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analyse

L'herbe est-elle plus verte à la Bourse d'Amsterdam?

La Bourse d'Amsterdam est le marché européen le plus dynamique au premier trimestre et continue d'attirer les champions de l'innovation et les entreprises technologiques.

Amsterdam est de retour sur la carte des grandes places boursières. Son indice vedette évolue à un niveau record. Mais fait-il pour autant de l'ombre à son voisin bruxellois?

Amsterdam est plus branchée que jamais. On ne vous parle pas de la vie nocturne, d'habitude si animée dans le quartier du Damrak, mais des performances d'un des plus anciens locataires de la place: la Bourse d'Amsterdam.

Cette semaine, son indice vedette, l'AEX , a effacé des tablettes un record que les moins de 20 ans n'ont pas pu connaître. Il faut en effet revenir au mois de septembre 2000 pour retrouver un marché boursier aussi robuste outre-Moerdijk.

+80%
L’AEX a gonflé de plus de 80 % en un an par rapport au point bas de la crise du coronavirus atteint le 16 mars 2020. Sur la même période, la hausse du Bel 20 est d'environ 43%.

La Bourse d'Amsterdam a enflé de 13,42% ces trois derniers mois. C'est le marché européen le plus dynamique depuis le début de l'année (voir graphique). À titre de comparaison, le Bel 20 a grossi d'un peu plus de 8% sur la période tout comme l'indice paneuropéen Stoxx 600 . Le Dax de Francfort, qui évolue également à des nivaux jamais explorés, a grimpé de 10%. Côté américain, le S&P 500 a connu une progression de l'ordre de 7% au cours du premier trimestre et le Nasdaq a limité son expansion à 4,6%. Avec ses 13,42% de hausse, Amsterdam a bel et bien le vent dans le dos.

Technoland

L'arrivée en 2018 et 2019 de deux poids lourds technologiques a fait entrer la Bourse d'Amsterdam dans une autre dimension.

Le premier est local, il s'agit du spécialiste néerlandais des paiements en ligne, Adyen . Numéro du secteur en Europe, la fintech, qui compte notamment Uber et Netflix parmi ses clients, pèse à présent 60 milliards d'euros, bien plus que les banques ING et ABN Amro réunies. Son action a encore flambé le mois dernier avec la publication de ses résultats, franchissant alors les 2.000 euros. Son histoire boursière avait commencé en juin 2018 à 420 euros.

"De toutes les valeurs technologiques, les Néerlandais ont la bonne valeur. Ce n'est pas n'importe qui, ASML, toute la tech a besoin de lui."
Serge Ivlef
Stratégiste actions - ING Belgique

Le second est plus original. Arrivé à la Bourse d'Amsterdam le 13 septembre 2019 en provenance d'Afrique du Sud, Prosus est le plus gros fonds spécialisé dans les nouvelles technologies et l'internet présent en Europe. Le genre de gros poisson qui attire au pays des tulipes les plus prometteuses petites pousses technologiques. Il doit notamment son poids de 162 milliards d'euros à sa participation de 31% dans Tencent, le colosse chinois de la tech qui affiche une des plus fortes capitalisations mondiales. "Prosus est plus qu'une simple participation dans Tencent: il dispose d'un portefeuille d'actifs attrayants à fort profil de croissance", note-t-on chez KBC Securities. Pour faire simple, Prosus est une des rares sociétés européennes à pouvoir rivaliser avec les grands noms américains et chinois du secteur.

La revue des troupes du segment technologique de l'AEX compte également Just Eat Takeaway , le livreur de repas qui a presque quadruplé de taille depuis son arrivée en 2016 sur le marché amstellodamois. Philips , en pleine mue vers la "medtech", peut également compléter le tableau.

Un nom revient toutefois avec insistance lorsqu'on évoque la montée en puissance de l'AEX avec les suiveurs de l'indice: ASML .

ASML, la cerise sur le gâteau

ASML, c'est la plus grosse société de la Bourse d'Amsterdam avec ses 222 milliards de capitalisation boursière. L'entreprise joue les premiers rôles dans le secteur des semi-conducteurs et sa domination est planétaire. Elle fabrique des machines lithographiques dont tous les grands fabricants de semi-conducteurs ont besoin pour graver les dessins indispensables au bon fonctionnement des puces électroniques.

Le boom de la Bourse d'Amsterdam

Elle est au départ de toute la chaîne de production du secteur technologique, un organe vital pour tout le secteur. "Dans les valeurs technologiques, les Néerlandais ont LA bonne valeur. Ce n'est pas n'importe qui, ASML, et elle n'a quasiment pas de concurrents", nous explique Serge Ivlef, le stratégiste action de la banque ING. "Mais, c'est une société qui est chère, à présent, avec un P/E de 50. Elle va néanmoins continuer à croître tant la demande pour ses produits ne faiblit pas, il y a même des pénuries dans différentes industries."

