Faang, des titres encore bankables?

©Marijn De Reuse

Depuis le début de l’année, le groupe constitué par Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Alphabet affiche une performance à la traîne par rapport aux marchés américains. Les investisseurs s’inquiètent pour leur avenir.

Depuis le début de l’année, la performance des leaders du secteur technologique, appelés FAANG, traîne par rapport au reste du marché. Alors que l’indice Nasdaq 100 a pris plus de 25% depuis janvier, l’indice FAANG (qui regroupe Facebook, Amazon, Netflix, Apple, Tesla et Alphabet) n’a avancé que de 19%. À l’exception d’Apple, qui a touché un record récemment à 244,80 dollars, les autres valeurs du groupe n’ont pas suivi. Amazon et Facebook se trouvent tous les deux à 13% plus bas que le record atteint par leur titre, alors que Netflix se situe à 31% de son plus haut atteint l’année dernière. Alphabet, la maison mère du moteur de recherche sur internet Google, est quant à elle seulement à 4% de son prix record.

Sur les six à douze derniers mois, les FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix et Alphabet) n’ont plus mené la hausse des marchés comme précédemment. "Ces actions ont généré beaucoup de rendement pour les investisseurs ces dernières années, mais elles ne vont plus se négocier comme précédemment", constate Charles Lemonides, chief investment officer chez ValueWorks. Il prédit que Wall Street va de moins en moins parler du groupe en raison des différents défis que doivent relever ces sociétés. Les recommandations des analystes commencent d’ailleurs à différer l’une de l’autre, une preuve pour certains observateurs que ces titres ne sont plus vus comme un groupe. D’après les données financières de Bloomberg, 87% des analystes sont à l’achat sur Alphabet, 96% pour Amazon, 69% pour Netflix, 87% pour Facebook et 52% pour Apple.

De nombreux défis à relever

Les investisseurs commencent à s’inquiéter d’une moindre croissance, de coûts en hausse et de l’impact d’une réglementation plus sévère pour les valeurs FAANG. Comme le note Andrew Silverman, analyste chez Bloomberg Intelligence, "Google, Apple, Facebook et Amazon sont parmi les sociétés technologiques américaines qui font face à des millions d’euros de taxes en Europe, y compris en Italie et en France cette année, et au Royaume-Uni en 2020". "Cette année, Facebook pourrait débourser 63 millions d’euros de taxes digitales en France et en Italie, et Google pourrait devoir verser 126 millions d’euros", ajoute l’analyste.

"Tout n’est pas rose avec la technologie. Les serveurs informatiques sont très polluants."
Ramon Esteruelas
Investment specialist, BNP Paribas AM

"Le risque le plus important pour les sociétés qui affichent les plus grosses capitalisations boursières est celui de la réglementation, souligne pour sa part Ramon Esteruelas, Investment specialist du fonds Parvest Disruptive Technology chez BNP Paribas Asset Management. Actuellement, les discussions tournent autour de l’excès de pouvoir de ces sociétés, qui ont investi suffisamment pour protéger leurs données. Le débat a commencé en Europe avec le GDPR, mais il se poursuit au Royaume-Uni et aux Etats-Unis."

Les débats portent également sur l’abus de position dominante des grands noms de la technologie. L’ancien prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz soulignait il y a peu de temps dans nos colonnes que la Commission européenne a pris des mesures pour contrer le pouvoir de Google. Les autorités européennes de la concurrence ont sanctionné la société américaine trois fois ces deux dernières années, lui infligeant pour un total de 8,25 milliards d’euros d’amende.

En outre, le monde politique américain, à l’image de la candidate démocrate Elizabeth Warren, appelle à un démantèlement des FAANG. "Il n’est pas clair que ces sociétés occupent une position dominante car nous nous trouvons dans un marché ouvert. Grâce à la technologie et à l’intelligence artificielle, ces sociétés sont parvenues à atteindre une taille importante. Elles n’ont pas été aidées par un gouvernement", nuance Ramon Esteruelas.

Croissance en baisse

Le réseau social Facebook semble avoir atteint une phase de maturité dans les marchés développés, à en juger par ses chiffres de téléchargement de son application sur smartphone. Les analystes de Bloomberg Intelligence Jitendra Waral et April Kim observent que "malgré les tentatives du média social de retenir ses utilisateurs avec des lancements de services comme Dating aux Etats-Unis, les téléchargements de l’application Facebook chutent". Même les filiales de la société, comme la messagerie WhatsApp, connaissent un ralentissement. "La croissance des téléchargements de WhatsApp a ralenti depuis le mois de septembre, alors que sa base très importante rend plus difficile le rythme d’expansion", notent les analystes de Bloomberg Intelligence.

