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Investir dans les holdings étrangers en évitant les zones rouges

©Filip Ysenbaert

Les investisseurs belges peuvent aussi profiter d'une véritable expertise boursière au travers des holdings étrangers. Mais comme toujours, un conseil en or avant de voyager : regardez d'abord sous le capot.

Ceux qui investissent dans des holdings belges savent depuis des années que leur diversification, leur vision à long terme et l’expérience de leurs gestionnaires leur permettent souvent d'afficher de meilleurs résultats que la moyenne du marché. Les holdings familiaux s’en sortent particulièrement bien, car lorsque la famille est actionnaire, elle veille au grain. Depuis au moins dix ans, Sofina, GBL, Brederode et Ackermans & van Haaren font mieux que les indices boursiers.

De nombreux holdings étrangers n’ont rien à leur envier. L’inconvénient, c’est que vous serez doublement taxé sur les dividendes, un obstacle qui continue à décourager d’investir à l’étranger malgré la soi-disant liberté de circulation des capitaux au sein de l’UE. Dans les pays où les dividendes sont fortement taxés, comme en Allemagne, cela peut sensiblement réduire votre rendement. Par contre, vous ne payez aucune retenue à la source sur les actions britanniques.

De nombreux holdings se sont déjà remis de la crise du coronavirus, mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

De nombreux holdings se sont déjà remis de la crise du coronavirus, mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Si les holdings scandinaves – et même quelques italiens – affichent d’excellents résultats, les français sont plutôt à la traîne. Idem aux Etats-Unis, où les sociétés d’investissement n’ont pas réussi à suivre la récente remontée de l’indice S&P500. Au niveau sectoriel, les champions sont en majorité les holdings qui affichent une stratégie claire d’investissement dans des sociétés de croissance via des leaders mondiaux ou locaux.

Amsterdam

La société néerlandaise HAL Trust n’est pas une inconnue. L’ancienne Holland America Line est encore active dans le transport maritime via le groupe Boskalis (8% du portefeuille) et l’entreprise de stockage dans des réservoirs portuaires Vopak (22%). Mais la principale participation du groupe est la chaîne de lunettes Grandvision (35%), mieux connue chez nous via la marque Pearle. Si la reprise de Grandvision par EssilorLuxottica réussit, le holding de la famille van der Vorm encaissera un chèque de 5,4 milliards d’euros. Un coup de pouce potentiel pour le cours de bourse, même si, en cas d’échec de l’offre, le cours peut prendre la direction inverse.

Toujours à Amsterdam, Prosus a retrouvé les faveurs des investisseurs après une traversée du désert au moment de son entrée en bourse. Prosus est le résultat de la scission du holding sud-africain Naspers. Son principal actif est sa participation de 31% dans le géant chinois de l’internet et des jeux en ligne Tencent. D’autres participations comme la plate-forme internet russe Mail.Ru et le fournisseur de repas à domicile Delivery Hero sont très prometteurs, car les géants de l’internet sont les grands gagnants de la crise du coronavirus.

5,4
milliards d'euros
Le montant que pourrait encaisser HAL Trust en cas de reprise de Grandvision par EssilorLuxottica.

Nous ne quittons pas Amsterdam où il est également possible d’acheter des actions de Pershing Square Holdings, la société d’investissement de l’activiste Bill Ackman. Il a récemment acheté des actions dans des secteurs fortement touchés par la crise comme la grande distribution et l’horeca. Et il s’est débarrassé d’un gros paquet d’actions Berkshire Hathaway, car il n’a pas apprécié l’inaction de Warren Buffett pendant la crise.

Paris

À Paris, vous pouvez jouer la carte Vincent Bolloré, dont le holding à son nom était jusqu’à tout récemment très diversifié. Mais suite à des achats d’actions importants, la participation du groupe dans la société de médias Vivendi représente désormais 56% du portefeuille. C’est dangereux, d’autant que ces achats ont été financés via des emprunts, avec des actions Bolloré en garantie. Les inquiétudes quant à l’endettement du holding se sont quelque peu estompées, car Vivendi a vendu 10% de sa branche musicale UMG à Tencent, et a ainsi empoché 2,9 milliards d’euros.

Wendel existe depuis plus de 300 ans et est contrôlé par plus de 1.000 héritiers du baron de l’acier Jean-Marin de Wendel. Plus de la moitié du portefeuille est investi dans Bureau Veritas, spécialisé dans les inspections et les contrôles notamment pour les secteurs pétrolier et gazier. Ce holding est lui aussi assez peu diversifié. C’est pourquoi il se concentre à présent sur des entreprises non cotées, en d’autres termes le private equity.