44%
ASML, ASM International, BE Semiconductor, Relx, Philips, Just Eat Takeway, Adyen et Prosus, soit les huit valeurs les plus tournées sur la tech à Amsterdam, pèsent 44,2% de l'indice AEX.

Présente sur Euronext Amsterdam depuis 1995, elle jouit également d'une cotation sur le Nasdaq depuis la même date. Sa performance sur les 24 dernières années frise les 25.000% et le titre a plus que doublé de taille au cours des 52 dernières semaines. Le ticker ASML trône même au sein du top 10 du Nasdaq 100 depuis le mois dernier.

Le numéro un de la cote a aussi attiré dans l'indice de référence deux autres fabricants de semi-conducteurs, la société ASM International , comme son nom l'indique très proche de ASML, et plus récemment BE Semiconductor , qui a pris la place de Galapagos au sein de l'AEX le 22 mars dernier.

Un peu chère, la technologie

En tout et pour tout, le wagon technologique d'Amsterdam pèse près de 45% de l'AEX. "L'engouement de la Bourse d'Amsterdam pour les entreprises tournées vers l'économie collaborative et les nouvelles technologies ne peut être qu'un pari gagnant sur l'avenir, ces sociétés sont amenées à jouer un rôle important dans le futur", remarque Serge Ivlef. Mais le stratégiste prévient: "Il faut rester sélectif, faire attention au prix qu'on paie pour un concept."

Pour Michel Ernst, "Amsterdam n'affiche pas de valorisations délirantes" pour ses joyaux technologiques. De nombreux suiveurs pensent toutefois qu'ASML monte trop vite ces dernières semaines avec les pénuries de puces électroniques dans les chaînes d'assemblages des grands constructeurs automobiles. "Une rechute à court terme ne peut être exclue, prévient un fin connaisseur du marché néerlandais. Bien que tout le monde pensait qu'ASML était cher il y a dix ans. Pendant ce temps, les ventes ont quadruplé et le titre se négocie toujours exactement aux mêmes évaluations qu’à l’époque."

Et chez ING, on reste optimiste sur le long terme: "Dans l'environnement actuel, à savoir avec des taux qui restent très bas malgré la remontée constatée ces dernières semaines, les valorisations ne sont pas excessives à Amsterdam, car les perspectives de croissance restent intéressantes."

Et à part les techs?

Lors du pic de l'an 2000, l'AEX était pour moitié composée de banques et de services financiers. Mais depuis lors, Fortis a disparu des radars, ABN Amro n'est "plus qu'une mid-cap" qui a rejoint dernièrement le marché secondaire de la Bourse d'Amsterdam en compagnie de Galapagos.

"La Bourse de Bruxelles et la Bourse d'Amsterdam sont plus complémentaires que redondantes."
Michel Ernst
Stratégiste acions - CBC Private Banking

Le groupe pétrolier Shell et le groupe Unilever représentaient en 2000 un bon tiers de l'indice. Aujourd'hui, les deux multinationales pèsent un petit quart de l'indice malgré une capitalisation boursière qui dépasse pour chacune les 120 milliards d'euros. L’assureur Aegon, l’opérateur de télécommunications KPN ou encore le numéro un européen de la peinture Akzo Nobel sont les autres sociétaires notables de l'AEX. Sans oublier, le brasseur Heineken, le distributeur belgo-néerlandais Ahold Delhaize ou encore ArcelorMittal et, bien sûr, la banque ING.

La plupart de ces titres ont soutenu la Bourse d'Amsterdam avec le mouvement de rotation sectoriel constaté depuis la mi-novembre. Dans le même temps, beaucoup de géants internationaux de la tech sont redescendus de leur nuage. Un mouvement qui a moins affecté les titres technologiques cotés aux Pays-Bas, ce qui a permis de faire grimper l'indice à un sommet historique cette semaine. Et qui met en lumière d'autres atouts de la place néerlandaise.

Des qualités qui ont convaincu Just Eat Takeaway de rester à Amsterdam. "Tout le monde s’attendait à ce que Takeaway opte pour une cotation à Londres après la fusion avec le Britannique Just Eat, mais il est resté à Amsterdam", faisait remarquer récemment Jim Tehupuring de Vermogensbeheer à nos confrères du Tijd. Selon cet investisseur très connu aux Pays-Bas, même si le Brexit a pu jouer un rôle dans la bonne forme de l'AEX, c'est surtout la Bourse d'Amsterdam qui est parvenue à créer en quelques années un écosystème bénéfique pour les nouveaux arrivants.

Belgique - Pays-Bas: match ou pas match

Au cours des deux dernières années, la hausse d'Amsterdam est encore plus surprenante. L'AEX a fait deux fois plus fort que son homologue bruxellois avec une montée dépassant les 40%.

