Vous aviez investi en "bons Leterme": et maintenant, que faire?

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Plus de deux milliards d’euros vont revenir aux détenteurs du bon d’État Leterme. Les banques s’activent pour capter cette manne. Le nouveau bon d’État séduira-t-il?

Cette année, la Saint-Nicolas sera particulièrement fastueuse pour beaucoup d’investisseurs belges. Le 4 décembre prochain, ceux qui avaient investi dans le bon d’État à cinq ans en décembre 2011 vont en effet toucher leur capital et leur dernier coupon, de 4%.

En tout, plus de 2 milliards d’euros vont tomber dans la poche des investisseurs lors de l’arrivée à maturité de ce "bon d’État Leterme". Ce surnom provient de l’appel solennel qu’avait lancé le Premier ministre de l’époque, Yves Leterme, pour exhorter les particuliers à soulager les finances publiques en participant au refinancement de la dette publique, alors que les taux de l’État belge grimpaient en flèche sur le marché des obligations, ce qui rendait le financement auprès des investisseurs institutionnels extrêmement onéreux. Cet appel avait été entendu: les citoyens belges avaient investi plus de 5,7 milliards d’euros dans les bons d’État durant la campagne de souscription, ce qui reste le plus gros succès de cet emprunt public à ce jour.

Un encours encore très élevé

Sur ce montant, environ un milliard d’euros avaient été répartis par les investisseurs entre les bons d’État à trois et huit ans. Les titres à cinq ans avaient quant à eux attiré le gros des placements, à savoir 4,715 milliards d’euros. Au cours des cinq dernières années, les détenteurs de ces bons en ont revendu une bonne partie sur le marché, à concurrence de 2,708 milliards d’euros. Les banques ont conseillé à leurs clients de prendre leurs bénéfices. Il est vrai que le cours du bon Leterme affichait une hausse de 13,5% fin 2012… "Nous avons incité nos clients à acter leur plus-value sur ces bons en proposant des réinvestissements adaptés à leur profil de risque", explique-t-on chez CBC et KBC. "Actuellement, l’encours de cet emprunt chez nous ne s’élève plus qu’à 24% de l’encours initial."

"Nous écrivons aux clients à chaque échéance mais là, nous y avons consacré un peu plus d’attention."
Wim D’Haese
responsable du conseil en investissement chez Deutsche Bank Belgique

Le Trésor public, obligé d’assurer la liquidité du marché, a racheté les titres aux particuliers qui souhaitaient vendre. Si bien qu’aujourd’hui, l’encours total du bon d’État Leterme à cinq ans ne représente plus "que" 2,007 milliards d’euros, selon les statistiques officielles de l’Agence de la dette.

 

Donc, que faire?

Cette somme tout de même encore très rondelette attise bien des convoitises… À commencer par celles de l’État belge lui-même, qui vient de lancer jeudi dernier une campagne de souscription en faveur du nouveau bon d’État. "Nous espérons bénéficier d’un certain effet de l’arrivée à échéance du bon d’État Leterme", confie Jean Deboutte, directeur à l’Agence de la dette. "Nous n’avons jamais eu un aussi gros volume à l’échéance d’un bon d’État. C’est une situation atypique. Il est difficile de prévoir dans quelle mesure les particuliers réinvestiront dans les bons d’État. On peut peut-être espérer un petit résultat."

Mais le nouveau bon d’État proposé au public est beaucoup moins séduisant que son ancêtre "Leterme". Sa maturité est fixée à dix ans, contre cinq ans pour le bon Leterme. Son coupon rapportera 0,60% brut, contre 4%. Et le précompte mobilier sera de 30% (puisqu’il passera de 27% à 30% en janvier), alors que le bon Leterme avait bénéficié d’un précompte réduit à 15%, un incitant supplémentaire pour les investisseurs de l’époque.

Avec un taux d’intérêt net de 0,42% au lieu des 3,4% du bon Leterme, le nouveau bon d’État séduira-t-il? "Ce n’est peut-être pas énorme mais c’est plus rémunérateur que beaucoup de comptes d’épargne", indique Jean Deboutte, en omettant que les livrets peuvent faire l’objet de retraits à tout moment, tandis que le bon d’État à dix ans implique de se séparer de la somme investie pour longtemps. Lors du premier jour de souscription, jeudi, le bon d’État a récolté 627.300 euros, a annoncé le Trésor public vendredi.

Les banques donnent des idées

Mais dans les banques, on s’active pour convaincre les investisseurs qu’ils feront de meilleures affaires en réinvestissant leur bon Leterme dans des placements maison. "Nous avons déjà envoyé un courrier aux clients qui détiennent ce bon en portefeuille", explique Wim D’Haese, responsable du conseil en investissement chez Deutsche Bank Belgique. "L’encours du bon Leterme est élevé; ça valait donc la peine. Nous écrivons aux clients à chaque échéance mais là, nous y avons consacré un peu plus d’attention."

