Après Wall Street, la Bourse de Tokyo a plongé

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L'indice vedette Nikkei a ouvert sur une chute de plus de 3%. Ce recul s'est accentué au fil de la matinée pour atteindre plus de 5% à la clôture. L'indice a donc perdu plus de 20% depuis octobre.

La nervosité de Wall Street gagnait ce mardi la Bourse de Tokyo, qui lâchait plus de 5% à la mi-journée après un week-end prolongé, les investisseurs prenant peur face aux multiples incertitudes politiques et économiques aux Etats-Unis.

L'indice vedette Nikkei a ouvert d'emblée sur une chute de plus de 3%, et le recul s'est accentué au fil de la matinée pour atteindre plus de 5%, soit une dégringolade de plus de 1.000 points, inédite depuis le 6 février 2018. Il affichait -5,01% en clôture.

L'indice Nikkei a perdu 975,44 points (-4,84%) à 19.190,75 points et le Topix, plus large, a cédé 72,64 points (-4,88%) à 1.415,55 points.

Le Nikkey est ponctuellement tombé à 19.138,88 points, son niveau le plus faible depuis avril 2017, sur fond de net renforcement du yen, valeur refuge, ce qui dessert les groupes exportateurs.

Le Nikkei était pourtant monté à près de 25.000 points début octobre, et a donc perdu plus de 20% depuis cette date. Cette contre-performance fait entrer l'indice dans la catégorie du "marché déprimé", ou "bear market", en référence à l'ours, symbole d'un marché démoralisé, tout comme le Nasdaq vendredi à New York.

"Je ne m'attendais pas à ce que le marché s'effondre autant", a commenté Makoto Sengoku, analyste à l'institut de recherche Tokai Tokyo. "Il n'y a pas d'élément signalant la fin de la débâcle ou de gros acheteurs émergeant."

Les places boursières chinoises évoluaient aussi en net repli:

  • l'indice composite de Shanghai perdait 2,40% à la mi-journée
  • celui de Shenzhen 2,82%

Noël oblige, la place de Hong Kong était, elle, fermée, tout comme les Bourses d'Australie, d'Inde, d'Indonésie, de Malaisie, de Nouvelle-Zélande, des Philippines, de Singapour et de Corée du Sud. Idem pour les marchés européens et Wall Street.

Le "chaos" Trump

Selon les courtiers, les raisons au plongeon des Bourses un peu partout sont nombreuses: "le ralentissement de l'économie mondiale, les retombées de la querelle commerciale entre Pékin et Washington, l'impasse budgétaire ou  'shutdown' aux Etats-Unis" qui paralyse une partie des administrations américaines, détaille M. Sengoku.

C'est surtout à Washington que se cristallisent les craintes. Au point que les démocrates ont accusé lundi Donald Trump de provoquer "le chaos" dans le pays à la veille de Noël.

"La Bourse plonge tandis que le président mène une guerre personnelle contre la Réserve fédérale, juste après avoir limogé son ministre de la Défense", le général Jim Mattis, ont-ils asséné.

Agacé par la décision de la banque centrale d'augmenter une nouvelle fois les taux la semaine dernière, Trump a tempêté lundi contre l'institution, affirmant dans un tweet: "Le seul problème de notre économie, c'est la Fed".

Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, n'a pas arrangé la situation en faisant état de discussions individuelles avec les patrons des six principales banques américaines, "ce qui a causé des inquiétudes sur les marchés", a commenté dans une note Toshiyuki Kanayama, analyste chez Monex.

Les investisseurs "n'ont pas confiance dans l'administration Trump. Ils sont mus par leur perception des choses, et elle est très mauvaise en ce moment", a résumé Stephen Innes, chef de la division Asie-Pacifique chez Oanda.

"Pas très inquiet"

A tous ces éléments, viennent s'ajouter "des cours du brut qui fondent plus rapidement que neige au soleil", les investisseurs restant sceptiques face aux promesses de l'Opep et s'inquiétant des turbulences économiques.

"La bulle Trump, qui avait profité aux marchés d'actions américains et au dollar, éclate", a jugé pour l'agence Bloomberg Mitsushige Akino, un responsable d'Ichiyoshi Asset Management.

Mais à Tokyo, les autorités se veulent rassurantes. Le ministre des Finances, Taro Aso, estime que les marchés réagissaient avec excès aux craintes sur la conjoncture mondiale. "Je ne suis pas très inquiet", a-t-il déclaré à la presse.

Même tonalité du côté du ministre de la Revitalisation économique, Toshimitsu Motegi: "les fondamentaux de l'économie restent solides", a-t-il dit, invoquant les profits record des compagnies nippones.

Sur le volet des changes, le dollar accusait le coup.

Peu avant 06H00, l'euro montait à 1,1413 dollar, contre 1,1401 dollar lundi à 21H00. Pareil face à la monnaie japonaise: le dollar valait 110,23 yens, contre 110,43 yens quelques heures plus tôt et 111,44 yens vendredi à la clôture de la place tokyoïte.

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