Le private equity est précisément la spécialité d’Eurazeo, qui gère ses propres portefeuilles, mais aussi des portefeuilles de tiers moyennant le paiement d’une commission. Mi-mai, Eurazeo a annoncé que de 20 à 25% de ses participations avaient été fortement touchées par la crise du coronavirus, comme le loueur de voitures Europcar. Des sources bien informées laissent entendre que Volkswagen souhaiterait le racheter. Avec une décote de plus de 25%, Eurazeo est beaucoup moins cher qu’un acteur comparable comme la GIMV à Bruxelles.

Tout en bas de la liste, on trouve le holding français FFP. Le véhicule de la famille Peugeot a perdu près de 40% depuis le début de l’année. La décision d’investir davantage dans le constructeur automobile après la fusion avec Fiat Chrysler a provoqué des réactions négatives. Peugeot représente un tiers du portefeuille. Avec Safran (7,3%) et LISI (4,7%), FFP est donc aussi investi dans le secteur de l’aéronautique, fortement touché par la crise.

Milan

Plus encore que Bruxelles, Milan est un paradis pour les amateurs de holdings. Les actionnaires familiaux y contrôlent 60% de la capitalisation boursière, souvent via des holdings cotés. Avant que l’Italie ne soit touchée de plein fouet par la pandémie, c’étaient surtout les petites entreprises qui se portaient bien grâce aux mesures gouvernementales visant à encourager les investissements dans les PME.

Plus encore que Bruxelles, Milan est un paradis pour les amateurs de holdings.

Le nom le plus connu en Italie est Exor, le holding de la famille Agnelli. Son patron John Elkann, l’arrière-arrière-petit-fils du fondateur de Fiat Giovanni Agnelli, a réussi en dix ans à multiplier par sept la valeur intrinsèque de l’ancien empire industriel. Mais c’était avant l’éclatement de la pandémie. Exor a récemment essuyé un revers. En mai, la vente de son réassureur américain Partner Re à la société française Covea n’a pu se faire. Elkann n’a pas voulu revoir à la baisse le prix négocié avant la crise. Avec 30%, Partner Re est la plus importante participation du groupe. Malgré tout, le holding a encore quelques bonnes cartes dans son jeu pour relancer le cours de l’action. Exor a été le moteur de la fusion de Fiat Chrysler avec Peugeot, qui doit encore être approuvée par les autorités. Dans sa filiale CNH, Exor souhaite scinder la division poids lourds Iveco des machines agricoles, mais ces projets ont été postposés à cause de la crise. Exor a également investi dans Ocado, l’action du supermarché en ligne affichant la croissance la plus rapide en Europe. Un des problèmes du groupe est encore sa forte exposition au secteur automobile: Ferrari représente 25% du portefeuille et FCA 20%.

Atlantia, le holding de la famille Benetton, est coté en bourse. La société d’investissement de 12 milliards d’euros est présente dans des secteurs où les coups pleuvent: autoroutes à péage, aéroports et infrastructures de transport. Cette semaine, l’entreprise a accepté de se désengager d'Autostrade per l'Italia pour éviter une révocation de sa concession routière liée à l'effondrement du viaduc de Gênes en 2018.

12
milliards d'euros
Ce que pèse Atlantia, le holding de la famille Benetton.

La famille De Benedetti a récemment fait parler d’elle dans les médias suite à la dispute entre le pater familias Carlo De Benedetti et ses fils. Les rejetons de l’auteur du raid manqué sur la Société Générale de Belgique ont remporté la partie. Via leur holding CIR, vous pouvez investir dans l’exploitant de maisons de repos KOS et le fabricant de pièces automobiles Sogefi. La participation du holding dans le groupe de médias chapeautant notamment La Stampa et La Repubblica a été vendue à Exor, une transaction dont Carlo ne voulait pas entendre parler, car pour lui les médias sont synonymes de pouvoir.

Tamburi, le holding de Giovanni Tamburi (l’ancien bras droit de Carlo De Benedetti), est moins connu. Il gère 3 milliards d’euros et investit surtout dans de jeunes entreprises susceptibles de devenir des "licornes" de plus de 1 milliard d’euros. Le portefeuille comprend également des participations dans le secteur du luxe, comme Moncler et Hugo Boss.