Et que conseille Deutsche Bank? "Tout dépend du profil de risque du client. Celui qui réclame une certaine sécurité tout en cherchant du rendement pourra opter pour un produit structuré à capital garanti. Celui qui est prêt à risquer le capital sera plutôt dirigé vers des fonds mixtes flexibles, qui ont pour objectif de limiter les risques en cas de baisse des marchés et de capter la performance en cas de hausse."

Les institutions financières ne ménagent pas leurs efforts pour grappiller leur part du bon Leterme. "Nous contacterons, dans la mesure du possible, tous nos clients qui ont acheté un bon d’État Leterme pour leur proposer un rendez-vous afin d’ examiner avec eux les différentes possibilités de réinvestissement", explique-t-on chez bpost bank.

"Se tourner vers le risque"

"Nous invitons les clients concernés à passer en agence, ce que nous faisons d’ailleurs toujours lors d’échéances importantes", dit-on chez Belfius, où les clients qui fuient les risques sont orientés vers les comptes d’épargne, les bons de caisse, les obligations en euro, les produits avec garantie du capital ou encore l’assurance épargne. "Quant aux investisseurs désireux d’obtenir un rendement plus élevé, ils doivent, dans les conditions actuelles du marché, se tourner vers des investissements plus risqués", ajoute Belfius qui propose à cet égard des fonds obligataires, des obligations en devises étrangères telles que la couronne norvégienne ou le dollar néo-zélandais, ou encore une assurance-vie de la Branche 23, liée à un panier d’actifs cotés en Bourse.

Chez Argenta, les agents contactent les clients détenteurs de bons Leterme par différents canaux: téléphone, lettre, courriel ou encore entretien personnel. Comme alternative au bon d’État, la banque signale que "les dépôts à terme offrent actuellement la possibilité d’obtenir un rendement plus élevé que celui d’un bon d’État." Et si on veut plus de rendement? "La combinaison de fonds d’investissement et de dépôts à terme peut également s’avérer intéressante", répond Argenta. "Le client profite ainsi d’un placement sûr et d’un rendement supplémentaire potentiel." La banque évoque aussi la possibilité de combiner une assurance-vie de la Branche 21, où le capital et un taux d’intérêt sont garantis, avec un produit de la Branche 23.

Chez Crelan, "ce sont les agents qui contactent les clients" pour évoquer le réinvestissement du bon Leterme, explique le porte-parole de la banque. "En général, nous remarquons un intérêt accru pour des fonds de placements défensifs avec un portefeuille mixte. Compte tenu des taux bas, on peut envisager de prendre un peu plus de risques pour éventuellement obtenir un rendement plus élevé, mais toujours en concordance avec le profil du client. Pour les profils très défensifs, nous avons aussi notre gamme de bons de caisse et de comptes à terme."

Le livret, en attendant mieux

Chez Axa, on insiste sur la recherche d’un bon équilibre risque/rendement. Pour cela, il faut "diversifier les placements", explique la porte-parole de la banque. De plus, "partant du raisonnement que les taux d’intérêt vont sans doute augmenter ces prochaines années et que les prix des obligations pourraient baisser, une meilleure répartition entre les différentes classes d’actifs est certainement indiquée. Ce qui est possible également via un plan de placement, afin de répartir le risque dans le temps aussi."

Comme KBC et CBC ont déjà conseillé à leurs clients de vendre le bon Leterme préalablement, ces deux enseignes n’ont pas prévu de communication spécifique à l’approche de l’échéance de ce bon d’État. "Cependant, comme pour toute autre échéance, nos conseillers suivent de près les portefeuilles de leurs clients et avertissent ces derniers de l’échéance de l’obligation." Ici aussi, le conseil est de diversifier l’investissement avec, pour ceux qui "disposent encore d’une marge de risque", la possibilité d’aller vers des "positions actions".

Chez BNP Paribas Fortis, où l’on met en avant les fonds de placement, les produits structurés avec et sans garantie du capital et les placements de la Branche 21 comme alternative au bon Leterme, le processus de conseil est même automatisé: "Pour les conseillers en placements, nous avons développé une matrice de réinvestissement des bons Leterme", explique la porte-parole. "Celle-ci compare ces bons d’État à échéance avec plusieurs produits de notre étalage, notamment sur les aspects de la protection du capital, du rendement, de l’horizon d’investissement, de la fiscalité, etc."

CPH a choisi d’avertir ses clients de l’échéance du bon Leterme par courrier. "Nous laissons à nos clients le choix de réinvestir comme ils le souhaitent; ils disposent de toute l’information pour ce faire", précise la banque.

Quant à savoir si les détenteurs de bons Leterme ont arrêté leur choix, "je n’y ai pas encore réfléchi", explique l’un d’eux. "Ca dépendra de la situation des marchés. J’attendrai des opportunités, vraisemblablement en Bourse, si on veut trouver du rendement… Sinon, je privilégierai le carnet de dépôt, comme position d’attente."

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