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La Chine pense revoir à la baisse son objectif de croissance

Lors de l'épidémie du Sras en novembre 2002-03, la Bourse de Shanghai a rebondi de 30% dans les 3 mois qui ont suivi avril 2003, rappellent les stratégistes de Belfius. ©REUTERS

La Bourse de Shanghai a rouvert ses portes lundi après 8 journées fériées. Sur un plongeon de 7,7%. Sa capitalisation boursière a fondu de 350 milliards d'euros en quelques heures!

La Bourse de Shanghai a repris ses activités ce lundi, après une semaine fériée en raison du Nouvel An lunaire. Comme on pouvait s’y attendre, c’est en net recul qu’elle a clôturé la séance. Le principal indice boursier a dégringolé de 7,72% pour revenir à 2.746,6 points.

À l’exception de celui des fournisseurs d’équipements médicaux, tous les secteurs ont enregistré des pertes assez conséquentes. Celles-ci vont de -2,7% en moyenne pour les actions des soins de santé, à -9,54% pour celles des entreprises actives dans les services IT et les gestionnaires d’immeubles commerciaux. En quelques heures, la capitalisation boursière de cet indice a fondu d’un peu plus de 350 milliards d’euros.

Un rebond en vue?

Dans la foulée de la chute du marché des actions, le renminbi chinois s’est affaibli à 7,08 par dollar (-1,6%). La baisse de la monnaie chinoise a aussi été alimentée par la décision de la Banque centrale de Chine de réduire son taux à court terme et d’injecter l’équivalent de 154,3 milliards d’euros sur les marchés. Du côté de la dette chinoise, le rendement à 10 ans est revenu à son plus bas niveau depuis 2002, à 2,6%.

"Revenir sur les actions chinoises? Il est préférable d'attendre l'ouverture du marché des actions "A" la semaine prochaine, celui sur lequel s'activent les particuliers..."
Jan Boudewijns
Responsable de la gestion des actions émergentes chez Candriam

On peut imaginer que les séances resteront difficiles à court terme à Shanghai, estiment les stratégistes de chez Belfius. "À plus long terme, prévoient-ils, l’impact sur l’économie chinoise et mondiale sera cependant limité." Ces stratégistes recourent à une étude de JP Morgan, selon laquelle les actions chinoises ont perdu 8,6% en moyenne à l’époque du Sras en novembre 2002-03, pour ensuite se redresser de plus de 30% dans les 3 mois qui ont suivi le mois d’avril 2003.

©MEDIAFIN

Cette perspective, même si l’histoire ne se répète pas d’emblée à l’identique sur les marchés boursiers, n’est pas à exclure. D’autant que, comme le souligne Lian Weiliang, vice-président de la Commission nationale de développement, "vu sa situation économique plus forte qu’en 2003, la Chine dispose de beaucoup plus de capacités pour répondre aux situations d’urgence"

L’investisseur peut-il dès lors songer à revenir sur les actions chinoises? Jan Boudewijns, responsable de la gestion des actions émergentes chez Candriam, tempère. Il recommande d’attendre la réouverture la semaine prochaine du marché chinois des actions "A" réservées aux résidents chinois. "Il pourrait subir des ventes de panique qui ne manqueront pas d’avoir des répercussions sur d’autres marchés dans le monde."

Objectif de PIB revu?

Pour un autre motif, il peut être opportun de ne pas se précipiter sur les actions chinoises. Selon des informations données par Bloomberg en provenance de personnes proches du dossier, les autorités chinoises s’interrogeraient pour savoir s’il n’y a pas lieu de revoir à la baisse l’objectif de croissance économique pour 2020 - actuellement de 6% -, en raison de l’impact de l’épidémie de coronavirus.

En décembre, les bénéfices des entreprises industrielles chinoises ont accusé une baisse de 6,3% sur ceux de décembre 2018.

Ces rumeurs pourraient bien se concrétiser, alors que 19 provinces du pays ont décidé de prolonger d’une semaine au moins le congé de Nouvel An lunaire en raison de la propagation du virus. Il ne s’agit pas vraiment d’une bonne nouvelle pour les affaires des entreprises. Déjà qu’en décembre, les bénéfices des entreprises industrielles chinoises ont accusé une baisse de 6,3% sur ceux de décembre 2018. À ce moment-là, il n’était pas encore question de coronavirus…

Selon Bloomberg Economics, la croissance du PIB au 1er trimestre pourrait tomber à 4,5% en rythme annuel, en cas "d’impact grave, mais de courte durée".

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