BASF, cet oiseau de mauvais augure

©REUTERS

Le géant allemand a lancé lundi soir un nouvel avertissement sur résultats, pointant encore un contexte économique et géopolitique difficile. Cette annonce a peu surpris les analystes, mais elle alimente les craintes pour la prochaine saison de résultats.

L(')a(l)chimie ne prend pas pour BASF  . Après une année 2018 difficile, marquée par la sécheresse et le ralentissement chinois, le groupe chimique allemand ne parvient pas à relancer la machine. Ses ventes ont par exemple reculé de 4% au deuxième trimestre de 2019 pour atteindre 15,2 milliards d'euros (contre 15,8 milliards un an auparavant).

Il doit donc se résoudre à lancer un second avertissement sur résultats en sept mois. Alors qu'il misait sur une croissance de 1% à 10% de son bénéfice avant intérêts et taxes (ebit), BASF table désormais sur une baisse qui pourrait atteindre jusqu'à 30% par rapport aux chiffres de 2018. Pour les investisseurs, cela sonne comme un aveu de faiblesse. Qui mérite sanction. Le titre BASF a ainsi connu sa pire séance boursière en deux mois ce mardi, entraînant tout le secteur européen de la chimie  dans sa chute. À la Bourse de Bruxelles, Solvay   a affiché l'une des plus fortes baisses du Bel 20  .

Des signes avant-coureurs

"Étrange que les marchés ne l’aient pas vu venir", s'étonne dans une note Frank Vranken, stratégiste en chef de Puilaetco Dewaay. "Après tout, le secteur manufacturier mondial est très probablement déjà en récession, comme l'indiquent les récents indices PMI". Rappelons que l'activité du secteur manufacturier dans la zone euro s'est encore contractée en juin, pour le cinquième mois consécutif. Sans parler du secteur allemand, qui est en difficulté depuis six mois d'affilée.

"Étrange que les marchés ne l’aient pas vu venir [cet avertissement sur résultats]. Après tout, le secteur manufacturier mondial est très probablement déjà en récession, comme l'indiquent les récents indicateurs PMI".
Frank Vranken
stratégiste en chef de Puilaetco Dewaay

De nombreux brokers, comme la banque d'investissement américaine Goldman Sachs, avaient également émis des doutes sur les perspectives de BASF ces derniers jours, évoquant une "probabilité accrue" que les prévisions à court terme soient revues à la baisse. Mais certains reconnaissent aujourd'hui avoir été surpris par l'ampleur de la révision. "C'est un cran supérieur à ce qui était attendu", indique Tim Jones, de Deutsche Bank.

Une explication déjà formulée lorsque BASF lança son avertissement sur résultats en décembre dernier"Bien que les motifs du profit warning ne soient pas surprenants, son ampleur l'est", avait alors réagi la banque privée Bankhaus Lampe. L'histoire se répète, au grand dam du groupe allemand et de ses actionnaires...

Une prudence généralisée

Et après? Se pose la question de l'avenir du secteur chimique. À en croire les analystes, l'heure est dorénavant à la prudence. "Les attentes des entreprises du secteur de la chimie quant à un rebond de la demande au second semestre se sont dégonflées depuis le début de 2019 et nous pensons qu'elles vont probablement se réduire encore avec la baisse des différents marchés de consommateurs", estime Jason Miner, de Bloomberg Intelligence. "Les tensions commerciales déconcertent les consommateurs, et les signes de ralentissement en Chine et des ventes mondiales de voitures sont particulièrement pernicieux."

De son côté, Frank Vranken rappelle que BASF n'est pas la seule société chimique à avoir adopté un ton prudent - voire pessimiste - dans sa guidance. De plus petites structures l'ont précédé récemment, comme Fuchs Petrolub lundi. Si l'on remonte un peu plus loin dans le temps, on se souviendra que Solvay avait également émis un avertissement en mai dernier, revoyant à la baisse ses attentes en termes d'ebitda.

Ce regain de prudence n'est pas, selon le stratégiste, de bon augure pour la saison de résultats qui s'annonce en Europe et à Wall Street. "Bien entendu, on ne s'attend pas à ce que toutes les entreprises industrielles signalent une baisse de 30% de leur ebitda, comme l'a fait BASF. Mais cela va sûrement augmenter l’anxiété liée à chaque saison de résultats. Nous saurons très vite à quel point ce sera bon ou mauvais."

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