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Au pied du mur durable, les pétroliers résistent en bourse

Des activistes dénoncent régulièrement le manque d'empressement d'ExxonMobil, et d'autres groupes pétroliers, à limiter leur impact sur le climat. ©AFP

Les marchés boursiers semblent indifférents à l'emballement de la fronde face aux géants pétroliers. Le rendement reste la préoccupation première à ce stade.

Alors que ça chauffe pour les géants du pétrole dans les assemblées générales (AG) et en justice, les investisseurs gardent leur sang-froid. Jeudi, les cours des grands groupes pétroliers occidentaux sont restés relativement stables. Le néerlandais Royal Dutch Shell , condamné en justice à la demande d'associations environnementales à accélérer la réduction de ses émissions polluantes, a perdu seulement 1,28% en Bourse d'Amsterdam.

Total tient son assemblée générale ce vendredi. Plusieurs investisseurs institutionnels s'y opposeront à son plan climatique.

ExxonMobil , qui a échoué à contrer la nomination de deux administrateurs proposés par un actionnaire ultra-minoritaire désireux de changer la politique du groupe américain en matière environnementale, abandonnait à peine 0,72% en cours de séance à la Bourse de New York. Son compatriote Chevron , qui détient notamment la marque Texaco, résistait aussi à Wall Street en cédant 0,48%, après avoir dû acter le vote, à son AG, d'une résolution visant à diminuer son empreinte carbone en tenant compte des émissions polluantes de ses clients.

Les actions d'autres valeurs pétrolières faisaient également le gros dos. Total , qui tient son AG annuelle ce vendredi, a reculé de 1,10%. Le groupe français va soumettre au vote de ses actionnaires son plan d'objectifs environnementaux qui prévoit d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. Mais selon des informations de l'agence Reuters, plusieurs investisseurs institutionnels s'y opposeront.

Pas de changement immédiat

Chez BP , on a senti le vent du boulet il y a deux semaines. Lors de l'AG du groupe britannique, un actionnaire activiste est parvenu à fédérer 20,6% du capital autour d'une résolution demandant au pétrolier de fixer des objectifs de réduction d'émissions de CO2 plus strictes. La résolution n'est pas passée, mais a fait mieux que les 8,5% d'il y a deux ans. Le cours de BP a peu souffert: en deux semaines, il a cédé 1,5%.

"Tant qu'il n'y aura pas un coût réel associé à ces changements, il ne devrait pas y avoir d'impact majeur."
Fernando Valle
Analyste de Bloomberg Intelligence

Comment expliquer la faible réaction boursière à l'emballement des pressions environnementalistes sur les grands groupes pétroliers? Les investisseurs ne voient pas de changement immédiat à la profitabilité de ces multinationales. Dans les salles de marché, la baisse de cours de jeudi était d'ailleurs surtout imputée à... un léger recul du prix du Brent . "Les gros titres sur le climat sont seulement à la une pour l'instant", indique l'analyste Fernando Valle, de Bloomberg Intelligence. "Tant qu'il n'y aura pas un coût réel associé à ces changements, il ne devrait pas y avoir d'impact majeur."

Petite hausse de taux

Dans le secteur pétrolier, la distribution régulière d'un dividende est un élément de stabilité important des cours. Selon la banque Barclays, si l'action Exxon est parvenue à grimper de plus de 40% cette année à ce stade, c'est parce que le groupe américain a payé son dividende et a réduit ses investissements. Thomas Marchetti, analyste spécialisé dans l'énergie chez Cornerstone Macro, estime que pour les actionnaires, c'est toujours le rendement qui importe.

2%
Taux d'un emprunt à 8 ans de Shell
Jeudi, le taux d'intérêt d'une obligation de Shell arrivant à échéance dans huit ans a dépassé 2%, contre 1,93% mardi.

Selon lui, si les compagnies pétrolières investissent dans des énergies vertes, c'est "pour dégager des rendements sur le long terme", a-t-il indiqué à l'agence Bloomberg.

C'est peut-être sur le marché de la dette que les pétroliers subiront le plus les effets de la fronde, les investisseurs réclamant un intérêt plus élevé en cas de prise de risque plus grande, risque climatique compris. Jeudi, le taux d'intérêt d'une obligation de Shell arrivant à échéance dans huit ans a dépassé 2%, contre 1,93% mardi. Le taux d'un titre à dix ans d'Exxon a grimpé à 0,99%, contre 0,96% mercredi. Pas (encore?) de quoi faire frémir les actionnaires.

Le résumé

  • Les géants pétroliers Shell, Exxon, Chevron, Total ou encore BP sont dans le collimateur d'actionnaires activistes qui réclament davantage d'implication de leur part dans le combat climatique.
  • Des résolutions sont passées en assemblée générale, contre la volonté des dirigeants de ces groupes énergétiques. La justice intervient aussi dans ce dossier sensible.
  • Cette fronde n'a pas d'impact majeur sur les cours boursiers des pétroliers. Les investisseurs semblent se focaliser sur leur rendement.
  • À plus long terme, un effet sera peut-être visible sur le marché de la dette, où les prêteurs tiennent compte des risques, y compris le risque climatique.

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