"C'est le bon moment pour prendre ses bénéfices"

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Le rally boursier que nous connaissons actuellement en Europe, et partout dans le monde, pourrait-il manquer de souffle dans les prochaines semaines? La question commence à germer dans l'esprit de certains observateurs.

En zone euro, l'indice EuroStoxx 50  a rebondi d'environ 11% depuis le début de l'année, progressant de 5,26% en janvier et de 4,39% en février. Chez nous, le Bel 20  a respectivement pris 7,65% et 3,23% durant les deux premiers mois. Il n'y a pas vraiment de quoi s'alarmer...

Mais ce qui interpelle, c'est ce qui se passe outre-Rhin. À la Bourse de Francfort, le Dax 30   évolue positivement mais à la traîne (+10% depuis le début de l'année). "Bien que ce soit l’indice le plus exposé au commerce mondial et à une potentielle résolution de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le Dax a sous-performé de nombreux marchés d’actions européens en 2019", soulignent dans une note Laurent Douillet et Tim Craighead, stratégistes chez Bloomberg Intelligence. Et de le comparer à l'évolution de l'OMX suédois (+12%), avec qui il partage la caractéristique d'avoir environ 73% de son poids représenté par des valeurs cycliques. 

L'automobile, fierté allemande devenue poids lourd

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Pour Vincent Juvyns (JPMorgan AM), il existe un "cocktail de raisons" pour expliquer la sous-performance du Dax. "C'est avant tout un indice exportateur, qui pâtit encore des incertitudes autour la guerre commerciale sino-américaine", avance-t-il. Mais le stratégiste pointe surtout les problèmes que rencontre le compartiment automobile allemand depuis plusieurs mois. "Le secteur, qui doit déja faire face à de nouvelles normes d'émissions de CO2, est sous la menace de nouvelles taxes douanières fixées par les États-Unis". Le président Donald Trump s'est donné 90 jours pour décider d'augmenter ou non de 25% les droits de douanes sur les importations de voitures et de pièces détachées. Et les constructeurs allemands sont en première ligne.

Selon une étude du cabinet EY, une telle décision pourrait leur coûter 5 milliards d'euros. Pour l'institut économique allemand IFO, cela réduirait de 50% leurs ventes de voitures outre-Atlantique. "Et pourrait impacter de 0,5% la croissance du PIB allemand en 2020 (estimée à 1,4% selon l'actuel consensus)", ajoutent les stratégistes de Bloomberg Intelligence. Une épée de Damoclès qui pèse sur la performance boursière des constructeurs allemands. Volkswagen et BMW ont gagné respectivement 11% et 6% depuis le début de l'année, contre 12% pour Renault et 23% pour Peugeot.

"Les actions allemandes ont besoin d'une dynamique bénéficiaire pour réduire leur écart de performance par rapport aux indices européens, et nous n’en avons pas encore trouvé la preuve."
Laurent Douillet et Tim Craighead
stratégistes de Bloomberg Intelligence

Plusieurs autres entreprises allemandes ont par ailleurs lancé un avertissement sur résultats ces derniers mois, à l'image de BASF, Beiersdof, Daimler ou encore Henkel. "Les secteurs de l'industrie, des matériaux et de la technologie ont accusé un retard important, entraînés par Wirecard, Covestro et Siemens", indiquent de leur côté Laurent Douillet et Tim Craighead. "Les actions allemandes ont besoin d'une dynamique bénéficiaire pour réduire leur écart de performance par rapport aux indices européens, et nous n’en avons pas encore trouvé la preuve."

Anticipations trop optimistes?

Outre les problèmes spécifiques liés à chaque secteur, Vincent Juvyns estime également que la sous-performance du Dax est "le reflet du malaise de l'économie allemande". Les indicateurs PMI publiés ces jours-ci ont notamment montré que l'activité manufacturière s'était contractée en Allemagne pour un deuxième mois consécutif. De son côté, le climat des affaires s'est dégradé pour le sixième mois d'affilée en février, tombant à un plus bas de plus de quatre ans. "L'Allemagne connaît un ralentissement économique, mais il n'y a pas d'inquiétude à avoir", relativise toutefois le stratégiste. Les ventes au détail ont par exemple bondi de 3% en janvier, soit leur plus forte hausse depuis octobre 2016.

La sous-performance du Dax pourrait-elle être un mauvais présage pour les marchés européens? Non, nous répond Vincent Juvyns. Il s'interroge cependant sur l'ampleur du rally actuel. "Rien n'a changé depuis le quatrième trimestre", affirme-t-il, jugeant que les actions ont "trop monté vu les fondamentaux". "Il manque des catalyseurs positifs. C'est pourquoi je prône encore l'attentisme". Aux investisseurs qui ont profité du rebond depuis le 1er janvier, le stratégiste assure que "c'est le bon moment pour prendre ses bénéfices".

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