Italmobiliare est aidée par la crise du coronavirus et se négocie à un cours record. Le groupe de la richissime famille Pesenti a réinvesti le produit de la vente du géant cimentier Italcementi dans des entreprises de taille moyenne. Une partie importante du portefeuille se compose de Private Equity. À l’instar de Sofina, le groupe a la réputation d’avoir le flair pour dénicher les meilleurs dossiers d’investissement. Comme c’est le cas de plusieurs autres holdings italiens, Italmobiliare n’échappe pas à quelques querelles familiales. Deux sœurs ont intenté un procès aux Pays-Bas – où les droits de propriété sont enregistrés dans une fondation – contre leur frère Giampiero de 89 ans pour obtenir de plus généreux dividendes. D’après le livre "God’s Bankers" de Gerald Posner, son prédécesseur aurait succombé à une crise cardiaque, juste avant la date prévue pour son témoignage sur son rôle dans un financement douteux accordé au Vatican.

Londres

À Londres, vous ne manquerez pas AVI Global Trust, le nouveau nom de la société British Empire Trust. Sa stratégie consiste à investir directement dans des holdings familiaux sous-évalués. D’après sa dernière lettre d’information, AVI a investi dans "deux holdings technologiques interconnectés avec d’importantes décotes". Parions qu’il s’agit de Tencent et de Prosus. AVI a également été pendant longtemps actionnaire de Pargesa, mais a décidé de ne pas échanger ses actions contre des parts de GBL lors du récent retrait de la cote du holding suisse de Frère.

La Scandinavie compte également de nombreux holdings. Les Suédois sont devenus plus intéressants pour les investisseurs belges grâce à la baisse de la couronne suédoise (-15% en cinq ans). En achetant des actions d’Investor de la famille Wallenberg, vous accédez à la crème des entreprises suédoises comme ABB, Ericsson et Electrolux. Pendant la panique qui a touché la bourse en mars, Investor a légèrement augmenté son endettement pour s’offrir ces actions à bas prix. Avec 16%, le fabricant de compresseurs Atlas Copco est la participation la plus importante du portefeuille.

Les holdings suédois sont devenus plus intéressants pour les investisseurs belges grâce à la baisse de la couronne suédoise (-15% en cinq ans).

Depuis le début de l’année, le holding Bonheur, spécialisé en énergie, se porte comme un charme. Bonheur met l’accent sur l’énergie éolienne, un secteur qui a également le vent en poupe en bourse, mais détient aussi des sous-traitants de l’industrie pétrolière off-shore et du secteur des croisières, aujourd’hui en pleine tempête. Aker est essentiellement – mais pas uniquement – actif dans le pétrole traditionnel. Fin juin, le cours de l’action a bondi grâce à l’annonce de son intention de mettre en bourse sa filiale BioMarine.

Investment Latour du milliardaire Gustaf Douglas contrôle entre autres la firme de gardiennage Securitas et le plus grand fabricant de serrures au monde, Assa Abloy. Indutrade de la famille Lundberg investit surtout dans l’industrie mécanique et a indiqué au marché qu’il n’avait pas beaucoup souffert de la pandémie. La famille possède d’autres holdings cotés, Lundbergforetagen et Industrivarden. Ils sont particulièrement intéressants pour ceux qui souhaitent être spécifiquement exposés à la Scandinavie.

Zalando

Kinnevik investit dans les services digitaux aux consommateurs et est l’actionnaire de référence de Zalando. Mi-juin, les Suédois ont vendu 4,2% du magasin en ligne allemand. En août, les actionnaires recevront une part du gâteau grâce à un dividende exceptionnel.

Plus proche de chez nous, le holding luxembourgeois Luxempart vous permet d’accéder au promoteur immobilier Atenor, ainsi qu’au groupe financier Foyer, la maison mère de la société belge Capital@Work et de l’exploitant de satellites SES. Mais l’action n’est pas très liquide et les transactions sur la Bourse de Luxembourg sont chères.

Ceux qui souhaitent investir dans des contrées lointaines ont suffisamment de choix. Via des holdings comme Jardine Strategic – dont la maison mère n’est autre que Jardine Matheson – ou CK Hutchison, vous investissez dans l’économie asiatique. La société japonaise Softbank détient notamment une participation dans le groupe internet chinois Alibaba et l’assureur Ping An. S'il y a eu beaucoup de critiques sur les transactions financières souvent obscures du fondateur Mayasoshi Son, elle pourrait tirer profit de l'entreprise technologique britannique ARM Holdings, très prometteuse.

Enfin, avec Berkshire Hathaway de Warren Buffett, vous vous offrez une présence aux Etats-Unis. Au cours des 55 dernières années, Buffett a obtenu un rendement moyen de 18,9% par an. Un investisseur ayant placé 1.000 dollars dans le holding du gourou de la bourse au début de l’aventure peut aujourd’hui encaisser 13,75 millions de dollars. Les holdings bien gérés sont donc un investissement idéal pour ceux qui sont prêts à laisser le temps et les intérêts faire leur travail.

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