"Bruxelles reste une petite bourse par rapport à Amsterdam", situe Michel Ernst, stratégiste actions chez CBC Private Banking. La capitalisation boursière des deux places n'est pas comparable. On dépasse "à peine" les 120 milliards d'euros à Bruxelles alors qu'à Amsterdam il est question de 739 milliards d'euros.

Le différentiel entre les deux places boursières s'explique principalement par la composition de leur indice. "Il faut plutôt voir la Bourse de Bruxelles et la Bourse d'Amsterdam comme deux marchés plus complémentaires que redondants, dans la mesure où le Bel 20 est resté un indice assez classique, traditionnel dans sa composition et avec une belle représentation du secteur pharmaceutique et des biotechs, ce que les Néerlandais n'ont plus", juge Michel Ernst.

739
milliards €
Soit la capitalisation boursière d'Amsterdam, tandis que celle de Bruxelles dépasse "à peine" les 120 milliards.

Selon le stratégiste de CBC, l'immobilier est un autre atout du marché bruxellois. "À Bruxelles, on a une très belle composition immobilière avec trois sociétés spécialisées dans la logistique, les bureaux ou l'immobilier de santé, WDP, Cofinimmo et Aedifica. Elles ont un peu plus de mal actuellement avec la hausse des rendements obligataires, ce qui explique en partie le différentiel de performance entre le BEL 20 et l'AEX. Mais à Amsterdam, il n'y a qu'Unibail-Rodamco-Westfield en immobilier, et eux sont spécialisés dans l'immobilier commercial, qui va beaucoup moins bien actuellement. L'amortisseur immobilier de Bruxelles reste donc plus intéressant qu'à Amsterdam."

"N’oublions pas que la liquidité sur les valeurs belges a été multipliée par huit depuis la création d’Euronext. Nous aussi, nous avons nos champions!"
Vincent Van Dessel
Président d'Euronext Brussels

À la Bourse de Bruxelles, qui comme Amsterdam fait partie de la famille Euronext, on ne cache pas que "chaque marché Euronext a ses spécificités et que, du point de vue fiscal et légal, les Pays-Bas ont un cadre général plus favorable à l'entrepreneuriat". Bruxelles a d'autres atouts "des avantages qui sont plutôt liés à des écosystèmes spécifiques", comme l'illustre le président d'Euronext Brussels, Vincent Van Dessel avec "les sciences de la vie et l’immobilier, qui bénéficient du soutien de divers acteurs publics et privés ainsi que d’investisseurs plus spécialisés".  

"La connotation technologie et nouvelle économie, ça attire les sociétés qui sont dans cette mouvance, comme c'est le cas à Bruxelles pour les biotechs où de nombreuses sociétés étrangères viennent chercher une cotation chez nous", souligne Michel Ernst en évoquant le cas de Prosus, d'Ayden et d'ASML. Ces trois valeurs ont une telle renommée à l'international qu'il est plus facile pour Amsterdam de se positionner dans la carte mondiale de l'investissement en bourse.

L'opérateur néerlandais profite aussi de conditions réglementaires et fiscales favorables. "Il faut se souvenir que quand on avait le centre de coordination en Belgique, qu'est-ce qu'on a attiré comme grosses sociétés et comme capitaux, grâce à cela, avec une fiscalité favorable", se rappelle Michel Ernst un brin nostalgique.

La Belgique et les Pays-Bas aiment à se comparer, se jauger. Mais en bourse, Euronext préfère jouer la carte du collectif.

La plus vieille bourse du monde est ainsi devenue une destination incontournable pour qui rêve avoir pignon sur rue en Europe. Le spécialiste islandais de la transformation alimentaire, Marel, ou la pépite polonaise de la livraison de colis, InPost, ont fait une entrée fracassante sur le parquet amstellodamois au cours du trimestre écoulé. Universal Music s'apprête à de faire de même et Coolblue est déjà positionné dans les starting-blocks. Sans parler des quelques SPAC européennes sorties récemment du bois pour se chercher une place à la Bourse d'Amsterdam.

La Belgique et les Pays-Bas aiment à se comparer, se jauger. Exemple avec le sport et la série de duels entre les deux pays dans le cyclisme et le football notamment. Mais en bourse, Euronext préfère jouer la carte du collectif.

"En fait, les bourses d’Amsterdam et de Bruxelles sont déjà fusionnées au sein d’Euronext et font déjà partie d’un grand 'championnat européen' comprenant également la France, le Portugal, l’Irlande, la Norvège et, bientôt, l’Italie", sourit Vincent Van Dessel. "Toutes ces bourses Euronext ont un carnet d’ordres unique et fonctionnent sur la même technologie. Nous avons eu la chance d’être fondateurs du plus grand marché européen qui permet d’entrer par une porte locale dans un marché global. Mais n’oublions pas que la liquidité sur les valeurs belges a été multipliée par huit depuis la création d’Euronext. Nous aussi, nous avons nos champions!"

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