Les derniers résultats d’Alphabet au premier trimestre avaient quant à eux déçu les investisseurs en raison d’une décélération de la croissance de ses revenus, largement en raison de la croissance des revenus de la plateforme de vidéo YouTube. Les résultats du deuxième trimestre du groupe ont rassuré les marchés. Lundi prochain, il publiera ses chiffres du troisième trimestre, très attendus.

Ramon Esteruelas pointe quant à lui une transformation des FAANG. "Ce ne sont plus des valeurs technologiques. Amazon se classe parmi les valeurs du secteur de la consommation discrétionnaire. Alphabet et Facebook peuvent être considérées comme des sociétés de publicité, comme WPP ou Publicis. La barrière entre le secteur technologique et les autres secteurs a disparu. On voit des sociétés avec une capitalisation boursière importante entrer dans d’autres secteurs avec un chiffre de croissance de revenus de celle d’une petite société."

Mais il relève que l’inclusion de ces sociétés dans les autres secteurs fait évoluer le modèle de ces secteurs. "Dans le secteur de l’alimentation, Amazon a fait évoluer le modèle de la distribution. Actuellement, seul 1% des produits distribués par internet est périssable. Amazon est très bien placé pour augmenter cette part de marché. Du coup, les sociétés de distribution françaises se sont mises à proposer leurs produits à Amazon."

Des dépenses en hausse

Les FAANG sont confrontées comme toutes les autres entreprises au défi de l’intelligence artificielle, même si elles ne partent pas toutes du même point. Elles doivent consentir des dépenses importantes en recherche et développement. "Apple a investi 10 milliards de dollars en recherche et développement en 2018, soit environ 10% du montant de la recherche et développement du secteur automobile, relève Ramon Esteruelas. Le groupe a également embauché John Giannandrea, responsable du machine learning et de l’intelligence artificielle chez Google." Mais ces dépenses représentent aussi une opportunité de croissance pour ces sociétés. "L’intelligence artificielle permet à beaucoup de sociétés de croître plus rapidement. Elle permet notamment de mieux connaître les besoins de sa clientèle, ce qui aide à positionner le produit", ajoute-t-il ainsi.

Amazon a déçu les investisseurs avec des prévisions de chiffre d’affaires et de bénéfice pour le quatrième trimestre en deçà des attentes, en raison d’une forte concurrence et d’une hausse du coût de son plan de réduction des délais de livraison à l’échelle mondiale. Le géant de la distribution en ligne a lourdement investi afin de ramener à 24 heures ses délais de livraison pour les membres payants de son programme de fidélité Prime Loyalty, alors que ses concurrents comme Walmart proposent déjà des délais de 48 heures sans abonnement.

Les FAANG doivent également faire face au défi du changement climatique. "Tout n’est pas rose avec la technologie. Les serveurs informatiques sont très polluants, relève Ramon Esteruelas. Mais cela coûte de l’argent de passer de l’énergie fossile à l’énergie renouvelable." Il rappelle qu’Apple a lancé un green bond pour 1 milliard de dollars en 2017 afin de financer sa transition vers des énergies renouvelables. "Toutefois, ces préoccupations climatiques ne concernent pas que le secteur technologique", nuance le spécialiste.

Une phase de transition

Pour certains analystes, les défis que traversent actuellement les FAANG devraient leur permettre d’en sortir plus forts. Mais, en attendant, les investisseurs vont se concentrer sur les résultats de ces sociétés.

Amazon a déçu les investisseurs avec ses chiffres du troisième trimestre publiés jeudi dernier après la clôture des marchés américains. Lundi prochain, ce sera au tour d’Alphabet de dévoiler ses résultats. Mercredi prochain, Facebook et Apple publieront leurs chiffres du trimestre (troisième pour Facebook, quatrième en exercice décalé pour Apple). Netflix a déjà publié la semaine dernière ses résultats et avait été plébiscité par les investisseurs grâce à une hausse du nombre de ses abonnés.

Wall Street risque donc d’être fort animé la semaine prochaine.

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