces manifestations pour plus de démocratie ont donc bousculé l’économie du pays et fait chanceler la bourse, façon de rappeler que l’économie n’est pas tout et qu’à elle seule, elle ne peut pas contribuer à la prospérité d’un pays.

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